Face à la menace croissante de Pékin, Taïwan se prépare à investir massivement dans un nouveau système de défense aérienne, baptisé « T-Dome », pour contrer une éventuelle attaque. Ce plan ambitieux, annoncé par le président Lai Ching-te, prévoit une augmentation de 40 milliards de dollars (environ 37 milliards d’euros) des dépenses militaires sur les huit prochaines années.
Le « T-Dome » ne se limitera pas à une simple copie du système israélien « Dôme de fer », bien que s’en inspirant. Selon l’analyste J. Michael Cole, il devra faire face à « un éventail de menaces bien plus large », incluant non seulement les projectiles à courte portée, mais aussi l’aviation chinoise, les missiles balistiques et de croisière, et une utilisation croissante de drones.
L’objectif est de créer un système intégré, capable d’« abattre les menaces en approche », en combinant les systèmes anti-aériens existants de Taïwan – notamment ses propres Sky Bow et les Patriot américains – avec des radars, des capteurs et d’autres technologies de pointe. Su Tzu-yun, expert militaire à l’Institut pour la Défense et la Sécurité nationale de Taipei, explique que le « T-Dome » reposera sur deux couches principales : une première dédiée au « commandement et au contrôle » pour élaborer la stratégie, et une seconde pour l’interception proprement dite.
Malgré un renforcement significatif de ses capacités militaires ces dernières années, avec des investissements massifs dans des armes américaines, Taïwan reconnaît qu’elle ne pourrait pas rivaliser seule avec la Chine. Néanmoins, la capacité de « neutraliser » une attaque initiale de missiles pourrait dissuader Pékin, estime Su Tzu-yun. Il souligne que les navires de guerre chinois déployés près de Taïwan pourraient lancer des centaines de missiles sur les aéroports, les radars et les bases militaires taïwanaises en seulement trois minutes.
Le ministère de la Défense taïwanais a déjà établi une liste de besoins pour ce nouveau budget, comprenant de l’artillerie de précision, des missiles à longue portée, des systèmes antiballistiques et antiblindage, ainsi que des appareils sans pilote. La date de livraison du « T-Dome » reste incertaine, dépendant notamment de la livraison par les États-Unis des équipements nécessaires, Taïwan attendant déjà pour plusieurs milliards de dollars d’armements américains.
L’approbation de ce budget par le Parlement pourrait s’avérer difficile. Le parti d’opposition Kuomintang, favorable à un rapprochement avec Pékin, contrôle en effet les finances avec son allié du Parti du peuple. Cependant, le président Lai Ching-te a affirmé viser un « haut niveau de préparation » de l’armée d’ici 2027, date à laquelle, selon des responsables américains, une attaque de Pékin pourrait être envisagée.
« Abattre les menaces en approche »
Su Tzu-yun, expert militaire à l’Institut pour la Défense et la Sécurité nationale de Taipei