La cadence infernale de la série Call of Duty semble enfin montrer des signes de faiblesse. Après des ventes décevantes pour Black Ops 7, Activision a annoncé qu’elle ne sortirait plus deux jeux de la même sous-série à l’année, reconnaissant implicitement un manque d’innovation ces dernières années.
L’éditeur américain, longtemps connu pour son approche axée sur la maximisation des profits sous la direction de Bobby Kotick, a pendant des années résisté aux appels à ralentir le rythme de production. Malgré les inquiétudes concernant une saturation du marché et une baisse de la qualité, Activision a multiplié les studios et les déclinaisons de Call of Duty : modes Battle Royale, Zombies, Extraction, versions mobiles… Une stratégie qui, jusqu’à présent, avait porté ses fruits, permettant à la franchise de traverser trois générations de consoles.
Mais cette année, la donne a changé. Les joueurs habituels ont déserté Black Ops 7, poussant Activision à réagir publiquement et à promettre une rupture avec le passé. L’entreprise a déclaré : « Les raisons sont nombreuses, mais la principale est de garantir que nous offrons une expérience absolument unique chaque année. Nous allons stimuler une innovation significative, et non incrémentale. »
Cette déclaration a surpris de nombreux observateurs, car elle revient à admettre que les derniers jeux Call of Duty étaient peu inspirés. Activision avait initialement justifié la sortie rapprochée de Modern Warfare 3 (2023) comme une solution de repli face à un éventuel report de la sortie annuelle, une affirmation qu’elle avait niée à l’époque. Ce Modern Warfare 3, considéré comme le pire opus de la série, a marqué un tournant, l’éditeur privilégiant désormais les chiffres d’engagement plutôt que les ventes.
Les fissures dans le modèle économique d’Activision se sont creusées au cours des trois dernières années. Si Black Ops 6 (2024) avait été bien accueilli, Black Ops 7 souffre des mêmes défauts que Modern Warfare 3 : des cartes, des armes et un mode Zombies trop similaires à ceux des précédents jeux, malgré un changement d’esthétique (2035 au lieu des années 1990).
Le développement d’un seul Call of Duty est devenu une tâche colossale, au point où la stratégie d’Activision consistant à confier le développement à différents studios pour varier les plaisirs ne fonctionne plus. Infinity Ward met désormais quatre ans pour développer un jeu, alors qu’il en fallait moins de deux auparavant. Sledgehammer Games a eu besoin de l’aide de Treyarch pour terminer Modern Warfare 3, et Treyarch n’a pas développé de Call of Duty sans Raven Software depuis 2018.
Activision tente de minimiser le problème, affirmant que son erreur a été de sortir deux jeux de la même sous-série à la suite. Mais la véritable cause est, selon de nombreux analystes, une production excessive de Call of Duty. La franchise pourrait bénéficier d’une pause, à l’image de ce qu’a fait Electronic Arts avec Battlefield. En laissant le jeu se faire désirer, EA a créé un engouement qui a permis à Battlefield 6 de devenir le jeu de tir à la première personne le plus vendu de l’année.
Activision semble déterminée à ne pas laisser Call of Duty disparaître du radar, préférant alimenter en permanence l’attention et l’investissement des joueurs. Pour certains fans déçus, la seule solution est de boycotter la série, dans l’espoir d’obliger Activision à reconsidérer sa stratégie.