Les marchés financiers sont-ils au bord d’un retournement ? L’analyse des cycles historiques suggère que la période actuelle de croissance prolongée pourrait être suivie d’une correction significative, voire d’un effondrement, et que les signaux d’alerte ne doivent pas être ignorés.
De nombreux investisseurs s’interrogent sur la signification d’un « cycle complet du marché ». En substance, il s’agit de la succession inévitable d’une phase haussière, suivie d’une phase baissière. L’histoire financière, depuis 1871, démontre que chaque période d’expansion est invariablement suivie d’une contraction. Ces deux phases constituent un cycle complet.
Selon les observations, les phases haussières ne représentent qu’une moitié de ce cycle. La raison en est que les marchés et l’économie accumulent des déséquilibres durant les périodes de croissance, des excès qui finissent par être corrigés lors des phases baissières. Comme l’a souligné Sir Isaac Newton, « Ce qui monte doit redescendre. »
Le cycle actuel est considéré comme incomplet, et l’histoire suggère que la phase descendante pourrait effacer une part importante des gains précédents. Les niveaux de support potentiels se situent autour des sommets passés, notamment ceux de 2000 et 2008. Il est important de noter qu’il ne s’agit pas d’une prédiction d’effondrement, mais d’une identification des points où le prix pourrait rencontrer une résistance.
L’investisseur Jack Bogle avait anticipé la possibilité de deux baisses de 50 % au cours de la prochaine décennie. Une telle baisse, par rapport aux niveaux actuels, placerait le marché en dessous de 3 400 points, ce qui marquerait la fin du cycle actuel.
Un gestionnaire de portefeuille se concentre sur la génération de rendements à court terme tout en minimisant le risque de pertes importantes. Cette approche, souvent négligée en période de prospérité, devient cruciale lorsque les marchés corrigent leur trajectoire. Comprendre les cycles du marché est donc essentiel, et il est probable que cette fois-ci ne soit pas différente.
Un cycle complet du marché se décompose en quatre phases : l’accumulation, la majoration, la distribution et le déclin. L’identification de ces phases, selon la méthodologie de Richard Wyckoff, peut aider les investisseurs à anticiper les opportunités et à gérer les risques.
En analysant les deux derniers cycles complets du marché, on observe des similitudes avec la phase actuelle post-crise financière. La phase d’accumulation, qui a suivi la récession de 1991, a précédé l’essor de la bulle internet. À l’époque, la baisse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale, combinée à des changements réglementaires, a favorisé une spéculation excessive.
La phase de distribution, au début des années 2000, a été marquée par les faillites d’entreprises comme Enron et WorldCom. Malgré ces avertissements, les médias et Wall Street ont continué de prédire une poursuite de la hausse. Le déclin a ensuite suivi.
Après l’éclatement de la bulle internet, les investisseurs ont brièvement pris conscience de l’importance de la gestion des risques, mais cet enseignement a été rapidement oublié avec l’essor de la bulle immobilière et la crise financière de 2008. Durant cette période, l’effet de levier a été utilisé à outrance, et des produits financiers complexes ont été créés pour attirer des capitaux.
Comme par le passé, la phase de distribution a été accompagnée de prédictions optimistes et de l’affirmation que « cette fois, c’était différent ». Ces affirmations se sont avérées fausses.
Aujourd’hui, après 15 ans de croissance, les interventions massives des banques centrales et des gouvernements ont créé un environnement de « risque moral » sans précédent. Les investisseurs se ruent sur les actifs spéculatifs, convaincus que les autorités interviendront en cas de problème.
Cette situation rappelle les sommets précédents du marché, où l’on entendait les mêmes refrains : « il n’y a pas de récession en vue », « le marché haussier est bon marché », et « cette fois, c’est différent ». Cependant, un événement imprévu pourrait déclencher une réévaluation des attentes et provoquer une correction brutale.
De nombreux investisseurs n’ont jamais connu un véritable marché baissier, après une période de 15 ans alimentée par les liquidités des banques centrales. Cette expérience limitée les conduit à sous-estimer les risques.
L’histoire montre que les marchés baissiers peuvent effacer une grande partie des gains réalisés lors des phases haussières. L’optimisme excessif et l’ignorance des données fondamentales peuvent conduire à des décisions d’investissement désastreuses.
John Hussman souligne que les valorisations actuelles impliquent une décennie de rendements nuls. Il anticipe un dénouement chaotique des excès spéculatifs, même si les banques centrales assouplissent leur politique monétaire. La croissance des revenus et des marges bénéficiaires des entreprises ralentit déjà, et le cycle des défauts s’accentue.
En fin de compte, il n’est pas nécessaire d’être « haussier » ou « baissier ». L’important est de ne pas se tromper dans la seconde moitié du cycle, même si l’on a pu prendre des décisions erronées dans la première moitié. La clé du succès à long terme réside dans la prudence et la gestion des risques.
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