Publié le 6 décembre 2023. Les Irlandais sont parmi les Européens les moins enclins à investir en bourse, préférant conserver une part importante de leurs actifs financiers sous forme liquide. Une étude de la Banque centrale révèle un écart significatif avec d’autres pays, notamment les États-Unis et la Suède, et souligne les freins culturels et financiers à l’investissement.
- Les ménages irlandais détiennent 38 % de leurs actifs financiers en espèces et en dépôts, un pourcentage supérieur à la moyenne européenne de 30 %.
- La peur des pertes, la complexité perçue de l’investissement et le sentiment que celui-ci est réservé à une élite sont autant de raisons expliquant cette réticence.
- La Suède, grâce à une politique volontariste favorisant l’investissement, offre un modèle intéressant pour l’Irlande.
Les Irlandais semblent privilégier la sécurité de l’épargne à la potentielle rentabilité de l’investissement boursier. Selon un rapport de la Banque centrale, 38 % des actifs financiers des ménages irlandais sont conservés sous forme liquide ou sur des dépôts bancaires, un chiffre nettement supérieur à la moyenne de l’Union européenne qui s’élève à 30 %. Ce comportement contraste fortement avec celui observé aux États-Unis, où les ménages ne détiendraient que 11 % de leurs avoirs en liquidités.
Plusieurs facteurs expliquent cette aversion pour l’investissement. La crainte de perdre son argent, la perception que l’investissement est complexe et réservé à une certaine catégorie de personnes, et la conviction que conserver son argent en espèces est la solution la plus simple, sont autant de freins identifiés par l’étude. Bien que les Irlandais soient indirectement exposés aux marchés financiers via leurs régimes de retraite, ils ne semblent pas pleinement conscients des risques liés à une politique d’épargne purement conservatrice.
Dans un contexte d’inflation persistante et de taux d’intérêt bancaires faibles, conserver des liquidités peut s’avérer une stratégie financière préjudiciable à long terme. Cependant, cette approche reste la norme. De plus, cette situation contribue à creuser les inégalités, car ceux qui ont le plus besoin de faire fructifier leur capital sont souvent les moins susceptibles d’avoir accès aux opportunités d’investissement.
La Suède apparaît comme un contre-exemple pertinent. Les Suédois ne sont pas nécessairement plus audacieux que les Irlandais, mais ils bénéficient d’un niveau de connaissances financières plus élevé et d’un système qui a encouragé l’investissement sur le long terme. Dès la fin des années 1970, le pays a mis en place des fonds d’épargne bénéficiant d’avantages fiscaux. Dans les années 1980, des fonds d’actions grand public, accessibles à tous, ont été créés dans le but de démocratiser l’investissement.
Des réformes ultérieures des retraites et l’introduction du compte ISK en 2012, un produit d’investissement simple et fiscalement avantageux, ont renforcé cette tendance. Aujourd’hui, plus d’un tiers de la population suédoise utilise ce type de compte. En conséquence, les ménages suédois ne détiennent plus que 13 % de leurs actifs en espèces. La Suède a donc délibérément mis en place une culture de l’investissement, et le rapport de la Banque centrale suggère que les décideurs politiques irlandais pourraient s’en inspirer.