Publié le 2025-11-20 13:31:00. Le Service fédéral de sécurité russe (FSB) accuse l’Ukraine, avec le soutien de la Grande-Bretagne, d’avoir tenté de recruter des pilotes russes pour détourner un avion de chasse MiG-31K vers une base de l’OTAN en Roumanie, révélant une dimension méconnue du conflit.
- Le FSB affirme avoir déjoué une opération visant à utiliser un MiG-31K équipé de missiles hypersoniques Kinzhal contre une base de l’OTAN en Roumanie.
- Des pilotes russes auraient été contactés avec une offre de 3 millions de dollars et la promesse de la citoyenneté occidentale.
- L’organisation Bellingcat est accusée d’avoir servi de couverture informationnelle pour l’opération, ce qu’elle nie fermement.
Moscou a annoncé avoir contrecarré une tentative ukrainienne, orchestrée avec l’aide des services spéciaux britanniques, de recruter des pilotes russes pour détourner un avion de chasse MiG-31K vers une base de l’OTAN située en Roumanie. Selon le FSB, l’objectif était de provoquer un incident sous faux pavillon, susceptible de justifier une escalade du conflit.
Le FSB précise que des agents des services secrets ukrainiens ont approché des pilotes russes en leur proposant une somme de 3 millions de dollars (environ 2,75 millions d’euros) et la garantie d’obtenir la citoyenneté d’un pays occidental. Leur mission aurait été de piloter un MiG-31K armé du missile hypersonique Kinzhal vers la base de Constanța, en Roumanie. L’appareil aurait ensuite été abattu, dans le but d’attribuer la responsabilité à la Russie.
Le FSB accuse également le Royaume-Uni d’avoir joué un rôle central dans cette opération, assurant le soutien logistique et la coordination. L’organisation Bellingcat, spécialisée dans l’investigation en source ouverte, a été désignée comme ayant servi de « couverture informationnelle » pour l’opération. Bellingcat a catégoriquement rejeté ces accusations, les qualifiant d’« absurdes et infondées ».
Image d’archive du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Photo:EFE/EPA/Sergueï Doljenko
Selon le FSB, les pilotes russes contactés ont fait preuve de « patriotisme » en dénonçant immédiatement les approches ukrainiennes, permettant ainsi au service de sécurité de monter une opération de contre-espionnage et de déjouer le complot. Des messages, des enregistrements et des témoignages présentés par le FSB à la télévision publique russe seraient des preuves de l’implication d’un intermédiaire lié à l’opération.
Ni le gouvernement ukrainien, ni le gouvernement britannique, ni les autorités roumaines n’ont pour l’instant réagi à ces accusations.
Cet incident survient dans un contexte de tensions accrues liées à la guerre en Ukraine, qui a débuté en février 2022. En août 2023, un précédent avait déjà eu lieu avec la désertion du pilote russe Maxim Kouzminov, qui avait fait défection vers l’Ukraine en emportant avec lui un hélicoptère Mi-8. Kouzminov a été retrouvé mort en Espagne quelques mois plus tard, abattu par balle.
Le MiG-31K et le missile Kinzhal : des atouts stratégiques
Le MiG-31K est une version modernisée de l’intercepteur soviétique MiG-31, spécialement conçue pour transporter le missile hypersonique Kinzhal Kh-47M2, considéré comme l’une des armes les plus avancées de l’arsenal russe. Des renforts structurels et un pylône central permettent à l’appareil de supporter le poids important du missile.
Capable d’atteindre une vitesse proche de trois fois celle du son (Mach 2,8) et d’opérer à une altitude supérieure à 20 000 mètres, le MiG-31K peut lancer le Kinzhal à longue distance, permettant à la Russie de frapper des cibles situées à plus de 1 500 kilomètres sans pénétrer dans l’espace aérien ennemi.
Le missile Kinzhal, d’un poids d’environ quatre tonnes, peut atteindre des vitesses allant jusqu’à Mach 10. Il peut transporter une ogive conventionnelle d’environ 480 à 500 kilogrammes, ou une charge nucléaire. Le coût exact de ces systèmes reste confidentiel, mais ils représentent un atout stratégique majeur pour Moscou.
Le nombre de MiG-31K en service est limité, estimé à quelques dizaines d’appareils modifiés. La Russie considère cet avion comme un élément clé de sa dissuasion, ce qui explique l’importance symbolique et propagandiste accordée à l’annonce du FSB.
Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le Kinzhal, lancé depuis des MiG-31K et des Tu-22M3, a été utilisé par Moscou pour des frappes ciblées contre des infrastructures ukrainiennes. La Russie a notamment revendiqué la destruction d’un dépôt d’armes souterrain près de Deliatyn et d’un dépôt de carburant à Konstantinovka en mars 2022.
Dégâts après un bombardement russe sur Kyiv le 14 novembre 2025. Photo:AFP
L’Ukraine a affirmé avoir intercepté plusieurs missiles Kinzhal grâce aux systèmes de défense aérienne fournis par les pays occidentaux. En mai 2023, Kyiv a notamment annoncé avoir abattu un Kinzhal à l’aide d’un système Patriot.