La pandémie de COVID-19 menace de compromettre une décennie de progrès dans la lutte contre la pauvreté en Asie de l’Est et dans le Pacifique, mettant en péril les populations les plus vulnérables et exacerbant les inégalités existantes.
Avant la crise sanitaire, la Banque mondiale tablait sur le fait que 35 millions de personnes dans la région quitteraient la pauvreté d’ici 2020. Or, la réalité actuelle pourrait inverser cette tendance, selon les experts. Les familles les plus démunies, souvent dépendantes de l’économie informelle, sont particulièrement exposées aux conséquences économiques de la pandémie, avec un accès limité à l’épargne, à la sécurité de l’emploi, à l’assurance maladie et aux congés payés.
Dans plusieurs pays, certains secteurs d’activité sont plus durement touchés que d’autres. Aux Tonga, par exemple, où le tourisme représente un tiers de l’économie, une prolongation de la crise pourrait entraîner une augmentation de la pauvreté touchant jusqu’à 75 % des ménages qui dépendent de ce secteur. Les populations urbaines pauvres sont également en situation de vulnérabilité, en raison de la surpopulation et d’un accès restreint aux infrastructures et aux services de santé.
Les travailleurs migrants et leurs familles sont également fortement impactés. La montée du chômage dans les pays développés risque de réduire les revenus de nombreux ménages en Asie de l’Est et dans le Pacifique, qui dépendent des envois de fonds de leurs proches.
Face à cette situation, plusieurs pays ont déjà mis en place des mesures d’urgence. L’Indonésie et les Philippines ont ainsi étendu leurs programmes d’assistance sociale et augmenté temporairement les allocations versées aux bénéficiaires. Dans le secteur formel, certains États ont reporté ou annulé les paiements de cotisations sociales pour soutenir les entreprises et les employés, tout en mettant en œuvre des incitations salariales pour préserver l’emploi.
Ces mesures nécessitent cependant des dépenses publiques accrues, alors que les recettes fiscales sont en baisse. Les pays de la région devraient donc faire face à des déficits budgétaires plus importants, entraînant une augmentation de la dette intérieure et extérieure. Il est donc crucial d’optimiser l’utilisation des fonds publics en privilégiant les services productifs, qui peuvent être rapidement étendus grâce aux technologies numériques.
Les décideurs politiques doivent adopter des stratégies à la fois à court et à long terme. Le développement des programmes de restauration scolaire et de protection sociale, par exemple, permettra de limiter les pertes de capital humain. La réduction des droits de douane pourrait également aider les entreprises locales à réduire leurs coûts et à renforcer les chaînes de valeur mondiales.
Si les mesures de confinement sont nécessaires pour freiner la propagation de la pandémie, elles ont un impact direct sur les moyens de subsistance. Les pays en développement, qui manquent de ressources financières ou de mécanismes de distribution pour accroître l’aide sociale, sont particulièrement confrontés à ce dilemme. À ce stade, il est essentiel de disposer d’informations fiables et actualisées sur la transmission du virus et ses conséquences économiques et sociales pour prendre des décisions éclairées concernant le déconfinement.
Les indicateurs clés, tels que les taux de chômage, les prix des denrées alimentaires et les premiers signes de malnutrition, doivent être analysés en parallèle des données épidémiologiques. Il est également important de tirer les leçons des expériences d’autres pays qui ont déjà commencé à assouplir les restrictions.
La coopération internationale et l’échange de bonnes pratiques sont indispensables pour relever ce défi mondial. Les gouvernements doivent collaborer et s’entraider pour répondre efficacement à la pandémie en temps réel.