Publié le 21 novembre 2025 19:57:00. L’âge d’or de la télévision, marqué par une créativité audacieuse portée par les plateformes de streaming, semble révolu. Un expert analyse les mutations profondes de l’industrie et l’émergence d’une nouvelle ère, celle des “playlists télévisuelles” façonnées par les réseaux sociaux et les algorithmes.
- La télévision entre dans une nouvelle phase où la consommation se rapproche de l’écoute musicale en streaming, avec des choix personnalisés et fragmentés.
- Les plateformes de streaming, devenues de véritables sociétés de médias, continuent de produire une quantité importante de contenu malgré les difficultés financières.
- Les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la découverte et la popularisation des séries, parfois au détriment des stratégies traditionnelles des studios.
Nous sommes aujourd’hui à près d’une décennie de ce que de nombreux critiques considèrent comme l’apogée de la télévision. Au milieu et à la fin des années 2010, l’arrivée des services de streaming a stimulé une vague de séries innovantes, repoussant les limites narratives et esthétiques. Mais le “petit écran”, autrefois synonyme d’une expérience télévisuelle linéaire, n’est plus qu’un écran parmi d’autres, et l’écosystème créatif et économique de la télévision a radicalement changé.
Ces mêmes plateformes de streaming se sont transformées en conglomérats médiatiques, souvent confrontés à des défis financiers. Pourtant, l’offre de programmes n’a jamais été aussi abondante. Pour décrypter ces évolutions, The Show a interrogé Peter Murrieta, directeur adjoint de la Sidney Poitier New American Film School de l’Arizona State University, doyen associé par intérim du Herberger Institute for Design and the Arts de l’ASU à Los Angeles, et scénariste-producteur de télévision.
Selon lui, la télévision est entrée dans une nouvelle ère, qu’il qualifie d'”ère des playlists télévisuelles”.
« Je dirais que nous sommes à l’ère des playlists de la télévision. Contrairement à l’ère précédente de consultation des rendez-vous, je pense que lorsque vous regardez la façon dont les gens regardent et vont en ligne, vous verrez beaucoup de gens annoncer qu’ils regardent à nouveau quelque chose qu’ils ont aimé pour plus de confort, ou vous verrez de petites sélections de choses qui sont diffusées sur les réseaux sociaux, ce qui amène les gens à la chose originale. »
Peter Murrieta, directeur adjoint de la Sidney Poitier New American Film School
Cette nouvelle approche rappelle, selon lui, l’essor de Spotify, qui a permis aux utilisateurs d’accéder à une immense bibliothèque musicale à la demande. Contrairement à une époque où la découverte musicale était plus laborieuse, les spectateurs peuvent désormais composer leur propre expérience télévisuelle, guidés par les recommandations des algorithmes et les tendances des réseaux sociaux.
« C’est presque comme l’éthos qui dicte désormais la musique, où l’idée est que tout est disponible et que vous l’organisez vous-même en fonction des caprices des médias sociaux et de l’algorithme, plutôt que d’un grand studio qui fait une déclaration audacieuse sur la direction qu’il pense prendre aux goûts des gens. »
Peter Murrieta, directeur adjoint de la Sidney Poitier New American Film School
Peter Murrieta souligne que les studios conservent un pouvoir important en matière de marketing et de distribution, mais que l’influence des spectateurs et de la culture en ligne est de plus en plus prégnante. Il prend l’exemple de la série “The Chair Company” de Tim Robinson, dont des extraits viraux sur TikTok et Instagram ont suscité un engouement massif.
Un phénomène intéressant est également observé avec le redécouverte de séries plus anciennes par la génération Z. Des titres comme “Girls”, “Sex & the City” ou “The Wire” sont visionnés des années après leur diffusion initiale, souvent sans le contexte social et culturel de l’époque. Cette redécouverte peut donner lieu à des interprétations nouvelles, parfois flatteuses, parfois plus critiques.
L’exemple de la série “Suits” illustre parfaitement cette tendance. Diffusée initialement sur le réseau USA, elle a connu un regain de popularité fulgurant sur Netflix après la pandémie, au point de donner lieu à un nouveau spin-off, rapidement annulé. Selon Peter Murrieta, le succès de “Suits” repose sur son aspect réconfortant et sa structure narrative classique, offrant aux spectateurs un divertissement facile à suivre et à apprécier.
« Je pense que ce qu’ils ont adoré, c’est que c’était très réconfortant. Chaque épisode avait un début, un milieu et une fin, et il y avait aussi beaucoup d’épisodes. Et cette capture a donné à cette génération quelque chose à mâcher pendant un moment. »
Peter Murrieta, directeur adjoint de la Sidney Poitier New American Film School
Il compare cette expérience à celle d’un adolescent recevant un album de rock des années 60 de son oncle, une découverte qui ouvre un nouveau monde musical. De même, les algorithmes et les communautés en ligne jouent un rôle de “curateurs”, guidant les spectateurs vers de nouvelles séries et créant des espaces de discussion et de partage.
Peter Murrieta note que l’industrie a appris de ses erreurs passées en matière de redémarrages de séries cultes, comme “Gilmore Girls” ou “The X-Files”, qui n’ont pas toujours rencontré le succès escompté. Il souligne que la tension entre les impératifs économiques et la créativité reste forte, et que Netflix semble avoir pris l’ascendant dans la “guerre du streaming”.
« La télévision reste le seul endroit, malgré tout ce que vous venez de dire et je viens de dire, où une idée originale peut l’emporter. »
Peter Murrieta, directeur adjoint de la Sidney Poitier New American Film School
Malgré la concurrence croissante de plateformes comme YouTube, qui rémunère mieux ses créateurs, Peter Murrieta reste optimiste quant à l’avenir de la télévision, convaincu qu’elle continuera à être un terrain fertile pour l’innovation et la création de contenus originaux.
Les transcriptions de The Show de KJZZ sont créées dans les délais. Ce texte est édité pour des raisons de longueur et de clarté, et peut ne pas être dans sa forme définitive. L’enregistrement faisant autorité de la programmation de KJZZ est l’enregistrement audio.
À lire aussi
