Les marchés financiers connaissent des cycles, et les périodes de baisse, bien que douloureuses à court terme, sont en réalité un mécanisme essentiel de régulation, voire une opportunité pour les investisseurs avisés. Loin d’être un signe de catastrophe, elles permettent de corriger les excès accumulés lors des phases de croissance et de préparer le terrain pour une reprise plus solide.
L’analyste Spencer Jakab, dans un récent article, illustre ce concept en citant une phrase tirée du film « Le Parrain » : « Ces choses doivent arriver tous les cinq ans environ, dix ans. Aide à se débarrasser du mauvais sang… cela fait dix ans depuis le dernier. » Cette métaphore souligne l’idée que les corrections du marché sont un processus naturel et nécessaire.
Aujourd’hui, évoquer la possibilité d’un marché baissier (« bear market » en anglais) est souvent perçu comme un présage de malheur, synonyme de crise économique et de ruine. Les autorités, comme la Réserve fédérale américaine, s’efforcent d’éviter ces baisses à tout prix, recourant à des interventions massives et à des politiques de taux d’intérêt bas. Pourtant, cette approche peut être contre-productive.
Les marchés baissiers entraînent inévitablement des conséquences négatives immédiates : perte d’emplois, faillites d’entreprises fragiles, baisse de la confiance des consommateurs. Mais cette destruction peut être « saine », comparable aux incendies de forêt qui éliminent les matières mortes et permettent aux nutriments de revitaliser le sol. Comme le souligne une étude, tenter de prévenir ces incendies a souvent conduit à des conséquences pires, avec une accumulation de combustible qui rend les feux plus violents et destructeurs.
De même, en luttant contre les marchés baissiers, les autorités risquent de favoriser l’accumulation d’excès et de fragilités. Un véritable marché baissier oblige les investisseurs à remettre en question leurs hypothèses, à réduire leur endettement et à réaligner les prix sur les fondamentaux économiques. Les crises financières les plus graves, comme celles de 2000-2002 et de 2007-2009, ont souvent suivi des périodes prolongées d’expansion sans correction significative.
Les marchés baissiers agissent comme un « mécanisme de compensation » en détectant les entreprises faibles, les mauvaises allocations de capitaux et les modèles économiques non durables. Intervenir pour « renflouer » ces faiblesses ne fait que reporter le problème et risque de créer une crise plus importante à l’avenir, comme l’a souligné l’investisseur Warren Buffett : « La bourse est conçue pour transférer de l’argent des actifs aux patients. »
Selon des recherches de Goldman Sachs, il existe trois types de marchés baissiers : événementiels, cycliques et structurels. Chacun a pour fonction de purger les excès de manière différente. L’investisseur avisé doit donc considérer une baisse de 20 % ou plus non pas comme une menace, mais comme un signe de bonne santé du système financier.
Pour naviguer dans un environnement de marché incertain, il est conseillé de réévaluer les fondamentaux de son portefeuille, de constituer une réserve de liquidités, de définir des objectifs de valorisation clairs et de résister à la tentation de suivre les modes spéculatives. Il est également crucial de rester investi à long terme et de considérer les baisses comme des opportunités d’acquérir des actifs de qualité à des prix avantageux.
Scott Bessent, ancien secrétaire au Trésor américain, résume bien cette idée : « Les corrections sont saines. Elles sont normales. Ce qui n’est pas sain, ce sont les marchés euphoriques. » En acceptant l’inévitabilité des cycles baissiers, les investisseurs peuvent se préparer à en tirer profit et à réduire les risques d’un effondrement catastrophique.
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