Publié le 26 novembre 2025 à 11h36. Des physiciens se penchent sur une question pour le moins insolite : quelles seraient les conséquences si un minuscule trou noir traversait le corps humain ? Une étude théorique explore les limites de notre compréhension de ces objets cosmiques.
Les trous noirs ne sont pas forcément les monstres cosmiques que l’on imagine. Ils pourraient exister sous forme miniature, se déplaçant de manière imperceptible dans l’espace et, hypothétiquement, entrer en contact avec la matière organique, voire même avec un être humain. C’est cette possibilité, bien que hautement improbable, que le physicien américain Robert Scherrer a examinée de près.
Jusqu’à présent, personne n’a jamais été traversé par un trou noir, du moins à notre connaissance. Mais, selon les scientifiques, il est pertinent d’étudier ce scénario théorique afin de mieux appréhender les propriétés de ces objets célestes énigmatiques.
Des trous noirs primordiaux, vestiges du Big Bang
L’étude de Scherrer se concentre sur un type particulier de trou noir : les trous noirs primordiaux. Ces derniers, dont l’existence n’a jamais été prouvée, seraient apparus dans les premiers instants de l’univers, probablement dans la première seconde suivant le Big Bang. Leur masse potentielle varierait considérablement, allant de cent mille fois moins qu’une agrafe à cent fois la masse du Soleil. Certains scientifiques avancent l’hypothèse que ces trous noirs pourraient constituer une part, voire la totalité, de la matière noire qui compose l’univers, une matière invisible par nature.
L’intérêt pour ce sujet est ravivé par des observations récentes des ondes gravitationnelles émises lors de la fusion de trous noirs, ainsi que par les nouvelles images de ces derniers. Scherrer explique : « Je savais que je pouvais transposer certains calculs effectués sur la matière noire à l’étude des trous noirs primordiaux. » Il se souvient également avoir lu, dans les années 1970, une œuvre de science-fiction dans laquelle un personnage succombait après le passage d’un trou noir. « J’ai donc voulu vérifier si cela était possible. »
Quels effets sur le corps humain ?
Scherrer a étudié deux effets gravitationnels potentiels provoqués par le passage d’un trou noir primordial à travers le corps humain : les ondes de choc supersoniques et les forces de marée gravitationnelles. Une onde de choc supersonique se crée lorsqu’un objet se déplace à une vitesse supérieure à celle du son, générant une perturbation puissante en forme de cône. En traversant le corps humain, un tel trou noir créerait ces ondes de choc, détruisant les tissus, un peu comme l’impact d’une balle.
Parallèlement, le trou noir engendrerait des forces de marée gravitationnelles, similaires aux marées terrestres. Ces forces résultent de la différence de gravité entre deux points et provoqueraient un étirement et une distorsion de la matière. Selon l’étude, les cellules humaines seraient déchirées, et les cellules cérébrales seraient particulièrement vulnérables.
Le professeur Scherrer souligne qu’il ne cherche pas à alimenter les peurs imaginaires. « Les trous noirs primordiaux sont théoriquement possibles, mais ils n’existent peut-être même pas », précise-t-il. « Un trou noir primordial suffisamment grand, de la taille d’un astéroïde ou plus, causerait évidemment des blessures graves, voire la mort. Un trou noir primordial plus petit pourrait passer juste devant vous sans que vous vous en rendiez compte. » Cependant, la quantité de ces trous noirs serait si faible qu’une telle rencontre resterait extrêmement improbable.