Publié le 4 décembre 2023. Des pratiques commerciales opaques menées par OpenAI sur le marché de la mémoire vive ont semé le trouble chez ses fournisseurs et ses concurrents, suscitant des inquiétudes quant à une potentielle manipulation des prix et des approvisionnements.
- OpenAI aurait mené des négociations parallèles et secrètes avec Samsung et Hynix, laissant croire à chacun des deux fabricants qu’il s’agissait d’un contrat exclusif.
- Cette stratégie a provoqué une panique sur le marché, incitant les acteurs du secteur à se constituer des stocks par crainte de pénuries.
- Des soupçons pèsent sur OpenAI, accusée d’avoir délibérément créé une situation de chaos pour affaiblir la concurrence et favoriser ses propres offres.
Fin novembre, nous avions déjà évoqué l’accord conclu par OpenAI avec les géants de la mémoire Hynix et Samsung, un accord qui rendait l’accès à ces composants à la fois difficile et coûteux. Nous revenons aujourd’hui sur les coulisses de ces négociations et leurs conséquences inattendues.
Il est apparu que les discussions menées par OpenAI avec Samsung et Hynix étaient totalement cloisonnées. L’entreprise a scrupuleusement veillé à ce que chaque fabricant croie détenir un contrat exclusif, exigeant même la signature d’accords de confidentialité (NDA) pour empêcher toute communication entre les deux parties. Cette approche suggère une crainte de la part d’OpenAI : si les deux entreprises avaient découvert qu’elles étaient sollicitées pour des volumes de mémoire similaires, elles auraient pu remettre en question l’ampleur des commandes.
La publication du communiqué de presse d’OpenAI a pris de court les deux constructeurs, mais aussi l’ensemble de l’industrie de la mémoire, les assembleurs et les concurrents d’OpenAI. La révélation de ces négociations secrètes a engendré une méfiance généralisée, alimentant la crainte que d’autres accords cachés, jusqu’alors inconnus, ne viennent aggraver la situation. En conséquence, une ruée vers les stocks a été observée, chaque acteur cherchant à se prémunir contre d’éventuelles pénuries.
Dès le début, des voix se sont élevées pour suggérer que l’objectif principal d’OpenAI n’était pas de sécuriser des approvisionnements en mémoire pour ses propres besoins, mais de déstabiliser le marché et de provoquer une hausse des prix, pénalisant ainsi ses concurrents. Les volumes commandés par OpenAI sont considérables et ne semblent pas correspondre à des besoins immédiats. L’hypothèse est que cette stratégie vise à augmenter le coût des solutions concurrentes, incitant ainsi les clients à se tourner vers les offres d’OpenAI. L’entreprise pourrait ainsi justifier les ventes des volumes de mémoire acquis grâce à ces contrats.
Le communiqué de presse d’OpenAI a contribué à cette confusion en omettant une information cruciale : les 900 000 plaquettes (wafers) par mois ne concernent pas le présent, mais une projection pour 2029. De nombreux médias ont continué à diffuser l’information erronée selon laquelle OpenAI aurait acheté 40 % de la production mondiale actuelle de mémoire, en comparant ce chiffre de 900 000 plaquettes à la capacité de production mensuelle globale actuelle. Cette inexactitude a exacerbé la panique et encouragé les achats massifs de la part des concurrents d’OpenAI et des fabricants de PC.
L’idée d’une manipulation délibérée des prix par OpenAI est renforcée par des témoignages selon lesquels des employés de l’entreprise ont parcouru les magasins physiques le mois dernier, cherchant à racheter les stocks restants de mémoire DDR5 auprès des distributeurs. Ces employés étaient donc conscients de la situation à venir et cherchaient à en tirer profit personnellement.
Un autre facteur, bien que de moindre ampleur, contribue à la crise actuelle : les sanctions américaines à l’encontre de la Chine. Les fabricants de mémoire coréens, tels que Hynix et Samsung, vendaient des machines plus anciennes à la Chine, qui continuait à les utiliser tout en investissant dans des lignes de production plus modernes (augmentant ainsi la capacité de production mondiale). Cependant, par crainte de représailles de l’administration américaine, ces fabricants ont choisi de stocker les machines obsolètes, ce qui freine l’innovation et n’a pas d’impact positif sur les capacités de production globales.