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Droit international humanitaire Israël-Liban : « Des preuves solides des crimes de guerre commis par Israël »

Publié le 28 novembre 2025 à 01h41. Une experte en droit international humanitaire affirme que les récentes opérations militaires israéliennes au Liban font l'objet d'accusations crédibles de crimes de guerre, notamment des attaques contre des civils et des…

Droit international humanitaire Israël-Liban : « Des preuves solides des crimes de guerre commis par Israël »

Publié le 28 novembre 2025 à 01h41. Une experte en droit international humanitaire affirme que les récentes opérations militaires israéliennes au Liban font l’objet d’accusations crédibles de crimes de guerre, notamment des attaques contre des civils et des infrastructures critiques.

  • Des preuves solides suggèrent des violations systématiques du droit international humanitaire par Israël au Liban.
  • L’utilisation de phosphore blanc et les attaques contre des journalistes et des Casques bleus de la FINUL sont particulièrement préoccupantes.
  • Les obstacles juridiques limitent la possibilité pour le Liban de poursuivre Israël devant la Cour internationale de Justice.

Des accusations de crimes de guerre pèsent sur Israël suite aux affrontements avec le Hezbollah au Liban. Giselle Jetti, analyste de recherche au Badil The Alternative Policy Institute, basé à Beyrouth, a déclaré avoir examiné des preuves substantielles pointant vers des violations du droit international humanitaire. Elle souligne que ces violations ne sont pas isolées, mais semblent systématiques.

Selon Mme Jetti, les infractions constatées incluent des avertissements insuffisants pour protéger les civils, le non-respect des principes de proportionnalité et de distinction entre civils et combattants. Elle cite également des attaques ciblées contre le personnel médical et les journalistes, mentionnant notamment le cas d’Issam Abdallah, un journaliste de Reuters. Plus de 30 attaques israéliennes contre les positions et le personnel de la mission de l’ONU au Liban, la FINUL, ont également été recensées, ce qui constitue une violation grave du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Des organisations telles que Human Rights Watch et Amnesty International ont documenté l’utilisation de phosphore blanc dans le sud du Liban. De plus, l’experte relève que les avions de combat israéliens provoquent intentionnellement des bangs soniques pour semer la terreur parmi la population civile.

Interrogée sur la définition du droit international humanitaire, Mme Jetti explique qu’il s’agit d’un ensemble de règles, également appelées « loi martiale », qui fixent les limites et les obligations juridiques de la conduite de la guerre. Il vise à protéger les personnes qui ne participent pas directement aux combats, comme les civils et les prisonniers. Les fondements de ce droit reposent sur les Conventions de Genève, les Protocoles additionnels et le droit international coutumier. Le premier protocole additionnel régit les conflits armés internationaux, tandis que le second concerne les conflits non internationaux.

Israël n’ayant pas ratifié certains de ces traités, la question d’un vide juridique se pose. Cependant, Mme Jetti précise que le droit international coutumier continue de s’appliquer, s’appuyant sur la jurisprudence antérieure. Elle le compare à un consensus ou une compréhension partagée des règles applicables en temps de guerre.

Israël justifie ses actions en affirmant que le Hezbollah utilise des civils comme « boucliers humains », considérant les victimes civiles comme des « dommages collatéraux » acceptables. Mme Jetti reconnaît que l’utilisation de boucliers humains est strictement interdite par le droit international et que le Hezbollah est responsable si des installations militaires sont placées à proximité de civils. Cependant, elle insiste sur le fait que cela ne dégage en aucun cas Israël de ses obligations en vertu du droit international.

Elle énumère ces obligations : la distinction entre civils et combattants, la prise de précautions pour minimiser les dommages causés à la population civile, et le principe de proportionnalité, qui interdit les attaques si les dommages attendus sur la population civile sont excessifs par rapport à l’avantage militaire escompté.

Concernant le respect de ces principes par Israël, Mme Jetti exprime de vives inquiétudes en raison du nombre élevé de victimes civiles. Elle souligne qu’Israël semble reproduire au Liban les tactiques observées à Gaza, invoquant l’argument des « boucliers humains » pour justifier la mort de non-combattants. L’ONU a fermement condamné cette approche.

Israël affirme que ses frappes aériennes visent à affaiblir militairement le Hezbollah. Mme Jetti tempère en expliquant que même dans le cas d’objectifs militaires légitimes, les pertes civiles peuvent constituer un crime de guerre si l’avantage militaire obtenu est disproportionné par rapport aux pertes civiles subies.

La possibilité pour le Liban de porter plainte contre Israël devant la Cour internationale de Justice (CIJ) est limitée par des obstacles juridiques. Le seul traité ratifié par les deux pays, la Convention des Nations Unies sur le génocide, ne couvre pas les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité dont le Liban accuse Israël.

De même, la Cour pénale internationale (CPI) n’est pas une option viable, car ni le Liban ni Israël ne sont membres. Mme Jetti explique que la CPI doit appliquer les principes de justice de manière équitable, ne pouvant poursuivre une partie au conflit sans le faire pour l’autre. Elle révèle que le Liban avait initialement envisagé de soumettre une déclaration à la CPI pour permettre une enquête sur les crimes de guerre commis sur son territoire, mais a finalement retiré sa demande, craignant des représailles et des enquêtes sur les crimes commis par d’autres acteurs, y compris le Hezbollah.

Les dirigeants libanais craignent que la CPI n’enquête sur les crimes commis avant cette guerre, notamment ceux commis par les différentes milices pendant la guerre civile libanaise, dont les chefs sont encore aujourd’hui des figures politiques influentes. Les partisans du Hezbollah au sein du gouvernement pourraient craindre que le tribunal pénal ne tienne le parti responsable de ses propres crimes de guerre.

En conclusion, Mme Jetti estime qu’il est peu probable que le Liban puisse obtenir justice devant un tribunal international et obtenir des sanctions ou des réparations. Cependant, elle souligne que le droit international continue de jouer un rôle important en sensibilisant l’opinion mondiale et en influençant le débat et les décisions politiques.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.