Publié le 5 décembre 2025 à 15h48. La formation d’un gouvernement néerlandais est au point mort ce mardi, alors que l’informateur Buma tente une dernière fois de rapprocher les partis en lice. L’enjeu : éviter l’échec des négociations et l’ouverture de la voie à Geert Wilders et son parti PVV.
- Les discussions sont bloquées par l’intransigeance du VVD, qui privilégie une alliance avec JA21 au détriment d’un large accord avec GroenLinks-PvdA.
- D66 et CDA, favorables à un gouvernement minoritaire, se trouvent face à un dilemme : choisir entre le VVD et GroenLinks-PvdA comme partenaire.
- L’avenir politique des Pays-Bas est en jeu, avec le risque d’une polarisation accrue et de l’ascension du PVV.
La situation politique néerlandaise est tendue. Aujourd’hui, à La Haye, l’informateur Buma s’efforce de réunir les cinq partis impliqués dans les négociations : VVD, D66, CDA, GroenLinks-PvdA et JA21. Cette ultime tentative ne repose pas sur un regain de confiance entre ces formations politiques aux idéologies divergentes, mais sur la nécessité de débloquer une situation qui s’enlise. Comme l’a souligné Tom-Jan Meeus sur X (anciennement Twitter) : « Une impasse dans la formation est généralement le début d’une percée. » Mais cette percée ne se fera que si les partis concernés la souhaitent réellement.
Or, c’est précisément ce qui fait défaut. Si D66 et CDA se montrent ouverts à la discussion et à la recherche de solutions communes, le VVD, dirigé par Yesilgöz, semble prisonnier d’une logique de compétition. Le parti cherche à déterminer quel serait le partenaire de coalition le plus improbable, plutôt que de construire un gouvernement stable. Le VVD maintient ses portes fermées à un large cabinet incluant GroenLinks-PvdA et s’accroche à JA21 – un parti avec lequel D66 refuse catégoriquement toute collaboration. La stratégie de Yesilgöz apparaît claire : provoquer l’échec du gouvernement le plus rapidement possible afin de pouvoir mener une campagne électorale dans les décombres.
D66 et CDA, qui ont défini cinq priorités dans leur document de formation – logement, migration, sécurité et défense, azote et économie – sont confrontés à une crise existentielle. L’attitude du VVD et de JA21 est jugée suicidaire, d’autant plus à l’approche des élections municipales de mars. Une alliance avec le VVD et GroenLinks-PvdA est également exclue, le VVD refusant obstinément d’ouvrir cette voie.
Une seule option sérieuse subsiste : un gouvernement minoritaire. Ce n’est pas la solution idéale, mais elle apparaît préférable à l’effondrement des négociations et à l’ascension du PVV. Un cabinet minoritaire pourrait être formé avec le VVD ou GroenLinks-PvdA comme troisième parti. Si D66 et CDA veulent rester fidèles à leurs principes, le choix entre ces deux options est évident.
Le contenu des programmes est déterminant. Sur la question du logement, D66 et CDA souhaitent construire 100 000 logements par an, durables et abordables. GroenLinks-PvdA partage cet objectif et propose de mettre fin à la spéculation immobilière. Le VVD, quant à lui, considère la réduction des réglementations et la liberté de construction comme la solution miracle, laissant le marché régler le problème. La classe moyenne du Randstad, contrainte de consulter les annonces immobilières en permanence, témoigne de l’inefficacité de cette approche.
En matière de climat et d’économie, D66 et CDA veulent investir dans la compétitivité des Pays-Bas, le réseau énergétique et l’innovation. GroenLinks-PvdA propose d’aller plus loin en supprimant les subventions aux énergies fossiles et en écologisant le système fiscal. Le VVD privilégie une approche plus prudente, ne souhaitant investir que lorsque cela est absolument nécessaire et reportant les mesures fiscales à 2035, date à laquelle la mer du Nord sera, selon lui, devenue un paradis subtropical.
Les divergences sont également profondes en matière de migration et d’État de droit. D66 et CDA souhaitent une politique d’intégration plus ferme, mais respectueuse des droits humains. GroenLinks-PvdA partage cette vision, en insistant sur la nécessité de contrôler les flux migratoires tout en protégeant l’État de droit. Le VVD, lui, préfère communiquer par le biais de slogans électoraux plutôt que de propositions politiques concrètes. Son discours est plus dur, son programme plus flou et le compromis avec D66 est inacceptable.
La culture politique est également un facteur déterminant. L’« agenda positif » de D66 et du CDA met l’accent sur un nouveau style de gouvernance : constructif, pragmatique et respectueux. GroenLinks-PvdA partage ces valeurs. Le VVD, sous la direction de Yesilgöz, semble en revanche déterminé à mener une politique de confrontation, avec les prochaines élections comme seul objectif. Les déclarations de responsabilité à la Chambre des représentants sonnent creux, tandis que les coulisses sont dominées par la volonté de décrédibiliser l’adversaire sur X.
Aujourd’hui, Jetten et Bontenbal sont à la croisée des chemins. Vont-ils entrer dans l’histoire comme les hommes qui ont surmonté l’impasse politique avec vision et courage ? Ou comme des responsables respectables qui ont attendu trop longtemps le consensus, pour finalement appeler le président de la Chambre des représentants dimanche soir et lui avouer : « Thom, ça a échoué – peut-être que Wilders voudrait réessayer ? »
Un gouvernement minoritaire avec GroenLinks-PvdA n’est pas une solution facile. Mais c’est la seule voie qui permette de privilégier le contenu, de préserver l’agenda positif de D66 et du CDA et de faire de la politique une question de solutions plutôt que de prochaine vidéo de campagne.
Messieurs, faites votre choix. Non pas par souci de commodité, non pas par illusion de puissance, mais pour un pas en avant constructif. Choisissez une politique qui rende justice aux électeurs qui souhaitent que le pays soit gouverné.
Aujourd’hui, vous décidez si cette formation constituera une percée – ou un point bas démocratique.
L’histoire observe. Et Yesilgöz ? Elle regarde déjà comment cela va échouer.
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