Home MondeL’Ukraine est devenue la guerre de l’Europe – alors pourquoi n’agit-elle pas comme ça ? | Nouvelles du monde

L’Ukraine est devenue la guerre de l’Europe – alors pourquoi n’agit-elle pas comme ça ? | Nouvelles du monde

by Clara Dubois

L’Europe se retrouve face à un dilemme crucial en Ukraine : elle finance l’effort de guerre, mais n’a pas de véritable influence sur les négociations, alors que les perspectives d’un accord de paix négocié s’éloignent. La frustration monte, tant à Kiev qu’au sein de l’Union européenne, face à un manque perçu de leadership et de coordination.

Les récentes tentatives de l’administration américaine, via les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner, de proposer un plan de paix en 20 points se sont heurtées à un mur. Un négociateur russe a qualifié la proposition de « critique, voire négative », mais les déclarations du président Poutine lui-même sont plus révélatrices. Menace à l’appui, il a averti qu’il pourrait « couper entièrement l’Ukraine de la mer » en représailles aux attaques contre des pétroliers liés à la Russie, signalant une volonté de poursuivre le conflit plutôt que de négocier.

Cette attitude n’a pas surpris les dirigeants européens et britanniques, qui ont réagi comme à l’accoutumée en publiant des déclarations de soutien à l’Ukraine. Cependant, la situation actuelle exige une approche plus radicale. L’Europe doit désormais considérer l’Ukraine comme une urgence absolue, sous peine de subir des conséquences graves.

À ce stade, le financement de l’Ukraine repose presque entièrement sur l’Europe. Alors que l’administration Biden partageait initialement la charge, l’Europe assume désormais l’intégralité des coûts. De plus, les Européens financent les livraisons d’armes américaines via un mécanisme de l’OTAN appelé PURL. Pourtant, cette contribution financière massive ne se traduit pas par une présence significative à la table des négociations.

« C’est extraordinaire que l’Europe paie la facture mais peine à se faire entendre », souligne Marc De Vore, de l’université de St Andrews. « Cela démontre un manque de vision, de coordination et de leadership sur l’ensemble du continent. » L’ancien ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis, est particulièrement virulent :

« Si vous êtes un dirigeant européen qui envisage de prendre le prochain vol pour Washington pour demander conseil, oubliez cette idée. Pas sans un plan solide, pas la casquette à la main, pas en nous humiliant devant les caméras du Bureau ovale. L’Europe est notre continent, notre avenir se décide ici, pas là-bas. Nous ne sommes pas démunis, nous avons des options, et nous pouvons enfin décider d’aider pleinement l’Ukraine… »

Cette frustration est partagée par les Ukrainiens, qui utilisent de plus en plus le terme de « trahison » pour décrire leur relation avec l’Europe. Inna Sovsun, députée ukrainienne, témoigne :

« Les gens sur le front sont profondément déçus par la situation actuelle, et cela ressemble à une trahison. »

L’enjeu dépasse largement le contrôle de territoires dans le Donbass. Il s’agit de l’avenir de la civilisation, selon Mme Sovsun :

« La version barbare de la Russie va-t-elle l’emporter ? Si vous n’êtes pas prêt à vous battre pour cela, ces valeurs ne valent pas grand-chose, n’est-ce pas ? »

Les analystes s’interrogent déjà sur les conséquences d’une capitulation ukrainienne : une nation instable à la frontière de l’Europe, dirigée par un régime pro-russe ou déchirée par des luttes internes, et un afflux massif de réfugiés. Les économistes estiment que les coûts pour l’Europe pourraient atteindre 3 milliards d’euros (environ 3,2 milliards de dollars américains) en dépenses supplémentaires liées à la défense et à l’accueil des réfugiés.

Le test de la détermination européenne est imminent. L’Union européenne doit se mettre d’accord sur un plan pour saisir jusqu’à 210 milliards d’euros d’actifs russes gelés afin de financer le gouvernement ukrainien. Cette proposition, bien que juridiquement délicate, est perçue par les Ukrainiens comme un signe d’engagement concret.

« Compte tenu de l’enjeu, il faut simplement faire preuve d’une volonté politique plus forte. C’est ce qui nous échappe », déplore Mme Sovsun. « Ils prononcent toutes les bonnes paroles, mais cela n’a pas vraiment d’importance. »

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