Athènes, 16 novembre 2023. Le gouvernement Mitsotakis est accusé d’une attaque frontale contre l’éducation publique en Grèce, marquée par des coupes budgétaires, une répression accrue et une volonté de favoriser le secteur privé, alors que la commémoration du massacre de Polytechnique approche.
- Des enseignants sont confrontés à une campagne de diffamation et à des procédures d’évaluation contestées, perçues comme une tentative de déprofessionnalisation.
- La répression se durcit sur les campus universitaires, avec un flicage accru et des sanctions sévères pour les étudiants impliqués dans des manifestations.
- Une vaste mobilisation est prévue le 17 novembre, en mémoire des victimes de Polytechnique, pour dénoncer la politique gouvernementale et défendre l’éducation publique.
La situation de l’éducation publique en Grèce est de plus en plus préoccupante. Des infrastructures vétustes et dangereuses, comme en témoigne l’effondrement d’un plafond dans une école d’Eubée la semaine dernière, se conjuguent à un manque criant de personnel enseignant. Ces difficultés sont exacerbées par un budget jugé insuffisant par les syndicats et les associations de parents d’élèves.
Parallèlement, une campagne de dénigrement est menée à l’encontre des enseignants, les présentant comme peu motivés et indifférents aux élèves. Cette offensive, selon les critiques, vise à justifier la mise en place de procédures d’évaluation strictes, que les enseignants refusent en bloc, y voyant une volonté de les transformer en exécutants dociles. Le nouveau programme du lycée, axé sur des examens nationaux annuels et l’apprentissage par cœur, est également dénoncé comme un facteur favorisant le développement d’un enseignement privé coûteux.
La répression à l’égard des syndicats et des étudiants s’intensifie. Environ 2 500 poursuites administratives ont été engagées contre des syndicalistes enseignants. Les universités sont soumises à une surveillance accrue, avec l’installation de caméras et l’interdiction d’affichages. Récemment, un étudiant de l’Université Polytechnique d’Athènes a été condamné à 14 mois de prison pour avoir affiché un slogan pro-palestinien sur un mur de la faculté. Des manifestations pacifiques, comme celle organisée devant le rectorat athénien contre la fusion de classes, sont réprimées avec violence, des parents d’élèves et leurs enfants ayant été gazés par la police.
L’Université Polytechnique d’Athènes est particulièrement surveillée. Son président a fait appel à la police pour disperser une assemblée générale étudiante soutenant la mobilisation contre la loi sur la journée de travail de 13 heures, entraînant l’arrestation de 15 étudiants. Leur libération est désormais une revendication centrale du mouvement.
Enfin, le gouvernement prépare un plan visant à exclure les « étudiants éternels », c’est-à-dire principalement les étudiants travailleurs qui ont besoin de plus de temps pour achever leurs études. Cette mesure, qui pourrait affecter jusqu’à 285 000 personnes, est perçue comme une forme de sélection sociale inacceptable par les organisations étudiantes.
Face à cette situation, une vaste mobilisation est en préparation. Après une journée de débrayage réussie le 6 novembre dans une quarantaine de villes, la commémoration du massacre des étudiants de Polytechnique, le 17 novembre 1973, constitue une étape cruciale. Les stands syndicaux et politiques déjà installés sur le site témoignent d’une forte mobilisation de tous les âges, une réponse directe à la politique menée par Mitsotakis et son gouvernement.
A. Sartzekis