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Comment la défense japonaise évoluera-t-elle sous la direction d’un nouveau dirigeant agressif ?

Publié le 21 novembre 2025 23:01:00. Le Japon accélère sa transformation militaire face aux tensions croissantes en Asie, en investissant massivement dans de nouvelles capacités offensives et en renforçant ses alliances, marquant une rupture avec sa politique pacifiste…

Comment la défense japonaise évoluera-t-elle sous la direction d’un nouveau dirigeant agressif ?

Publié le 21 novembre 2025 23:01:00. Le Japon accélère sa transformation militaire face aux tensions croissantes en Asie, en investissant massivement dans de nouvelles capacités offensives et en renforçant ses alliances, marquant une rupture avec sa politique pacifiste d’après-guerre.

  • Le Japon s’équipe de missiles de croisière Tomahawk américains, une première qui lui confère une capacité de frappe à longue portée.
  • Le gouvernement japonais prévoit d’augmenter considérablement ses dépenses de défense, dépassant les 2 % de son PIB.
  • Des réformes institutionnelles sont en cours pour renforcer le renseignement et la coordination militaire.

Tokyo s’apprête à franchir un cap symbolique dans sa politique de défense. Récemment, le destroyer japonais JS Chokai est arrivé en Californie pour être équipé de missiles de croisière Tomahawk américains, les premiers d’une série de centaines que le Japon envisage d’acquérir. Cette acquisition, combinée à d’autres investissements majeurs, témoigne d’une volonté affirmée de renforcer les capacités militaires du pays face à un environnement régional de plus en plus instable.

L’évolution de la sécurité japonaise s’accélère sous l’impulsion de la Première ministre Sanae Takaichi et de son parti. Le renforcement militaire du pays est perçu comme une réponse à l’agressivité croissante de la Chine et de la Corée du Nord, ainsi qu’à des doutes quant à la fiabilité de l’engagement américain dans la région. Les tensions autour des îles Senkaku, contrôlées par le Japon mais revendiquées par la Chine, ont été un catalyseur majeur de cette transformation, tout comme le soutien de Tokyo à Taïwan, qui suscite l’inquiétude de Pékin.

Cette trajectoire a été amorcée il y a plus d’une décennie, après les confrontations avec la Chine autour des îles Senkaku. L’ancien Premier ministre Shinzo Abe (2012-2020) a joué un rôle clé en augmentant les dépenses de défense et en assouplissant les restrictions sur l’utilisation de la force par les Forces d’autodéfense (FAD). Son successeur, Fumio Kishida, a confirmé cette orientation en lançant une réévaluation stratégique en décembre 2022, remettant en question les principes d’après-guerre qui limitaient les investissements japonais dans la sécurité.

Les menaces pesant sur le Japon se sont intensifiées depuis lors. La Chine a renforcé ses forces armées et accru la pression autour des îles Senkaku (appelées îles Diaoyu par Pékin). La Corée du Nord a réactivé ses liens militaires avec la Russie et développé ses arsenaux de missiles et d’armes nucléaires. Parallèlement, l’ancien président américain Donald Trump a exercé des pressions sur le Japon pour qu’il augmente ses dépenses militaires, semant des doutes sur l’engagement à long terme des États-Unis dans la défense de son allié.

Sur le plan intérieur, Sanae Takaichi bénéficie du soutien d’un nouveau partenaire de coalition, le Parti de l’innovation japonaise, qui partage son intérêt pour les réformes de sécurité. Sa priorité est d’augmenter les dépenses de défense. Le Japon a annoncé son intention de porter ces dépenses à 2 % de son PIB d’ici 2028, dépassant ainsi un seuil longtemps considéré comme infranchissable. Cependant, une partie de cette augmentation est obtenue par un changement de comptabilité, incluant désormais les dépenses de la garde côtière dans le calcul. La Première ministre envisage de recourir à un budget supplémentaire pour atteindre cet objectif dès le printemps prochain. Le nouveau chef politique du Parti libéral-démocrate (PLD), Kobayashi Takayuki, estime même que « 2 % du PIB est loin d’être suffisant », laissant présager de nouvelles augmentations.

Sanae Takaichi. Reuters/Kim Kyung-hoon
Sanae Takaichi. Reuters/Kim Kyung-hoon

Ces fonds supplémentaires serviront à développer les capacités des FAD. Outre les missiles Tomahawk, le Japon déploiera des missiles à longue portée de fabrication nationale à Kyūshū, la plus méridionale des quatre îles principales du pays, au printemps prochain. En août, le Japon a également mis en service son premier F-35B, une version à décollage court d’un chasseur américain de nouvelle génération. Suite à l’invasion russe de l’Ukraine, Tokyo a également accordé une attention accrue aux besoins opérationnels, notamment au stockage des munitions. Yamazaki Koji, ancien chef des FAD, a souligné que ce conflit avait été un « signal d’alarme sur la nécessité de se concentrer sur de véritables opérations ».

Le Japon envisage également de renforcer sa structure institutionnelle. L’agence de défense a été élevée au rang de ministère et un secrétariat sur le modèle du Conseil de sécurité nationale américain a été créé. Kishida a mis en place une nouvelle structure de commandement pour les FAD afin d’améliorer la coordination entre les différentes branches et avec les forces américaines. Takaichi souhaite désormais créer une agence nationale de renseignement indépendante pour remplacer le système actuel, où le renseignement est collecté par divers ministères et agences.

Le Japon développe conjointement un
Le Japon développe conjointement un avion de combat de nouvelle génération avec la Grande-Bretagne et l’Italie. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Enfin, le Japon assouplit les restrictions juridiques. Le Congrès japonais a adopté une loi autorisant le gouvernement à prendre des mesures actives pour neutraliser les cybermenaces, clarifiant ainsi l’application de l’interdiction constitutionnelle sur le recours préventif à la force dans le cyberespace. Le gouvernement Kishida a également partiellement révisé les restrictions sur les exportations d’armes. Le Japon développe conjointement un avion de combat de nouvelle génération avec la Grande-Bretagne et l’Italie, et Mitsubishi Heavy Industries a récemment remporté un contrat pour la fourniture de frégates à l’Australie. Takaichi souhaite aller plus loin et supprimer complètement ces restrictions.

Les positions du Japon sur la sécurité nucléaire pourraient également évoluer. Depuis les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, le pays hésite à utiliser l’énergie nucléaire à des fins militaires, une utilisation limitée par la loi aux « fins pacifiques ». Cependant, suite à l’accord entre la Corée du Sud et les États-Unis pour l’acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire, des responsables japonais ont exprimé leur intérêt pour de tels engins. Cette acquisition ne violerait pas la promesse faite en 1967 par le Premier ministre Sato Eisaku de ne pas posséder, produire ou accueillir d’armes nucléaires sur son territoire. Toutefois, Takaichi a récemment suggéré que ces trois principes pourraient être révisés.

Malgré ces ambitions, l’augmentation des dépenses de défense se heurte à des contraintes. La mise en œuvre des augmentations d’impôts prévues pour financer le budget de la défense a été retardée. De plus, ces dépenses pourraient entrer en conflit avec les besoins d’une population vieillissante et la hausse du coût de la vie. Takaichi a déjà promis des réductions d’impôts et des subventions pour les ménages en difficulté.

Le Japon souffre également d’une pénurie de personnel. Une production de défense accrue nécessitera le transfert de travailleurs d’autres secteurs, et le recrutement de talents en programmation pour la cyberforce sera difficile en raison de la pénurie existante. Les FAD n’ont pas atteint leur objectif de 247 000 soldats cette année, avec un déficit de plus de 10 %, atteignant près de 40 % dans les tranches d’âge les plus basses. Les systèmes sans pilote et une meilleure efficacité opérationnelle pourraient aider, mais ne suffiront pas. Les FAD espèrent que de meilleures conditions de vie attireront davantage de jeunes recrues. Bientôt, le JS Chokai disposera non seulement de missiles Tomahawk, mais aussi d’un accès à Internet haut débit par satellite pour son équipage, et même à Netflix.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.