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La diplomatie des pays tiers peut maintenir les accords d’Abraham en vie

Publié le 6 décembre 2023 18:00:00. Malgré la guerre à Gaza, les Accords d’Abraham persistent, mais leur dynamique a changé. Une nouvelle approche, basée sur la coopération discrète via des pays tiers, pourrait permettre de relancer les normalisations…

La diplomatie des pays tiers peut maintenir les accords d’Abraham en vie

Publié le 6 décembre 2023 18:00:00. Malgré la guerre à Gaza, les Accords d’Abraham persistent, mais leur dynamique a changé. Une nouvelle approche, basée sur la coopération discrète via des pays tiers, pourrait permettre de relancer les normalisations avec l’Arabie saoudite et de stabiliser la région.

  • La guerre à Gaza a freiné la normalisation ouverte avec Israël, notamment du côté des pays arabes.
  • Une stratégie de « triangulation », impliquant des pays tiers pour faciliter les échanges, émerge comme une solution pragmatique.
  • L’Arabie saoudite pourrait jouer un rôle clé dans cette nouvelle phase, notamment via des projets d’infrastructure comme le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe.

Les Accords d’Abraham, qui avaient permis une normalisation historique des relations entre Israël et plusieurs pays arabes en 2020, sont confrontés à de nouvelles réalités depuis le début de la guerre à Gaza. Si les accords existants sont maintenus, l’enthousiasme initial s’est estompé. Un sondage réalisé en décembre 2023 indique que 96 % des Saoudiens souhaitent une rupture des liens avec Israël pendant le conflit.

Face à cette réticence, une approche plus discrète, dite de « triangulation », gagne du terrain. Elle consiste à faire transiter les coopérations par des pays tiers, qui accueillent, financent ou supervisent les transactions, réduisant ainsi l’exposition politique directe des parties concernées. Cette méthode permet de maintenir les liens économiques tout en diluant les risques de réputation et en impliquant des acteurs extérieurs ayant intérêt à la pérennité des accords.

La coopération économique, notamment commerciale, a d’ailleurs prouvé sa résilience. Malgré le contexte tendu, le commerce entre Israël et les Émirats arabes unis a augmenté de 11 % en 2024 par rapport à 2023 selon les données disponibles. Cette dynamique est soutenue par l’Accord de partenariat économique global, signé en mai 2022 qui supprime les droits de douane sur 96 % des marchandises et simplifie les procédures douanières.

Un exemple concret de cette triangulation réussie est l’initiative I2U2, lancée en juillet 2022 qui réunit l’Inde, Israël, les Émirats arabes unis et les États-Unis. Ce groupe de travail coopère sur des projets concrets dans des secteurs clés tels que l’alimentation, l’eau, l’énergie, les transports, la santé et l’espace. Les Émirats arabes unis se sont engagés à investir jusqu’à 2 milliards de dollars dans des parcs alimentaires intégrés en Inde, avec un soutien technologique américain et israélien.

Cependant, la mise en œuvre de ces projets est parfois lente, privilégiant la pérennité à la rapidité. L’échec du projet « Prospérité », visant à échanger de l’électricité et de l’eau entre la Jordanie, les Émirats arabes unis et Israël, illustre les limites de cette approche lorsque le pays hôte est directement exposé aux tensions politiques. Des manifestations massives en Jordanie en 2021 et 2023 ont conduit à l’abandon de l’accord, la Jordanie invoquant « la barbarie d’Israël à Gaza » comme justification.

À l’inverse, le cadre gazier UE-Égypte-Israël, mis en place en 2022 s’avère plus résilient. Le gaz israélien est traité en Égypte avant d’être exporté vers l’Union européenne. Cette configuration, qui implique un troisième pays pour le traitement et la vente, permet de contourner les obstacles politiques. Les exportations ont continué malgré le conflit.

L’Arabie saoudite apparaît comme un acteur central dans cette nouvelle phase. Le royaume a déjà ouvert son espace aérien à tous les transporteurs et pourrait investir dans le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) annoncé en septembre 2023. Ces projets d’infrastructure, à faible visibilité et à fort impact, permettraient de renforcer la coopération sans susciter de réactions négatives au niveau national. Les États-Unis et l’Arabie saoudite s’entendent également sur un accord de défense qui pourrait servir de levier pour concrétiser ces projets.

Les Accords d’Abraham n’ont pas besoin d’un nouveau sommet, mais de projets solides et durables, capables de résister aux tensions régionales. En misant sur la triangulation, en concentrant les investissements irrécupérables et en évitant les projets gérés directement par les États, il est possible de consolider et d’approfondir ces accords, ouvrant la voie à une nouvelle ère de normalisation.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.