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Les véhicules électriques et la demande future d’électricité en Californie

by Amélie Bernard

Publié le 5 décembre 2025 à 13h22. La Californie ambitionne une économie entièrement électrique, mais la transition soulève des questions cruciales sur la capacité de l’État à produire et à distribuer l’électricité nécessaire pour alimenter une flotte automobile électrifiée et, à terme, tous les secteurs de son économie.

  • Pour électrifier l’ensemble du parc automobile californien, il faudra entre 94 444 et 107 944 gigawattheures (GWh) d’électricité par an.
  • L’électrification complète de l’économie californienne, incluant les transports, l’industrie et les foyers, pourrait nécessiter plus d’un million de GWh par an.
  • La production actuelle d’électricité en Californie est d’environ 278 338 GWh par an, ce qui souligne l’ampleur du défi énergétique à relever.

La Californie s’est engagée sur la voie de la neutralité carbone, une ambition qui implique une électrification massive de son économie. Parmi les enjeux les plus importants, la transformation du secteur des transports, et plus particulièrement l’adoption généralisée des véhicules électriques (VE), se présente comme un défi majeur en termes de demande énergétique. Mais de quelle ampleur parle-t-on exactement ?

Estimer la demande énergétique liée aux VE est relativement aisé, car l’efficacité de la consommation d’électricité par ces véhicules est bien connue. Si au moins 80 % de l’énergie électrique utilisée pour recharger la batterie est restituée sous forme de puissance pour alimenter le moteur – une réalité déjà bien présente – la marge d’erreur dans l’estimation de l’amélioration de l’efficacité est limitée à 20 %.

En se basant sur les données de circulation en Californie, on estime que les véhicules ont parcouru environ 340 milliards de miles en 2024. Selon le ministère américain de l’Énergie, un VE moyen consomme en moyenne 3,6 miles par kilowattheure (kWh). Une simple division donne un besoin de 94,4 milliards de kWh, soit 94 444 gigawattheures (1 GWh = 1 million de kWh) pour alimenter l’ensemble du parc automobile californien.

Ce chiffre peut être légèrement réduit en tenant compte du fait qu’environ 5 % du parc automobile californien est déjà constitué de VE, ce qui diminue le nombre de kilomètres parcourus par les véhicules à essence. Sur les 30,8 millions de voitures et camions légers immatriculés en Californie, 1,6 million sont des véhicules 100 % électriques (BEV).

Une autre méthode d’estimation consiste à considérer la consommation totale d’essence en Californie. En 2024, les raffineries de l’État ont produit 13,4 milliards de gallons d’essence. La Commission de l’énergie de Californie estime que 3 % de cette essence est utilisée hors route et qu’un faible pourcentage est exporté. En tenant compte de ces facteurs, on peut estimer une consommation effective de 12,7 milliards de gallons.

En divisant cette consommation estimée par le kilométrage moyen des véhicules californiens (29,0 MPG selon une étude de 2024 de l’Union of Concerned Scientists ici), on obtient 389 milliards de miles parcourus. Sur cette base, et avec un taux de consommation de 3,6 miles/kWh, le besoin en électricité pour convertir l’ensemble du parc automobile s’élève à 107 944 GWh par an.

Les deux estimations, 94 444 GWh et 107 944 GWh, présentent une différence de 14 %. Bien que significative, cette variation reste acceptable compte tenu de la complexité de l’estimation et des différentes variables utilisées.

Mais l’ambition de la Californie ne se limite pas aux voitures et aux camions légers. L’État souhaite électrifier l’ensemble de son parc automobile, y compris les véhicules diesel. En 2024, les raffineries californiennes ont raffiné 3,5 milliards de gallons de carburant diesel, dont 2,6 milliards ont été utilisés pour le transport, selon l’ancien commissaire de la CEC, James Boyd (document de référence).

Pour convertir cette consommation en kilowattheures, il faut faire des hypothèses. On peut estimer qu’un camion lourd consomme en moyenne 6 MPG et un pick-up F150, 20 MPG. En supposant une moyenne de 12 MPG pour les véhicules diesel, on estime que 31,2 milliards de miles sont parcourus chaque année avec du diesel. En comparant le taux de consommation des véhicules à essence (29 MPG) à celui des véhicules diesel (12 MPG), on obtient un ratio de 41 %. En multipliant le taux de consommation des VE (3,6 miles/kWh) par 41 %, on estime la consommation d’un véhicule diesel à 1,5 miles/kWh. Ainsi, l’électrification des véhicules diesel nécessiterait 20 900 GWh supplémentaires par an.

Au total, l’électrification complète du parc automobile californien pourrait nécessiter entre 115 000 et 130 000 GWh par an. Cette estimation, bien que sujette à caution, donne une idée de l’ampleur du défi énergétique.

La question centrale, outre la volonté des Californiens de passer aux VE et la capacité à construire l’infrastructure nécessaire, est de savoir d’où proviendra toute cette électricité supplémentaire. La consommation totale d’électricité en Californie en 2024 était estimée à 278 338 GWh. L’électrification des transports pourrait donc porter la demande à plus de 400 000 GWh par an.

D’autres secteurs de l’économie pourraient également être électrifiés, augmentant encore la demande. Selon l’Energy Information Administration des États-Unis, la consommation annuelle d’énergie en Californie est d’environ 2 400 TBTU (billions d’unités thermiques britanniques), dont 80 % proviennent du pétrole et du gaz naturel (plus d’informations ici et ici). Convertis en électricité, ces 2 400 TBTU équivalent à 700 000 GWh. En tenant compte des pertes liées au transport, au stockage et à la conversion de l’électricité, la production annuelle d’électricité devrait dépasser un million de GWh pour électrifier 100 % de l’économie californienne.

Enfin, il faut prendre en compte la demande croissante d’électricité liée à l’intelligence artificielle (IA), un secteur en plein essor en Californie. Les compromis entre l’abordabilité et la neutralité carbone que les élus devront négocier dans les années à venir s’annoncent plus difficiles que jamais.

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