Home SantéL’inhibition de la voie DDR1 aide à briser la barrière médicamenteuse du cancer du pancréas

L’inhibition de la voie DDR1 aide à briser la barrière médicamenteuse du cancer du pancréas

by Sophie Martin

Publié le 12 décembre 2025 à 13h31. Des chercheurs japonais ont identifié une nouvelle cible thérapeutique pour améliorer l’efficacité des traitements contre le cancer du pancréas, une maladie particulièrement agressive, en affaiblissant la barrière fibreuse qui empêche les médicaments d’atteindre les cellules tumorales.

  • Le blocage de la signalisation du collagène via le récepteur DDR1 améliore l’administration des médicaments aux tumeurs pancréatiques.
  • L’étude révèle que le collagène agit non seulement comme une barrière physique, mais aussi comme une molécule de signalisation.
  • Les inhibiteurs de MEK, paradoxalement, pourraient renforcer cette barrière fibreuse.

Le cancer du pancréas reste l’une des formes de cancer les plus mortelles, avec des taux de survie faibles malgré les progrès de l’oncologie. Un obstacle majeur au traitement réside dans le microenvironnement tumoral, caractérisé par une forte densité de fibres de collagène qui entrave à la fois physiquement et biochimiquement la pénétration des médicaments.

Une collaboration entre l’Université d’Okayama et l’Université du Tohoku a mené à une découverte prometteuse : il est possible de contourner cet obstacle. L’équipe, dirigée par le professeur adjoint Hiroyoshi Y. Tanaka de la Faculté de médecine, de médecine dentaire et des sciences pharmaceutiques de l’Université d’Okayama, a identifié un mécanisme clé impliqué dans la résistance fibrotique.

Les chercheurs ont démontré que l’inhibition de la signalisation du collagène par le biais du récepteur DDR1 améliore significativement la distribution des médicaments macromoléculaires au sein des tumeurs pancréatiques.

« Nos résultats révèlent que la signalisation du collagène, et pas seulement sa densité physique, joue un rôle crucial en entravant l’administration des médicaments. »

Dr Hiroyoshi Y. Tanaka, co-auteur de l’Université d’Okayama

Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques visant à affaiblir les défenses fibrotiques qui protègent les cellules cancéreuses. L’étude a également exploré le rôle du collagène, traditionnellement considéré comme un simple obstacle structurel, en tant que molécule de signalisation active influençant la fibrose et la perméabilité aux médicaments.

« En inhibant la DDR1, nous pouvons interrompre cette cascade de signalisation, assouplir la barrière fibreuse et permettre un meilleur accès aux agents thérapeutiques », explique le Dr Tanaka.

En utilisant un modèle cellulaire tridimensionnel (3D) avancé, reproduisant fidèlement l’environnement fibreux du cancer du pancréas, l’équipe a constaté que le blocage de la signalisation DDR1 réduisait la fibrose et facilitait le mouvement de grosses molécules thérapeutiques, telles que les anticorps et les nanomédicaments.

Cette avancée suggère que l’inhibition de la DDR1 pourrait être essentielle pour optimiser l’efficacité des traitements de nouvelle génération contre l’un des cancers les plus résistants aux médicaments.

Le collagène joue un double rôle dans le cancer du pancréas : en tant que fibre physique qui obstrue l’administration macromoléculaire de médicaments et en tant que molécule de signalisation bioactive qui active le récepteur 1 du domaine discoïdine (DDR1) et entraîne un cercle vicieux de fibrose. En bloquant la signalisation DDR1, des chercheurs des universités d’Okayama et de Tohoku ont démontré une meilleure pénétration des médicaments et une réduction de la fibrose, découvrant ainsi une nouvelle voie d’intervention thérapeutique. Crédit : Dr Hiroyoshi Y. Tanaka et professeur Mitsunobu R. Kano de l’Université d’Okayama, Japon.

De manière surprenante, l’étude a également révélé que les inhibiteurs de MEK – une classe de médicaments déjà testés pour le cancer du pancréas – semblaient aggraver la barrière fibreuse. Les chercheurs ont constaté que ces médicaments augmentaient l’expression du collagène I, renforçant ainsi l’obstacle à la pénétration des médicaments.

« Nous avons observé que, bien que les inhibiteurs de MEK puissent cibler les cellules cancéreuses, ils renforcent également involontairement la barrière fibreuse, rendant la pénétration des médicaments encore plus difficile », précise le Dr Tanaka. « Reconnaître et contrer cet effet pourrait transformer la conception des thérapies combinées pour le cancer du pancréas. »

L’équipe souligne que leurs découvertes pourraient avoir des implications plus larges. Une meilleure compréhension de la signalisation du collagène pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques pour de nombreuses affections fibrotiques, non seulement en oncologie, mais aussi dans d’autres domaines médicaux.

Une compréhension plus approfondie de la signalisation du collagène pourrait conduire à de nouvelles stratégies de traitement pour de nombreuses affections fibrotiques différentes.

Les chercheurs prévoient désormais d’étudier des thérapies combinées ciblant simultanément les cellules tumorales et leur environnement fibreux, dans l’espoir de traduire ces connaissances des modèles de laboratoire vers des applications cliniques.

Alors que la recherche sur le cancer du pancréas continue d’évoluer, cette étude offre un nouvel espoir en suggérant que repenser la biologie de la fibrose pourrait être essentiel pour permettre aux médicaments salvateurs d’atteindre enfin leurs cibles.

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