Publié le 18 novembre 2025 à 15h30. La fraude aux investissements en ligne connaît une augmentation spectaculaire en Suisse, alimentée par l’utilisation de deepfakes mettant en scène des personnalités publiques pour inciter à des placements douteux.
- Le nombre de signalements de fraudes aux placements en ligne a été multiplié par cinq au premier semestre 2024, atteignant 3 485 cas.
- Des personnalités suisses connues, telles que Karin Keller-Sutter, Roger Federer, Mona Vetsch et Marco Odermatt, sont utilisées à des fins frauduleuses.
- L’Office fédéral de la cybersécurité (Bacs) constate une croissance rapide de cette forme de cybercriminalité.
Des vidéos truquées, d’une qualité impressionnante, circulent sur les réseaux sociaux, montrant notamment le Conseiller fédéral Karin Keller-Sutter faisant la promotion de plateformes d’investissement peu fiables. Ces deepfakes, créés à l’aide de l’intelligence artificielle, imitent sa voix et ses expressions faciales pour donner une crédibilité trompeuse à ces offres.
Selon l’Office fédéral de la cybersécurité, ces vidéos ne sont pas authentiques. Ni le Conseiller fédéral, ni les formats multimédias présentés n’existent réellement. Il s’agit d’un exemple typique de la convergence entre le vol d’identité et la technologie deepfake, une forme de fraude qui se répand rapidement en Suisse. Plus d’informations sur le site du Bacs.
Au premier semestre 2024, le Bacs a enregistré 3 485 signalements de fraudes à l’investissement en ligne, soit une augmentation de près de cinq fois par rapport à la même période de l’année précédente. Aucune autre forme de cybercriminalité ne connaît actuellement une croissance aussi rapide. Au total, 35 727 cyberincidents ont été recensés durant cette période, dont plus de la moitié relèvent de la fraude. Les auteurs recourent de plus en plus aux deepfakes pour gagner la confiance des victimes et les inciter à investir dans des projets financiers douteux, en utilisant l’image de personnalités publiques.
La particularité de cette nouvelle vague de fraude réside dans l’utilisation abusive de personnalités connues. Les cybercriminels exploitent leur image et leur voix pour promouvoir des plateformes financières suspectes, dans des vidéos qui semblent authentiques et se propagent rapidement.
Mona Vetsch ciblée par les fraudeurs
La présentatrice de télévision Mona Vetsch est également victime de ces fraudes. Son visage apparaît fréquemment dans de faux articles et publicités en ligne. Les fraudeurs la présentent comme une partisane d’une plateforme financière ou d’un nouveau produit d’investissement.
« J’essaie d’avertir sur les réseaux sociaux », a déclaré Mona Vetsch, comme l’a rapporté SRF. SRF considère l’usurpation d’identité comme un problème sérieux et envisage des poursuites judiciaires.
Marco Odermatt et Albert Rösti également visés

La star du ski Marco Odermatt a également été la cible de fraudeurs, mais d’une manière différente. Sur Instagram, des criminels ont créé de faux profils se faisant passer pour lui et ont simulé une relation personnelle pour gagner la confiance des victimes. Une habitante du Valais a ainsi perdu 6 500 francs, selon le journal Blick. Cette escroquerie amoureuse s’inscrit dans une industrie mondiale de la fraude opérant depuis l’Asie du Sud-Est et employant des milliers de personnes.

Le Conseiller fédéral Albert Rösti a également été ciblé par des fraudeurs. De fausses publicités sont apparues sur les réseaux sociaux, prétendant qu’il recommandait un nouveau système financier. Le département de M. Rösti a clarifié que le ministre de l’Environnement, des Transports et de l’Énergie n’a « aucun lien avec ce contenu ». Les contrefaçons utilisaient des images manipulées et la technologie deepfake pour donner une apparence de légitimité. Plus d’informations sur le site de l’UVEK.

Un cas particulièrement médiatisé concerne Roger Federer. Dans de faux articles du « Blick » et des vidéos en ligne, la star du tennis semble parler de ses « investissements réussis » dans une plateforme de cryptomonnaie. Les enregistrements et les citations étaient fictifs, la voix étant générée synthétiquement. Selon l’Observateur, un homme d’affaires suisse a perdu plus de 250 000 francs après s’être inscrit sur la plateforme annoncée. La maison d’édition Ringier a alors déposé une plainte pénale auprès du Parquet fédéral.
Deepfakes : comment les reconnaître ?
Les deepfakes sont des vidéos, des images ou des enregistrements sonores manipulés et créés à l’aide de l’intelligence artificielle. Les algorithmes analysent l’image réelle et le matériel sonore d’une personne et les utilisent pour créer des contrefaçons trompeusement réalistes, par exemple en imitant des expressions faciales, des voix ou des gestes.
Selon le Bacs, les fraudeurs utilisent des techniques telles que l’« échange de visages », la « reconstitution faciale » (transmission de mouvements de lèvres et d’expressions faciales) ou le « clonage de voix » (imitation de voix). Ce qui nécessitait autrefois des connaissances spécialisées et des équipements coûteux est désormais possible grâce à des logiciels librement accessibles. Plus d’informations sur le site du Bacs.
Les vidéos semblent souvent si réelles que même les observateurs expérimentés peuvent difficilement les reconnaître comme fausses. Le Bacs conseille donc d’examiner toujours le contenu d’un œil critique, surtout si une personne connue vous conseille soudainement de réaliser des bénéfices ou des investissements rapides.
Les indices révélateurs peuvent être :
- Clignements d’yeux ou regard fixe anormal
- Différences entre la voix et le mouvement des lèvres
- Peau lisse ou transitions floues sur le visage
- Éclairage irrégulier ou ombres
- Déclarations invraisemblables ou hors contexte
SRF a également résumé des signes avant-coureurs similaires. Il est important de se demander si une telle vidéo pourrait également être diffusée sur les chaînes officielles et si la personne parlerait réellement de cette manière. Serdar Günal Rütsche, expert en médias chez SRF, explique : « À l’avenir, vous ne remarquerez aucune différence formelle. C’est pourquoi il devient de plus en plus important de différencier les contenus : ce que je vois peut-il réellement être vrai ? »
Le Bacs recommande de ne pas transmettre de contenus suspects, mais de les signaler aux plateformes responsables ou de signaler la fraude deepfake directement à l’Office fédéral via son formulaire d’inscription.
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Edgar Schuler est rédacteur au bureau d’information et rédige régulièrement le bulletin d’information « Der Morgen ». Plus d’informations
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