Home NouvellesL’opéra au Kennedy Center est florissant – pour le moment

L’opéra au Kennedy Center est florissant – pour le moment

by Nicolas Lefèvre

L’Opéra national de Washington a prouvé qu’il était toujours capable de remplir la salle malgré les controverses entourant la direction actuelle du Kennedy Center, qui a récemment fait l’objet d’une enquête du Congrès. La représentation de Les Noces de Figaro, donnée le 22 novembre, a attiré un public enthousiaste et a été saluée pour son interprétation énergique et inventive.

Depuis le début de l’année, le John F. Kennedy Center est au cœur d’une tempête de critiques et de controverses. La nomination d’un nouveau conseil d’administration après l’investiture de Donald Trump a entraîné des licenciements, des démissions et une refonte de la programmation. Des inquiétudes concernant la baisse des ventes de billets et des dons ont émergé, et l’annulation ou le report de représentations pour faire place au tirage au sort de la Coupe du monde de la FIFA 2026 (le 6 décembre) a suscité l’indignation.

L’impact de ces bouleversements sur les institutions artistiques résidant au sein du Kennedy Center, comme l’Opéra national de Washington (WNO), était incertain. Lorsqu’elle a annoncé sa venue à une représentation de Les Noces de Figaro, une spectatrice n’a pas caché sa surprise, constatant que de nombreux mélomanes avaient juré de boycotter la salle en signe de protestation. La directrice artistique du WNO, Francesca Zambello, avait d’ailleurs vivement critiqué cette attitude, déclarant : « En nous boycottant, vous tuez l’art ! »

Contre toute attente, la représentation du 22 novembre, qui coïncidait avec le 64e anniversaire de l’assassinat du président Kennedy, a affiché complet. Le directeur général du WNO, Timothy O’Leary, a fait allusion aux difficultés actuelles du Centre en soulignant le besoin de légèreté et de divertissement, un appel auquel la production de Pierre Kazaras a amplement répondu. La mise en scène inventive et les surtitres en français ont contribué à une atmosphère joyeuse et détendue.

La distribution était à la hauteur de l’événement. Rosa Feola (Susanna, acclamée au Metropolitan Opera au printemps dernier) a réussi sa transition vers le rôle de la Comtesse, tandis que Joélle Harvey, reconnue pour ses performances de concert, a brillé dans le rôle de la pétillante Susanna. Will Liverman, en Comte Almaviva, a offert une interprétation intense, peut-être trop sombre pour certains, tandis que le jeune contre-ténor John Holiday a séduit le public dans le rôle de Cherubino, habituellement interprété par une mezzo-soprano en travesti. Cette dernière option pourrait être liée à l’interdiction récente des spectacles de drag-queen au Kennedy Center.

Même les rôles secondaires étaient interprétés avec soin et talent. Hakeem Henderson a apporté une touche d’humour en incarnant Don Curzio, tandis que Kévin Thompson a campé un Antonio bougon et protecteur de son jardin. Le vétéran Willard Blanc, à 78 ans, a fait ses débuts au WNO dans le rôle d’un Bartolo indigné, qui a rapidement retrouvé son calme en découvrant que Figaro était son fils perdu.

L’Opéra national de Washington a ainsi prouvé sa vitalité et sa capacité à attirer un public fidèle, malgré les défis financiers auxquels il est confronté. Des rumeurs circulent quant à un possible déménagement de l’opéra vers un autre lieu à Washington, comme le DAR Constitution Hall ou l’auditorium Lisner de l’Université George Washington. La saison prochaine pourrait être marquée par un déficit important.

Par ailleurs, le Washington Concert Opera a donné le coup d’envoi de sa saison avec une production de Iphigénie en Tauride de Gluck, mettant en vedette la mezzo-soprano Kate Lindsey. Si l’interprétation de Lindsey a été saluée, la mise en scène a souffert d’un manque de cohérence, alternant entre chanteurs lisant leurs partitions et autres interagissant sur scène. L’amplification excessive du pianoforte a également nui à l’équilibre sonore de l’ensemble.

You may also like

Leave a Comment