Publié le 26 octobre 2023. Des experts qui avaient anticipé la crise financière de 2008 tirent la sonnette d’alarme, pointant des similitudes inquiétantes avec la situation actuelle et préviennent d’un risque accru de récession mondiale.
- Gary Schilling, vétéran de Wall Street, alerte sur une surchauffe des marchés, une spéculation croissante et un niveau d’endettement national record.
- Meredith Whitney, surnommée « l’Oracle de Wall Street », estime que la récession a déjà commencé, soulignant un décalage entre les statistiques économiques et la réalité vécue par de nombreux Américains.
- L’essor de l’intelligence artificielle (IA) est également scruté de près, avec des inquiétudes quant à des valorisations excessives des entreprises technologiques.
Plusieurs analystes financiers de renom mettent en garde contre des risques qui rappellent ceux ayant précédé la crise de 2008. Gary Schilling, représentant financier américain et figure respectée de Wall Street, estime que la situation actuelle est particulièrement préoccupante. Il observe une combinaison de facteurs inquiétants : des marchés en surchauffe, une spéculation grandissante et une dette nationale atteignant des sommets historiques.
« La situation est confuse. Je ne comprends pas où va le marché financier et la possibilité d’une crise financière est désormais dangereusement élevée. »
Gary Schilling, représentant financier américain
Meredith Whitney, connue sous le surnom de « l’Oracle de Wall Street », va plus loin en affirmant que la récession a déjà débuté. Selon elle, les indicateurs économiques officiels ne reflètent pas la fragilité réelle de l’économie, et de nombreux Américains sont accablés par les dettes.
Nasim Nikolas Taleb, analyste des risques, souligne un changement de paradigme : si en 2008, les banques craignaient la dette, ce sont désormais les États qui sont confrontés à cette anxiété. L’analyste Michael Barry, quant à lui, déconseille les investissements dans les grandes entreprises technologiques, rejoignant un sentiment de prudence croissant.
Bien que les experts divergent sur les détails, ils s’accordent sur un point : la dette massive, les valorisations excessives des valeurs technologiques et le décalage entre les marchés boursiers et l’économie réelle rendent les marchés mondiaux particulièrement vulnérables. Le magazine The Economist avertit qu’un effondrement du marché boursier américain pourrait déclencher l’une des récessions les plus anticipées de l’histoire.
Actuellement, les dirigeants bancaires et le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiètent des valorisations dangereusement élevées des entreprises technologiques. L’indice S&P 500 (Standard and Poor’s 500), un indice boursier américain composé de 500 grandes entreprises nationales, est particulièrement scruté. Porté par les « sept grands » (les sept plus grandes entreprises technologiques), son ratio cours/bénéfice a atteint des niveaux comparables à ceux de l’ère « dotcom » de la fin des années 1990 et du début des années 2000.
Les investisseurs misent sur le fait que les investissements massifs dans l’intelligence artificielle porteront leurs fruits. Cependant, l’histoire montre que les attentes à l’égard des nouvelles technologies sont souvent déçues, du moins dans leurs premières phases. Pour obtenir un retour sur investissement de 10 % sur les investissements prévus dans l’IA, les entreprises auraient besoin de 560 milliards d’euros par an, soit plus de 345 euros par utilisateur d’iPhone.
Malgré ces signaux d’alerte, The Economist estime que la probabilité d’un krach boursier majeur reste faible pour l’instant. Contrairement à 2008, le boom actuel de l’IA est principalement financé par des fonds propres plutôt que par la dette, et l’économie réelle a démontré une résilience surprenante ces dernières années, malgré la crise énergétique européenne et les tensions commerciales avec les États-Unis.
Néanmoins, le magazine souligne qu’il serait imprudent de penser qu’un krach boursier n’affecterait que les portefeuilles des investisseurs. Plus la reprise se prolonge, plus le financement devient incertain. Même sans effondrement du système financier, un krach boursier important pourrait plonger l’économie mondiale dans la récession.
La principale vulnérabilité réside dans la consommation américaine : les actions représentent 21 % de la richesse des ménages américains, et près de la moitié de la croissance de la richesse américaine ces dernières années provient des actions liées à l’IA. Une baisse de la valeur de ces actifs aurait un impact significatif sur la consommation, ce qui affecterait à son tour l’Europe et la Chine, exacerbant les tensions commerciales existantes. À terme, cela pourrait entraîner une diminution des échanges commerciaux, une baisse des dépenses américaines et une réduction du déficit commercial américain, tandis que la surproduction chinoise s’aggraverait.
Le monde s’attend peut-être à un krach boursier américain, mais il n’est pas certain d’être préparé à en subir les conséquences.
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