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Les Nordiques: un fantôme qui hante encore le hockey québécois

by Camille Renault

Publié le 2024-02-26 14:35:00. La récente confrontation entre le Canadien de Montréal et un club formé de joueurs des anciens Nordiques de Québec a ravivé les souvenirs d’une rivalité légendaire et soulevé des questions sur l’évolution du hockey québécois.

  • Le match a mis en lumière le déclin de la représentation québécoise au sein de la Ligue nationale de hockey (LNH).
  • L’article explore les raisons de ce déclin, allant de la mondialisation du hockey à l’évolution socio-économique de la pratique sportive.
  • La nostalgie des Nordiques persiste, alimentant les interrogations sur ce que le hockey québécois aurait pu devenir si l’équipe n’avait pas déménagé à Denver.

La rencontre de samedi dernier entre le Canadien et une équipe composée d’anciens joueurs des Nordiques a été bien plus qu’un simple match d’exhibition. Elle a résonné comme un écho du passé, ravivant la passion et la rivalité qui animaient autrefois le hockey au Québec. Si la nostalgie était palpable, elle soulevait surtout des questions sur l’état actuel du hockey québécois et son avenir.

L’hypothèse est lancinante : que serait devenu le hockey au Québec si les Nordiques n’avaient pas pris le chemin de Denver en 1995 ? Cette question, souvent posée, souligne le vide laissé par la disparition de l’équipe, autrefois symbole de fierté provinciale. Sans la présence des Nordiques, la rivalité intense avec le Canadien, qui a marqué toute une époque, serait probablement restée une simple anecdote.

Plusieurs théories tentent d’expliquer le recul du Québec dans la LNH. La mondialisation du hockey est souvent pointée du doigt. L’afflux de joueurs européens, notamment russes, aurait dilué la proportion de joueurs formés au Québec. Pourtant, il est important de noter que le nombre de joueurs américains dans la LNH n’a jamais été aussi élevé. Les Suédois, les Finlandais, les Allemands, les Suisses, les Tchèques, les Slovaques et les Russes sont aujourd’hui des éléments incontournables, car ils figurent parmi les meilleurs joueurs au monde.

Il ne s’agit pas de «voleurs de jobs », pour reprendre l’expression d’Elvis Gratton. Le problème réside plutôt dans la difficulté du Québec à former suffisamment de joueurs de calibre international. La plupart des Québécois évoluant dans la LNH se retrouvent relégués à des rôles secondaires, sur les quatrième lignes ou sur les troisième paires défensives.

L’évolution socio-économique de la pratique du hockey est également un facteur déterminant. Autrefois accessible à tous, le hockey est devenu un sport coûteux, réservé aux familles les plus aisées. Les décideurs ont favorisé l’émergence de joueurs issus de milieux privilégiés, créant une fracture sociale au sein de ce sport autrefois populaire. On est passé d’un hockey du peuple, incarné par des figures comme Maurice Richard, à un hockey élitiste, dominé par les intérêts financiers et les petites combines.

Aujourd’hui, le Canadien de Montréal règne en maître sur le territoire québécois, sans véritable concurrence. Cette situation lui permet d’agir selon ses propres intérêts, parfois au détriment des sensibilités locales. On se demande si, en présence des Nordiques, le Canadien aurait pris le risque de nommer un dirigeant unilingue anglophone, comme ce fut le cas à l’époque d’Irving Grundman ? Aurait-il attendu aussi longtemps avant de s’assurer de la présence d’au moins quatre joueurs québécois francophones dans son alignement ? Québec aurait-elle eu l’occasion d’assister à des défilés de la Coupe Stanley sur la Grande Allée ?

Chaque fois que cet uniforme bleu, blanc et rouge réapparaît, c’est un rappel douloureux du 25 mai 1995, date tristement célèbre du départ des Nordiques. Voir les anciens joueurs des Nordiques sur la glace samedi a été un plaisir, mais on aurait aimé les revoir en soirée. Si Joe Sakic avait annoncé ses couleurs plus tôt, le détenteur des droits télévisuels aurait pu saisir l’occasion.

Un retour des Nordiques à Montréal le 29 janvier prochain aurait été un événement mémorable, mais cela semble impossible en raison de contraintes liées aux commandites sur les chandails. Pourtant, des exemples comme celui des matchs entre Détroit et les Rangers, où les deux équipes ont porté leurs uniformes foncés, montrent qu’avec un peu de bonne volonté, des solutions peuvent être trouvées.

« Si j’avais les ailes d’un ange, je partirais pour… Québec ! »

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