Publié le 25 novembre 2025 11h02. Une nouvelle étude révèle un lien étroit entre la composition corporelle – masse musculaire et répartition des graisses – et la santé du cerveau, suggérant que maintenir une bonne condition physique pourrait ralentir le vieillissement cérébral et réduire le risque de maladies neurodégénératives.
- Une plus grande masse musculaire et moins de graisse viscérale sont associées à un cerveau biologiquement plus jeune.
- L’IRM couplée à l’intelligence artificielle permet d’estimer l’âge biologique du cerveau.
- Ces résultats pourraient influencer les stratégies de prévention et les traitements de perte de poids.
La santé de notre cerveau n’est pas seulement tributaire de notre âge chronologique, mais aussi de notre condition physique. Une recherche récente, dont les résultats seront présentés la semaine prochaine lors de la 111e session scientifique et réunion annuelle de la Société radiologique d’Amérique du Nord (RSNA 2025), met en évidence une corrélation significative entre la composition corporelle et la vitesse à laquelle le cerveau vieillit.
Selon cette étude, les personnes affichant une masse musculaire importante et un faible taux de graisse viscérale – celle qui s’accumule autour des organes internes – présentent un cerveau dont l’âge biologique est inférieur à leur âge réel. Cette évaluation est rendue possible grâce à une analyse sophistiquée combinant l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et l’intelligence artificielle (IA).
L’équipe du Dr Cyrus Raji, professeur agrégé de radiologie et de neurologie à l’Institut Mallinckrodt de radiologie de la faculté de médecine de l’Université de Washington à Saint-Louis, a développé un indicateur, baptisé « âge du cerveau », qui estime l’âge biologique du cerveau en se basant sur les changements structurels observés lors d’une IRM cérébrale, analysés par des modèles d’IA. Il est important de noter que deux individus du même âge peuvent avoir des cerveaux qui vieillissent à des rythmes différents, et un âge biologique supérieur à l’âge chronologique est associé à un risque accru de déclin cognitif.
L’étude a porté sur 1 164 adultes en bonne santé provenant de quatre centres différents, avec un âge moyen de 55,17 ans (52 % des participants étaient des femmes). Les chercheurs ont utilisé des séquences T1 – un type d’IRM qui permet de visualiser la graisse et les fluides – pour mesurer précisément la masse musculaire et les dépôts graisseux. Les algorithmes d’IA ont ensuite quantifié le volume musculaire total, le volume de graisse viscérale, la graisse sous-cutanée (située juste sous la peau) et estimé l’âge biologique du cerveau.
L’analyse a révélé une association claire : un rapport élevé entre la graisse viscérale et la masse musculaire était corrélé à un âge cérébral plus avancé. En revanche, la graisse sous-cutanée n’a pas montré de lien significatif avec le vieillissement cérébral. Les spécialistes soulignent que toutes les graisses n’ont pas le même impact sur le cerveau, et que les dépôts profonds dans l’abdomen sont particulièrement préoccupants.
Les auteurs de l’étude insistent sur le fait que la perte de masse musculaire et l’accumulation de graisse viscérale sont des phénomènes courants liés au vieillissement. Cependant, leurs données suggèrent que ces changements ne sont pas de simples signes du vieillissement physique, mais reflètent également le vieillissement cérébral. L’IRM pourrait ainsi devenir un outil objectif pour évaluer la fragilité et l’impact des interventions liées au mode de vie sur la santé neurologique, et l’estimation de l’âge du cerveau pourrait aider à identifier précocement les facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer, notamment la perte musculaire.
Les conclusions de cette recherche soutiennent deux axes de prévention simples et accessibles : augmenter ou maintenir sa masse musculaire grâce à une activité physique régulière, en particulier des exercices de musculation, et réduire la graisse viscérale en adoptant une alimentation équilibrée, en contrôlant son poids et en gérant son métabolisme. Les chercheurs envisagent que l’IRM du corps entier et l’estimation de l’âge du cerveau à l’aide de l’IA puissent devenir des méthodes standardisées pour concevoir et suivre des programmes ou des thérapies visant à réduire la graisse viscérale sans compromettre la masse musculaire.
L’étude apporte également un éclairage pertinent dans le contexte des traitements modernes de perte de poids. Les médicaments de la classe des agonistes du GLP-1 (glucagon-like peptide 1), largement prescrits pour le diabète et l’obésité, sont efficaces pour réduire la graisse corporelle, mais certaines données suggèrent qu’ils pourraient entraîner une perte de masse musculaire plus importante. Les auteurs soulignent que ces résultats pourraient guider le développement de futures thérapies ciblant préférentiellement la graisse viscérale, tout en limitant la perte musculaire, afin de maximiser les bénéfices métaboliques et de préserver la santé cérébrale.
En définitive, cette recherche renforce l’idée que la santé corporelle et la santé cérébrale sont intrinsèquement liées. Un corps doté d’une musculature bien préservée et d’une faible quantité de graisse viscérale semble offrir un environnement plus favorable à un cerveau qui vieillit plus lentement, ouvrant ainsi la voie à des interventions intégrées pour prévenir le déclin cognitif.

L’image du cerveau, colorée par zone, montre un exemple de mesures obtenues à partir d’IRM 3D, utilisées par l’intelligence artificielle pour estimer l’âge biologique du cerveau. Source : Dr Cyrus Raji, RSNA 2025
Dans cette vidéo, le Dr Cyrus Raji explique les résultats de ses recherches, qui montrent qu’une masse musculaire plus élevée, associée à un rapport plus faible entre la graisse viscérale et le muscle, est liée à un âge biologique du cerveau plus jeune. Source: RSNA 2025
L’IRM corporelle montre les résultats de l’analyse IA d’un participant à l’étude dont les données ont été anonymisées. L’image utilise différentes couleurs pour mettre en évidence les types de muscles et de graisse, permettant ainsi aux chercheurs de calculer la graisse viscérale et la masse musculaire totale tout au long de l’étude. Le vert clair représente la graisse sous-cutanée, le jaune – la graisse viscérale, le marron – les muscles de la cuisse, le violet – les muscles psoas (également appelés psoas-iliaque, lorsqu’ils sont pris avec le muscle iliaque) sont les muscles profonds de la hanche, situés à l’intérieur du bassin et dans la partie lombaire de la colonne vertébrale, et le vert foncé – les muscles fessiers. Source: RSNA 2025