Publié le 12 décembre 2025 à 18h12. Une biologiste israélienne a été reconnue par la prestigieuse revue Nature pour avoir découvert un nouveau mécanisme de défense immunitaire insoupçonné, caché dans les « poubelles » des cellules. Cette avancée pourrait ouvrir de nouvelles voies dans la lutte contre les infections.
- Yifat Merbl, biologiste systémique, figure parmi les dix scientifiques ayant marqué l’année 2025 selon Nature.
- Ses recherches ont révélé un système immunitaire jusque-là inconnu, basé sur des peptides produits par les protéasomes, des centres de recyclage cellulaire.
- L’équipe de Merbl a identifié plus de 270 000 peptides potentiellement antimicrobiens, issus de protéines cellulaires ordinaires.
Yifat Merbl et son équipe de l’Institut scientifique Weizmann ont mis au jour une facette surprenante du système immunitaire en explorant le fonctionnement des protéasomes. Ces structures cellulaires, en forme de tonneau, sont chargées de décomposer les protéines usagées. Loin d’être de simples centres de recyclage, les protéasomes se révèlent être des acteurs clés de la défense contre les infections.
« Jusqu’à présent, nous n’avions pas pu le détecter parce que nous n’avions pas vérifié les poubelles des cellules », explique Merbl. En analysant les fragments peptidiques issus de la dégradation des protéines par spectrométrie de masse, les chercheurs ont découvert que beaucoup correspondaient à des substances connues pour détruire les bactéries, en perçant leurs membranes. Ils ont identifié environ 1 000 fragments présentant des séquences susceptibles d’avoir une action antimicrobienne.
En simulant la décomposition de toutes les protéines humaines, l’équipe a estimé l’existence de plus de 270 000 peptides potentiellement antimicrobiens. Cette découverte suggère un nouveau mécanisme de défense immunitaire, capable de s’activer indépendamment de l’intervention des cellules immunitaires classiques.
« C’est là que vous avez littéralement la chair de poule parce que vous réalisez que vous avez peut-être trouvé quelque chose de fondamental. »
Yifat Merbl
Des expériences complémentaires ont confirmé que, lors d’une infection bactérienne, les protéasomes modifient leur fonctionnement pour privilégier la production de peptides combattant les bactéries. Cette découverte a suscité l’enthousiasme de la communauté scientifique.
« Vous avez quelque chose que nous pensions si familier et bien compris, et tout à coup, boum, quelque chose de totalement inattendu et excitant arrive. »
Ruslan Medzhitov, immunologiste à la Yale School of Medicine
Ce qui frappe, selon les experts, est que ces peptides proviennent de protéines cellulaires courantes, et non de celles spécifiquement dédiées à l’immunité. César de la Fuente, bio-ingénieur à l’Université de Pennsylvanie, souligne que ce mécanisme permet d’augmenter considérablement le nombre de fonctions qu’une seule protéine peut remplir. L’Université de Pennsylvanie a salué cette avancée.
« C’est une manière très intelligente, sur le plan évolutif, de coder de nombreuses fonctions dans un seul gène. »
César de la Fuente, bio-ingénieur à l’Université de Pennsylvanie
Le parcours de Yifat Merbl est également remarquable. Atteinte de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), elle a rencontré des difficultés à l’école. Elle a finalement appris à considérer son fonctionnement cérébral comme un atout, lui offrant une perspective unique. Son ancien directeur de thèse, Marc Kirschner, de la Harvard Medical School, se souvient de sa passion et de son dévouement à la recherche.
Malgré un revers survenu cet été, avec la destruction partielle de son laboratoire lors d’une attaque de missile iranienne, Merbl et son équipe ont rapidement repris leurs travaux dans un nouvel espace. Elle a courageusement secouru des échantillons précieux, évitant les débris de verre et veillant à maintenir les congélateurs en état de marche. L’équipe est désormais prête à explorer d’autres secrets cachés dans les peptides produits par les protéasomes.
« Il ne s’agira pas uniquement d’antimicrobiens. Ce n’est pas la fin de l’histoire. »
Yifat Merbl

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