Publié le 23 novembre 2023 19h32. La nomination du lieutenant-général Carlos Presti au poste de ministre de la Défense par le président Javier Milei marque une rupture avec les attentes et confirme une réévaluation des forces armées, tout en soulignant l’influence croissante des États-Unis sur la politique de défense argentine.
- Javier Milei a surprondu en choisissant Carlos Presti, un militaire de carrière, pour diriger le ministère de la Défense.
- Cette décision écarte les ambitions de Luis Petri, le ministre sortant, malgré son score électoral significatif.
- L’alignement stratégique avec l’administration américaine, notamment en matière d’acquisition d’armement, a joué un rôle déterminant dans ce choix.
La désignation de Carlos Presti est perçue comme un tournant inattendu dans la politique du nouveau gouvernement. Alors que l’on s’attendait à une continuité avec le ministre sortant, Luis Petri, le président Milei a opté pour un profil militaire, confirmant ainsi sa volonté de donner une place prépondérante aux forces armées. Cette décision intervient malgré le résultat électoral de Petri, qui avait obtenu 53,7% des voix dans sa circonscription de Mendoza, un score insuffisant pour influencer le choix de son successeur.
L’idée d’un militaire à la tête du ministère de la Défense avait déjà germé sous l’administration Petri, avec l’arrivée du lieutenant-général Claudio Pasqualini comme vice-ministre. Cette expérience, qui consistait à déléguer le contrôle politique à un militaire retraité, avait été testée puis poursuivie avec le colonel à la retraite Marcelo Rozas Garay après le départ de Pasqualini. Milei lui-même avait d’ailleurs laissé entendre, lors d’une réunion de campagne en janvier, qu’un militaire à la retraite pourrait le remplacer au ministère si nécessaire.
La nomination de Presti est interprétée comme un signal fort de la part du gouvernement en faveur d’une réévaluation des forces armées, une priorité affichée par Petri dès son arrivée au pouvoir. Elle marque également une rupture avec les conceptions des années 70, qui tendaient à marginaliser le rôle de l’armée. Au-delà de la dimension nationale, ce choix reflète également l’importance accordée à l’alignement stratégique avec les États-Unis. La communication et la compréhension mutuelle en matière de défense et de sécurité régionale, notamment avec l’administration de Donald Trump, sont considérées comme des atouts majeurs.
Plusieurs noms avaient été évoqués pour succéder à Petri, dont celui du général de brigade Xavier Isaac, connu pour ses contacts dans le cadre des négociations pour l’acquisition de chasseurs F-16 américains. L’expérience militaire, et plus particulièrement l’appartenance à l’armée de terre, a également été un facteur déterminant, en accord avec la tradition argentine et américaine où cette arme jouit d’une prééminence particulière.
Le nouveau ministre devra relever de nombreux défis, notamment en ce qui concerne les conditions de travail et la rémunération du personnel militaire. Il devra également s’attaquer à la situation critique de l’œuvre sociale des forces armées (IOSFA), qui accumule une dette historique de plus de 160 milliards de pesos (environ 1 milliard d’euros) en cotisations patronales. Des changements sont également attendus dans la gouvernance de l’IOSFA, avec deux modèles possibles : la continuité de l’organisation actuelle ou un retour à un système où chaque force dispose de sa propre œuvre sociale.
Enfin, Presti devra également faire face à la crise de l’usine aéronautique argentine (FAdeA), à l’inaction concernant la signature des contrats du programme Pampa et au soutien à la flotte Hercules C-130. Une question administrative, celle du statut de retraité du ministre, pourrait également faire l’objet d’un débat juridique. La loi 19.101, qui régit le monde militaire, stipule en effet que le personnel retraité ne peut exercer des fonctions publiques sans autorisation préalable de l’autorité militaire compétente. Néanmoins, la loi autorise également les retraités à exercer des fonctions publiques ou privées compatibles avec le décorum et la hiérarchie militaire.
La nomination de Presti, qui devrait se présenter en uniforme lors de son intronisation à la Casa Rosada, est perçue par les partisans du gouvernement comme une étape importante dans la “bataille culturelle”.
L’alignement stratégique et géopolitique avec l’administration de Donald Trump a également pesé dans le choix du successeur à la Défense. Enjeux de défense et de sécurité régionale partagées sont pavées de l’expérience du secteur.
À lire aussi
