Publié le 23 novembre 2025 à 23h10. Buenos Aires a récemment contracté un nouveau prêt de 600 millions de dollars, une opération perçue comme un signal encourageant pour un possible retour de l’Argentine sur les marchés internationaux, mais qui reste conditionnée à une amélioration du contexte économique et à la poursuite de la baisse du risque pays.
- La ville de Buenos Aires a emprunté 600 millions de dollars à un taux de 7,8%.
- Les analystes anticipent une vague d’émissions de dette provinciales suite à cet accord.
- Un retour du gouvernement national sur les marchés internationaux est envisageable, mais dépend de la réduction du risque pays et de l’évolution de la conjoncture internationale.
L’émission de dette de la ville de Buenos Aires, perçue comme une sorte d’avance sur les marchés, intervient dans un contexte de stabilisation économique, mais nécessite encore des efforts pour rassurer les investisseurs. Selon Manuela Grassano, économiste chez Invecq, l’indicateur de risque produit par JP Morgan s’élevait à environ 600 points de base lors de l’émission du Bonte 2030.
« Ce que le marché attend désormais, c’est que le risque pays descende à environ 400 points pour pouvoir pénétrer sur les marchés internationaux. »
Manuela Grassano, économiste chez Invecq
Le risque pays a brièvement dépassé les 600 points de base il y a quelques jours, mais se situe actuellement autour de 628 (jeudi dernier). Plus de 200 points de base restent donc à réduire. Cette baisse dépendra des signaux que le gouvernement enverra dans les prochains mois, notamment en matière d’accumulation de réserves et de politique de change. Néanmoins, plusieurs experts estiment qu’un retour sur les marchés internationaux est probable au premier trimestre de l’année prochaine.
Goldman Sachs et d’autres banques étrangères ont souligné dans leurs rapports que, bien que le risque pays argentin soit plus élevé que celui de ses voisins régionaux, l’Argentine dispose du plus grand potentiel de réduction, à condition que les réformes nécessaires soient approuvées par le Congrès, que l’inflation soit maîtrisée et que la croissance économique reprenne.
Leonardo Chialva, associé chez Delphos Investment, estime que le gouvernement argentin est déjà proche de pouvoir s’adresser aux marchés, malgré les récentes complications sur la scène internationale. Il partage l’approche du gouvernement qui privilégie la baisse des taux d’intérêt à l’accès immédiat au financement, compte tenu de la solidité budgétaire et de la dette du pays. Il souligne également que l’Argentine bénéficie d’une “marge de sécurité” grâce au soutien des États-Unis.
« Obtenir de l’argent à un coût très élevé pourrait susciter des inquiétudes quant à la durabilité du paiement de ces intérêts. Il ne faut pas oublier que l’Argentine verse du capital sur des obligations à coupons très bas qui résultent de la renégociation de l’ancien ministre Martin Guzmán. Par conséquent, tout refinancement augmentera le fardeau de la dette. C’est pourquoi il est important de le faire à un coût raisonnable. Pour moi, le caractère raisonnable commence à 550 points de risque pays. »
Leonardo Chialva, associé chez Delphos Investment
Adrián Yarde Buller, économiste en chef et stratège chez Facimex Valores, observe que le marché continue de considérer l’Argentine comme de plus en plus proche de pouvoir se financer à nouveau sur le marché international, sans avoir recours aux réserves ou aux financements multilatéraux comme ce fut le cas depuis 2018/2019. Il met en avant le succès de l’émission de la ville de Buenos Aires, qui a suscité une demande dépassant près de trois fois le montant recherché, comme un signe de confiance retrouvé.
« L’excellent résultat de l’émission City a confirmé qu’il existe toujours un grand appétit pour les instruments argentins. Il semble que le marché commence enfin à être convaincu que bientôt le souverain pourra également participer à ce type de transactions. Le gouvernement est déjà en mesure de se financer à des taux à un chiffre s’il structure des instruments qui ne sont pas trop longs. »
Adrián Yarde Buller, économiste en chef et stratège chez Facimex Valores
Fernando Marull, associé chez FMyA, anticipe que le ministre de l’Économie, Luis Caputo, annoncera prochainement avoir contracté une dette pour rembourser les 4,2 milliards de dollars d’obligations arrivant à échéance en janvier. Il envisage également la possibilité d’un nouveau placement de dette en pesos (comme le Bonte 2030) pour atteindre l’objectif d’accumuler 9 milliards de dollars de réserves d’ici décembre 2025, comme convenu avec le Fonds Monétaire International (FMI). Cela pourrait stimuler les obligations et les actions argentines, sous réserve d’une conjoncture internationale favorable.
Enfin, Fernando Camusso, directeur de Rafaela Capital, souligne l’importance de poursuivre la réduction du risque pays, tout en reconnaissant que l’économie évalue déjà le moment opportun pour un retour sur le marché. Il estime que des taux à un chiffre doivent être consolidés sur le long terme, ce qui nécessite une compression soutenue du risque pays en dessous de 600 points. Le Trésor pourrait être tenté de tester certaines émissions internationales en 2026 si la crise persiste, mais un retour durable sur le marché de la dette exige une planification à long terme, au-delà de 2030.
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