La BBC risque de perdre tout contact avec la génération Z et de devenir un vestige du passé si elle ne se réinvente pas radicalement, alerte le manager du collectif YouTube Sidemen. Jordan Schwarzenberger estime que l’institution britannique affiche un manque de vision face à l’évolution fulgurante des habitudes de consommation des jeunes.
Selon Schwarzenberger, dont le collectif Sidemen cumule plus de 100 millions d’abonnés, la BBC produit certes du contenu de qualité, mais elle semble adopter une attitude défaitiste en réclamant de nouvelles réglementations pour favoriser la visibilité de ses programmes sur des plateformes comme YouTube. Il dénonce une déconnexion profonde entre l’attachement culturel que la BBC entretient avec les générations plus âgées et le désintérêt croissant des jeunes, qui privilégient désormais les réseaux sociaux et les services de streaming.
« C’est un peu comme le Titanic, » a-t-il déclaré. « Ce n’est pas pour dire qu’il va couler demain, mais c’est une structure tellement massive et inadaptée aux changements actuels, qui sont bien plus importants qu’elle ne le pense. » Il souligne que l’évolution des modes de consommation au cours des cinq dernières années a été plus radicale que durant les cinquante années précédentes, marquant une fracture nette entre l’ère pré-TikTok et l’ère post-TikTok.
Schwarzenberger s’interroge sur la capacité de la BBC à répondre à cette nouvelle réalité : « La question existentielle est de taille, car je ne crois pas que la réponse que la BBC trouvera plaira aux jeunes. Ils voient un marché mondial de la création de contenu, une multitude d’options. Pourquoi devraient-ils être obligés de payer ? »
L’intervention de Schwarzenberger fait écho aux préoccupations exprimées par Patricia Hidalgo, directrice des programmes jeunesse et éducation de la BBC, qui s’inquiète de la prédominance du contenu américain sur YouTube et de son impact potentiel sur la culture et la langue britanniques. Hidalgo avait notamment pointé du doigt la popularité de créateurs américains pour enfants comme Ms Rachel et Blippi auprès du jeune public britannique.
Schwarzenberger rejette cependant l’idée de chercher à manipuler les règles du jeu. Il préconise plutôt une stratégie d’investissement dans la nouvelle génération de créateurs de contenu et une adaptation aux plateformes et aux formats privilégiés par les jeunes. « Il s’agit de s’inscrire dans la dynamique de distribution que les enfants veulent aujourd’hui, et de proposer le type de contenu qu’ils recherchent, là où ils le recherchent, dans le format qu’ils apprécient, » explique-t-il. « Ma frustration réside dans cette mentalité défaitiste que l’on retrouve chez de nombreux acteurs historiques de la radiodiffusion, qui considèrent qu’ils sont confrontés à un géant technologique américain et chinois qu’ils ne pourront jamais vaincre. »
Il déplore un décalage entre les contenus regardés par les jeunes et les préférences des dirigeants de la BBC. « Beaucoup de personnes avec qui je parle ne sont pas elles-mêmes actives sur ces plateformes, » constate-t-il. « Il y a une rupture entre l’évolution de l’attention et les préoccupations des dirigeants du secteur. »
Un porte-parole de la BBC a réagi en affirmant que l’institution souhaite que tous les publics, y compris les jeunes, puissent bénéficier de son offre, notamment sur les plateformes tierces. La BBC se targue d’avoir le plus grand compte Instagram d’actualités au monde et d’accroître sa présence sur TikTok. Elle prévoit également d’intensifier sa présence sur YouTube pour garantir l’accès à des informations fiables et impartiales. L’émission « The Celebrity Traitors » est citée comme un exemple de succès auprès du jeune public. La BBC a également lancé UNBOXD, un projet de recherche axé sur les 16-24 ans, afin de mieux comprendre leurs attentes et de renforcer son lien avec cette tranche d’âge.