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« Un quadrimoteur, ça en jette plus ! » L’histoire secrète d’Air Sarko One et Carla One, les avions hors de prix du couple Sarkozy

Publié le 2024-02-29 14:35:00. L’A330, surnommé « Air Sarko One », est devenu l’avion présidentiel français par excellence sous Nicolas Sarkozy, marquant une rupture avec les appareils plus modestes de ses prédécesseurs. Retour sur l’histoire de cet Élysée…

« Un quadrimoteur, ça en jette plus ! » L’histoire secrète d’Air Sarko One et Carla One, les avions hors de prix du couple Sarkozy

Publié le 2024-02-29 14:35:00. L’A330, surnommé « Air Sarko One », est devenu l’avion présidentiel français par excellence sous Nicolas Sarkozy, marquant une rupture avec les appareils plus modestes de ses prédécesseurs. Retour sur l’histoire de cet Élysée volant et de sa flotte associée.

  • Nicolas Sarkozy a initié le remplacement complet de la flotte présidentielle en 2008, optant pour un Airbus A330 long-courrier.
  • L’acquisition et l’aménagement de l’A330 ont coûté 259,5 millions d’euros, soit 33,2 millions d’euros de plus que prévu.
  • Deux Falcon 7X, surnommé « Carla One », ont également été acquis pour des déplacements plus courts ou moins sensibles.

C’est en 2008 que Nicolas Sarkozy a pris la décision de doter la France d’un avion long-courrier capable de transporter le chef de l’État partout dans le monde, sans les contraintes des escales multiples. Jusqu’alors, les présidents de la République disposaient de deux Airbus A319, des appareils de taille modeste avec une autonomie limitée à 6 500 km. Sous la cohabitation avec la gauche plurielle, Jacques Chirac partageait ces avions avec son Premier ministre, et les militaires de Villacoublay les avaient affectueusement surnommés « Chirac » et « Jospin ».

Les A319, même équipés de réservoirs supplémentaires, peinaient à traverser l’Atlantique sans escale, obligeant le président à faire des détours par les Açores pour rejoindre les Antilles, par la Sibérie pour atteindre Tokyo, ou par le Cap-Vert pour l’Amérique du Sud. Le budget du ministère de la Défense, responsable de la flotte présidentielle, ne permettait pas l’achat d’un appareil neuf.

C’est finalement un Airbus A330 d’occasion qui a été choisi, offrant une autonomie de 12 000 km (soit 14 heures de vol) sans escale. Louis Gallois, alors président d’EADS (la société mère d’Airbus), avait d’ailleurs conseillé à Nicolas Sarkozy d’envisager un Airbus A340 : « Il a un plus large rayon d’action. Et puis, un quadrimoteur, ça en jette tout de suite plus », avait-il glissé au président de la République. Cette option a été écartée en raison de sa consommation de carburant plus élevée et de son coût d’acquisition plus important.

Construit en 1998 à Blagnac, près de Toulouse, l’A330 avait d’abord appartenu au loueur américain ILFC, puis à la compagnie helvétique Swiss Air, avant d’être exploité par Air Caraïbes. Configuré initialement pour accueillir 324 passagers, l’appareil a subi une transformation majeure pour devenir un avion VIP.

Les travaux de réaménagement, menés par Sabena Technics (anciennement Sogerma) à Bordeaux Mérignac, ont duré plusieurs mois. L’Airbus présidentiel a été équipé d’une chambre avec lit double (située à l’avant de l’appareil, où les turbulences sont moins ressenties), d’un dressing et d’une douche. On y trouve également un bureau-salon, une salle de réunion pour douze personnes, un centre médical avec une mini-salle d’opération, et une salle de communication sécurisée pour transmettre des messages cryptés.

À l’arrière de l’appareil, soixante sièges en classe Affaires sont réservés aux invités et aux journalistes, tandis que douze sièges en classe Économie sont destinés aux services de protection des hautes personnalités. L’objectif était de créer un véritable « Élysée volant », permettant au président, à son cabinet et à ses ministres de travailler à 10 000 mètres d’altitude.

En matière de sécurité, l’A330 est équipé de leurres anti-missiles et d’un système de communication protégé, installé par Thalès, permettant au président de téléphoner et de réaliser des visioconférences en toute sécurité. Sur le plan esthétique, l’appareil a inauguré la nouvelle livrée de la République française, avec un bleu, blanc et rouge modernisé qui s’étend jusqu’à la dérive.

Le premier vol officiel de « Air Sarko One » a eu lieu le 11 novembre 2010, pour transporter le président de la République au sommet du G20 à Séoul. Dès sa mise en service, l’Élysée et la Direction générale de l’armement (DGA), qui a acheté l’avion, ont démenti les rumeurs les plus folles.

« Non, il n’y a pas de baignoire à bord, pas plus que du cuir de Cordoue n’a été utilisé pour la sellerie », a tenu à préciser un proche du dossier à l’époque. L’exécutif a également dû justifier le coût d’exploitation du long-courrier : l’heure de vol de l’A330-200 coûte environ 20 000 euros, contre 11 600 euros pour l’ancien A319. Cependant, « Air Sarko One » peut transporter plus du double de passagers sur une distance bien plus longue, ce qui permet d’économiser sur les frais d’escale.

En 2008, Nicolas Sarkozy a également autorisé l’achat de deux Falcon 7X, des jets d’affaires de pointe. Le premier a été livré en 2009, plus tôt que prévu grâce à Vincent Bolloré, qui a cédé son créneau de livraison à l’Élysée, retardant ainsi la réception de son propre appareil. Affectueusement surnommé « Carla One » par les militaires, ce Falcon 7X a également adopté la nouvelle livrée présidentielle. Aujourd’hui, l’ETEC (Escadron de transport, d’entraînement et de calibration) exploite quatre Falcon 7X.

Pour les déplacements courts (en France ou en Europe) ou jugés non sensibles, le président de la République utilise souvent un Falcon plutôt que l’A330. Ces petits jets peuvent également servir d’avion de délestage pour transporter une partie de la délégation ou d’avion de secours, permettant de rapatrier le président en cas de panne ou d’incident technique sur l’Airbus.

ETEC : escadron de transport, d’entraînement et de calibration.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.