Publié le 4 décembre 2025 à 01h07. Les négociations de haut niveau entre les États-Unis et la Russie pour tenter de débloquer la situation en Ukraine n’ont pas abouti à de percées significatives, suscitant des critiques de Kiev qui accuse Moscou de gagner du temps tout en intensifiant ses opérations militaires.
- Le ministre ukrainien des Affaires étrangères a dénoncé une tentative de la Russie de faire traîner les choses en longueur.
- Une délégation américaine, menée par Steve Witkoff et Jared Kushner, a rencontré Vladimir Poutine au Kremlin.
- L’Union européenne s’engage à une indépendance énergétique totale vis-à-vis de la Russie d’ici 2027.
Les espoirs d’une avancée rapide vers la paix en Ukraine se sont évanouis après une rencontre de plusieurs heures entre des émissaires du président Donald Trump et Vladimir Poutine à Moscou. Andrii Sybiha, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, a exprimé son impatience face à l’absence de progrès concrets, accusant la Russie de ne pas prendre au sérieux la nécessité d’un cessez-le-feu.
« La Russie doit mettre un terme à l’effusion de sang qu’elle a commencée. Si cela ne se produit pas et que Poutine crache à nouveau au visage du monde, il y aura des conséquences. »
Andrii Sybiha, ministre ukrainien des Affaires étrangères
Selon Kiev, la délégation américaine a estimé que les pourparlers avaient une « signification positive pour le processus de paix » et a invité les responsables ukrainiens à poursuivre les discussions aux États-Unis dans un avenir proche. L’envoyé spécial du président Trump, Steve Witkoff, et son gendre, Jared Kushner, ont passé près de cinq heures au Kremlin ce mardi à discuter avec le président Poutine. La Maison Blanche a qualifié la réunion d' »approfondie et productive », affirmant que les deux hommes avaient fait un compte rendu détaillé à Donald Trump à leur retour.
Ces négociations interviennent après une série de rencontres entre des représentants américains et des dirigeants ukrainiens et européens, qui avaient exprimé leurs inquiétudes quant à un éventuel accord trop favorable aux intérêts russes. Cependant, les discussions au Kremlin semblent avoir peu modifié les positions divergentes de Moscou et de Kiev.
Yuri Ouchakov, le principal conseiller en politique étrangère de Poutine, a reconnu qu’aucun accord n’avait été trouvé pour mettre fin à la guerre.
« Certaines propositions américaines semblent plus ou moins acceptables, même si elles nécessitent un débat plus approfondi. »
Yuri Ouchakov, conseiller en politique étrangère de Vladimir Poutine
Il a ajouté que d’autres initiatives avaient été ouvertement critiquées par le dirigeant russe. Les principaux points de désaccord persistent concernant le statut des territoires ukrainiens occupés par les forces russes et les garanties de sécurité pour l’Ukraine. Kiev et ses alliés européens insistent sur la nécessité d’une adhésion à l’OTAN pour dissuader de futures agressions russes, une proposition fermement rejetée par Moscou. Donald Trump a par ailleurs déjà indiqué qu’il n’était pas favorable à l’intégration de l’Ukraine dans l’alliance militaire.
Le Kremlin a souligné que la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN a été un sujet central des discussions à Moscou. Parallèlement, Moscou estime que ses récentes avancées sur le champ de bataille renforcent sa position de négociation. Selon des informations diffusées par les autorités russes, les forces armées auraient pris le contrôle de la ville stratégique de Pokrovsk, dans l’est de l’Ukraine, ainsi que d’autres localités voisines. Bien que les combats se poursuivent et que le contrôle total de Pokrovsk ne soit pas encore établi, Moscou considère que ces victoires militaires ont été prises en compte par les États-Unis.
En parallèle, l’Union européenne renforce son indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Les États membres et le Parlement européen se sont accordés pour mettre fin à toute dépendance au gaz russe d’ici fin 2027. Un accord prévoit l’interdiction des nouveaux contrats de gazoduc à long terme avec la Russie à partir de septembre 2027 et des contrats de gaz naturel liquéfié (GNL) à long terme à partir de janvier 2027.
« Nous avons choisi la sécurité et l’indépendance énergétiques de l’Europe. Fini le chantage. Fini les manipulations de marché de la part de Poutine. Nous restons fermes aux côtés de l’Ukraine. »
Dan Jorgensen, commissaire européen à l’Energie
La Commission européenne propose également un plan de financement de 90 milliards d’euros (environ 105 milliards de dollars américains) pour soutenir l’Ukraine dans ses besoins militaires et essentiels pendant la durée du conflit. Ce plan pourrait s’appuyer sur un « prêt de réparation » financé par des avoirs russes gelés en Belgique ou par des emprunts internationaux. La Première ministre ukrainienne, Ioulia Svyrydenko, a salué cette proposition, estimant qu’elle pourrait couvrir les deux tiers des besoins de financement de son pays pour les deux prochaines années. Cependant, la Belgique et la Banque centrale européenne (BCE) ont exprimé des réserves quant à l’utilisation des avoirs russes gelés à cette fin, craignant des contestations juridiques.