Publié le 24 novembre 2025 07:26:00. Les tensions croissantes entre la Chine et le Japon, exacerbées par des déclarations concernant Taïwan, menacent de compromettre l’organisation du prochain sommet trilatéral Corée-Chine-Japon, mettant à l’épreuve la diplomatie régionale.
- Le sommet Corée-Chine-Japon, initialement prévu pour janvier prochain, est désormais incertain en raison du conflit sino-japonais.
- La Chine a refusé de participer à une réunion des ministres de la Culture Corée-Chine-Japon et a évité toute rencontre bilatérale avec le Japon lors du récent sommet du G20 en Afrique du Sud.
- Les États-Unis et la Russie prennent position dans ce différend, accentuant la polarisation géopolitique en Asie de l’Est.
L’escalade des tensions entre Pékin et Tokyo, consécutive aux propos du Premier ministre japonais Sanae Takaichi évoquant une possible intervention des Forces d’autodéfense en cas de crise à Taïwan, complique considérablement les efforts diplomatiques dans la région. La situation a dégénéré au point de rendre incertaine la tenue du sommet trilatéral Corée-Chine-Japon, un événement crucial pour la stabilité régionale.
Des sources diplomatiques ont confirmé le 23 novembre que l’organisation d’un tel sommet dans un avenir proche s’annonce difficile. La veille, le quotidien japonais Kyodo News avait rapporté que Tokyo, pays hôte de l’édition 2025, avait pris contact avec Séoul et Pékin en vue d’une rencontre en janvier prochain, mais que la Chine avait pratiquement rejeté cette proposition.
Le refus chinois de toute interaction avec le Japon est désormais manifeste. Outre l’annulation de sa participation à la « Réunion des ministres de la Culture Corée-Chine-Japon » prévue le 24 novembre, aucun entretien bilatéral n’a eu lieu entre le Premier ministre chinois Li Chang et son homologue japonais lors du sommet du G20 qui s’est tenu en Afrique du Sud les 22 et 23 novembre. Les deux dirigeants se sont délibérément ignorés lors des traditionnelles photos de groupe, illustrant la profondeur de la crise diplomatique.
Ce conflit sino-japonais ne se limite pas à une dispute bilatérale. Il s’inscrit dans un contexte plus large de rivalité entre les États-Unis et la Chine, et tend à se structurer en blocs d’influence. Le 18 novembre, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Mariya Zakharova, a réaffirmé le soutien de Moscou à Pékin sur les questions de souveraineté, y compris concernant Taïwan. Le lendemain, l’ambassadeur des États-Unis au Japon, George Glass, a dénoncé la suspension par la Chine des importations de produits de la mer japonais comme un acte de « coercition économique » et a promis de soutenir son allié japonais. Le 21 novembre, l’ambassadeur de Chine auprès des Nations Unies, Fu Chong, a adressé une lettre au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, critiquant les déclarations du Premier ministre Takaichi et tentant d’internationaliser la controverse.
Park Byeong-gwang, chercheur principal à l’Institut pour la stratégie de sécurité nationale, souligne que la concurrence entre les États-Unis et la Chine est aujourd’hui bien plus intense qu’elle ne l’était lors du différend sino-japonais concernant les îles Senkaku (nom chinois : îles Diaoyu) en 2010. Il observe également l’émergence d’une logique de blocage en Asie de l’Est.
« Le soutien des États-Unis au Japon et celui de la Russie à la Chine illustrent clairement cette structure de factionnalisation dans la région. »
Park Byeong-gwang, chercheur principal à l’Institut pour la stratégie de sécurité nationale
Les États-Unis exercent également une pression sur la Corée du Sud pour qu’elle s’implique davantage dans un dispositif de dissuasion face à la Chine. Des responsables américains de haut rang ont récemment suggéré que le programme sud-coréen de construction de sous-marins à propulsion nucléaire visait explicitement Pékin. Cette situation représente un défi majeur pour Séoul, qui s’efforce de maintenir des relations équilibrées avec les deux grandes puissances par le biais d’une « diplomatie pragmatique ».
Lee Sang-man, professeur invité à l’Institut d’études d’Extrême-Orient de l’Université de Kyungnam, estime que les États-Unis chercheront à renforcer la structure triangulaire Corée-États-Unis-Japon.
« (Le gouvernement sud-coréen ne devrait pas se laisser influencer par cela). La Chine se sentira également obligée de réagir si les relations avec le Japon restent gelées. »
Lee Sang-man, professeur invité à l’Institut d’études d’Extrême-Orient de l’Université de Kyungnam
Il ajoute que la Corée du Sud doit prendre des décisions fondées sur ses intérêts nationaux, en respectant le droit international.
Reporter Seo Young-ji, Tokyo/correspondant Hong Seok-jae [email protected]
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