Mac DeMarco a conquis la prestigieuse salle Massey Hall de Toronto, marquant une étape significative dans sa carrière après des débuts plus tumultueux dans la ville. L’artiste, qui avoue avoir été banni de plusieurs établissements torontois par le passé, a offert une performance à la fois nostalgique et révélatrice devant un public en délire.
Le concert, qui s’est déroulé les 23 et 24 septembre 2024, a mis en évidence la transformation de DeMarco, tout en soulignant que son essence demeure intacte. L’artiste, autrefois connu pour son style décontracté et ses excès, a présenté un spectacle où les morceaux de son dernier album, Guitar, côtoyaient ses plus grands succès, créant un équilibre parfait entre introspection et énergie brute.
« Je me souviens avoir été interdit dans pas mal d’endroits à Toronto, à l’époque », a confié DeMarco au milieu de son set, évoquant ses premières années de « débauche » lors de ses tournées dans la ville. Il a souligné le contraste entre cette période et sa présence actuelle sur la scène de Massey Hall, un lieu emblématique du Canada.
Bien qu’il ait adopté un mode de vie plus sobre et simplifié son son sur des albums acoustiques minimalistes comme Guitar, DeMarco n’a rien perdu de son humour et de son énergie communicative. Il a enchaîné les pitreries, imitant des accents variés – un Britannique rocailleux, un Canadien typique – et échangeant des baisers impromptus avec les membres de son groupe après leurs solos.
Contrairement à ce que son dernier album pourrait suggérer, DeMarco a passé la majeure partie des 90 minutes de spectacle sans jouer de la guitare, laissant l’instrumentation à ses quatre musiciens accompagnateurs. Libéré de cette contrainte, il s’est démené sur scène, rebondissant sur la pointe des pieds dans une sorte de danse excentrique, tout en lançant son micro d’une main à l’autre (le laissant même tomber à deux reprises avec fracas). Il portait un casque audio surdimensionné plutôt que des écouteurs intra-auriculaires.
Le concert a débuté avec « Shining », un morceau mélodieux de Guitar. La présence d’une guitare électrique et d’un clavier a apporté une touche du style vaporeux et caractéristique de DeMarco, mais c’est surtout sa voix qui a captivé l’audience, son timbre riche et son falsetto angélique témoignant des bienfaits de son abstinence du tabac.
« For the First Time », issu de l’album This Old Dog (2017), a suscité une puissante reprise en chœur, établissant le rythme de la soirée. DeMarco a alterné entre les morceaux plus calmes de Guitar, accueillis avec politesse, et ses anciens succès, qui ont déclenché une véritable frénésie dans la salle, notamment sur « On the Level » et « Heart to Heart ».
Chaque fois que DeMarco prenait sa guitare, c’était la garantie d’un classique, comme « Salad Days », « Viceroy » ou « Freaking Out the Neighbourhood ». Le groupe semblait monter en puissance lors de ces morceaux, la section rythmique s’accordant à l’énergie du public, donnant l’impression que le technicien du son avait augmenté le volume pour amplifier l’impact de ces chansons emblématiques. Quelques spectateurs se sont même lancés dans des pogos, une première pour les concerts de Massey Hall.
L’adoration du public était palpable, avec des fans criant « Je t’aime, Mac ! » à chaque pause. Cette ferveur explique peut-être pourquoi DeMarco affiche souvent une certaine distance ironique, semblant hésiter entre la retraite et la nécessité de se dissocier de son jeune moi. « Je ne me souviens même pas du type qui a fait ça », avait-il déclaré il y a quelques années en parlant de ses premiers travaux.
Pourtant, son concert à Massey Hall a démontré sa capacité à trouver un terrain d’entente avec ses fans : il a interprété neuf chansons de Guitar, mais a également inclus ses anciens succès, reprenant ses morceaux les plus écoutés et concluant le concert principal avec « Chamber of Reflection ».
Lors de son retour pour un rappel avec « Nobody », DeMarco a fait preuve de sincérité, abandonnant ses accents caricaturaux et remerciant chaleureusement le public. Il a précisé que, bien que la tournée se poursuive après ses deux soirées à Massey Hall, lui et son groupe resteraient encore une journée à Toronto, invitant les fans à le saluer s’ils le croisaient dans la rue. Il s’est abstenu de divulguer son adresse, comme il l’avait fait à la fin de sa tournée Another One en 2015, mais a confirmé qu’il restait l’homme simple et accessible qu’il a toujours été.