La bataille pour le contrôle du géant des médias Warner Bros. Discovery s’intensifie, attirant l’attention de Donald Trump et suscitant des interrogations sur l’influence politique dans les méga-fusions d’entreprises. Netflix et Paramount Skydance se livrent une lutte acharnée pour le rachat, tandis que l’ancien président américain se montre pour l’instant réticent à prendre position.
Vendredi dernier, Netflix a annoncé une offre d’acquisition de Warner Bros. Discovery pour la somme de 83 milliards de dollars (environ 76,5 milliards d’euros). Un jour plus tard, Paramount Skydance a riposté avec une offre publique d’achat hostile, estimée à environ 108 milliards de dollars (environ 99,6 milliards d’euros), bénéficiant du soutien financier de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.
Interrogé lundi sur cette confrontation, Donald Trump s’est montré évasif : « Aucun d’eux n’est particulièrement bon à moi. » Malgré cette apparente neutralité, les deux camps ont tenté de le séduire. Le PDG de Netflix, Ted Sarandos, s’est rendu à la Maison Blanche le mois dernier pour discuter des perspectives de Warner Bros. Discovery. Avant cela, c’était Paramount Skydance qui semblait en pole position. Son PDG, David Ellison, fils du milliardaire Larry Ellison – un allié de Trump – avait même laissé entendre qu’un rachat entraînerait des changements importants au sein de CNN, la chaîne d’information appartenant à Warner Bros.
Les liens entre Ellison et Trump sont étroits. Larry Ellison aurait même accédé à une demande de l’ancien président concernant la suite du film Heure de pointe, après plus de 20 ans d’attente. Paramount Skydance a ainsi pu donner suite à cette requête.
L’accord entre Netflix et Warner Bros. Discovery devra subir un examen réglementaire qui pourrait durer plus d’un an. Bien que les présidents ne puissent pas décider unilatéralement d’une acquisition, la perception que Trump pourrait influencer le résultat est forte. L’ancien président a d’ailleurs affirmé qu’il serait « impliqué dans cette décision ». Craig Aaron, président de l’organisation de défense des médias Free Press, souligne qu’il n’a jamais vu une telle « courtisation basée sur la personnalité » d’un président dans le cadre d’une fusion d’entreprises : « On lui dit : Impressionne-moi – personne n’est encore mon ami, mais pourrait l’être. »
Selon Aaron, une grande partie de l’analyse de Wall Street se concentre désormais sur les préférences de Trump, une situation « presque inconcevable » pour les affaires. En théorie, les entreprises devraient structurer leurs transactions en fonction des réglementations en vigueur, et non des caprices d’un président.
Cependant, l’expérience passée montre que l’influence de Trump peut être significative. En 2017, son ministère de la Justice avait tenté de bloquer l’acquisition de Time Warner par AT&T et DirecTV, une opération à laquelle Trump s’était publiquement opposé. Malgré les efforts du ministère, un juge fédéral a finalement autorisé la fusion en 2019.
La situation actuelle est différente. La fusion entre Paramount et Skydance a été finalisée en août, sous l’œil vigilant des régulateurs nommés par Trump. Pour obtenir l’approbation, les entreprises ont accepté de démanteler leurs programmes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) et d’installer un médiateur pour superviser le contenu de l’entreprise. Bien que la Commission fédérale des communications (FCC) ne soit pas directement impliquée dans l’accord Netflix-Warner Bros. Discovery, le ministère de la Justice et la Federal Trade Commission (FTC) pourraient imposer des conditions.
Par ailleurs, l’administration Biden a renforcé les règles en matière de fusions, augmentant le contrôle fédéral sur les transactions majeures. Trump s’est inquiété par le passé de la consolidation, mais sa base électorale est divisée entre partisans de la concurrence et défenseurs des entreprises. Sa promesse de « s’impliquer » pourrait donc avoir des effets imprévisibles.
Pour l’instant, aucune entreprise n’a véritablement gagné la faveur de Trump. Dimanche, lors des Kennedy Center Honors, David Ellison était assis à ses côtés dans la loge présidentielle. Le lendemain, Trump a critiqué Paramount Skydance pour avoir autorisé la diffusion d’une interview de Marjorie Taylor Greene sur 60 Minutes. En affichant son indécision, le président alimente une bataille pour son attention, mais entretenir de bonnes relations avec lui pourrait s’avérer un défi en soi.
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