Le dollar américain a perdu de son attrait comme valeur refuge, fragilisé par les incertitudes liées à la politique commerciale américaine et anticipant une possible inflexion de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). Cette situation ouvre la voie à un renforcement potentiel de l’euro et du dollar australien, alors que les banques centrales européennes et australiennes pourraient envisager des hausses de taux à l’avenir.
L’introduction de tarifs douaniers importants par l’administration Trump a pris de court les investisseurs, qui n’ont commencé à se couvrir contre les fluctuations des taux de change qu’après coup. Conséquence directe, les volumes quotidiens d’échanges sur le marché des changes ont atteint un pic historique de 9 500 milliards de dollars en avril. Le dollar a subi une baisse de 10 % au cours du premier semestre, ne récupérant qu’une partie de ses pertes par la suite.
Selon la Banque des règlements internationaux, les stratégies de couverture restent toutefois limitées. La perspective de baisses de taux d’intérêt par les banques centrales contribue à réduire le coût de la protection contre les risques, rendant le dollar plus vulnérable à de nouvelles secousses.
L’arrivée prochaine d’une figure modérée au sein de l’administration américaine freine actuellement la capacité du dollar à se renforcer en amont de la prochaine réunion du Comité fédéral de l’open market (FOMC). Le scénario le plus probable est une hausse des taux des fonds fédéraux, accompagnée d’un discours ferme de Jerome Powell, mais aussi de prévisions de deux baisses de taux supplémentaires en 2026, contre trois anticipées précédemment par les marchés.
Les concurrents du dollar ne restent pas passifs. Les commentaires récents d’Isabel Schnabel, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), ont insufflé un certain optimisme. « Les attentes du marché concernant une hausse des taux sont justifiées », a-t-elle déclaré. L’économie de la zone euro devrait connaître une accélération grâce aux mesures de relance budgétaire de l’Allemagne, à l’augmentation des dépenses de défense au niveau de l’Union européenne et à une amélioration de la demande intérieure. Les marchés financiers estiment désormais à 33 % la probabilité d’une hausse des taux d’intérêt d’ici la fin de 2026.
Le dollar australien a atteint son plus haut niveau depuis la mi-septembre, suite à la décision de la Banque de réserve d’Australie (RBA) de maintenir son taux directeur inchangé à 3,6 % pour la troisième fois consécutive. La gouverneure de la RBA, Michelle Bullock, a souligné que l’économie australienne ne nécessitait pas de mesures d’assouplissement monétaire. Les anticipations d’inflation sont en hausse et les responsables de la banque centrale ont évoqué la possibilité de nouvelles hausses de taux en 2026. Les marchés à terme anticipent désormais une probabilité de 90 % d’une hausse des taux en mai, contre 50 % précédemment.