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Pourquoi c’est l’âge d’or de la télévision non scénarisée

by Antoine Girard

Publié le 13 décembre 2025 07:00:00. La télévision non scénarisée connaît un nouvel âge d’or, devenant un pilier des audiences et une source de revenus importante pour les diffuseurs, face à la fragmentation de l’attention du public et à l’essor des plateformes de streaming.

  • Les émissions de télé-réalité et de jeux télévisés dominent les classements d’audience, surpassant souvent les fictions et le sport.
  • Les formats non scénarisés offrent aux diffuseurs une source de revenus diversifiée grâce à la vente de licences internationales.
  • L’Irlande voit une augmentation de l’activité de production télévisuelle grâce à de nouvelles incitations fiscales.

Longtemps considérée comme un phénomène des années 1990 et du début des années 2000 avec l’émergence de programmes comme Big Brother, Pop Idol ou Qui veut gagner des millions ?, la télévision non scénarisée est aujourd’hui plus florissante que jamais. Des émissions telles que Strictly Come Dancing (Dancing with the Stars dans la plupart des pays), The Voice, Gogglebox et, plus récemment, The Traitors, captivent un public toujours plus large.

Cette popularité croissante s’explique en partie par l’évolution du paysage audiovisuel. Il est devenu plus difficile d’attirer le public vers une programmation linéaire, les téléspectateurs privilégiant de plus en plus le visionnage à la demande via les plateformes de rattrapage, les lecteurs vidéo ou l’enregistrement des programmes. De plus, l’audience est devenue plus fragmentée, les chaînes de télévision devant désormais rivaliser non seulement entre elles, mais aussi avec les réseaux sociaux, YouTube et les plateformes de streaming.

Dans ce contexte, les événements sportifs en direct et les émissions non scénarisées se distinguent. Le sport offre l’excitation de l’instant présent et la possibilité de participer à la conversation collective le lendemain. De même, les formats non scénarisés à succès créent un engouement social, incitant les téléspectateurs à regarder en direct pour ne pas être exclus des discussions et éviter de se faire « spoiler » les résultats.

Cet aspect communautaire est essentiel. Les téléspectateurs recherchent des expériences partagées, des programmes qui rassemblent les générations et suscitent des échanges. Kate Phillips, responsable du contenu à la BBC, a souligné l’importance d’atteindre un large public dans la décision de relancer Gladiators, un format porteur d’une forte dimension nostalgique.

« Atteindre un large public était l’un des principaux facteurs qui nous ont poussés à relancer Gladiators. »

Kate Phillips, responsable du contenu à la BBC

Cette tendance se traduit également par une évolution vers des formats plus bienveillants. Si des émissions comme The Weakest Link ou X-Factor misaient sur la compétition et la confrontation, des programmes comme Strictly Come Dancing et The Traitors privilégient l’amusement et l’intrigue, même lorsqu’ils abordent des thèmes sombres comme la trahison.

Un autre atout des formats modernes est leur accessibilité. Ils doivent être faciles à comprendre et à suivre, et offrir un potentiel de viralité sur les réseaux sociaux. La capacité à être visionné une seconde fois sur un téléphone portable est également un avantage non négligeable.

Au-delà des audiences, les formats non scénarisés représentent une source de revenus importante pour les diffuseurs. En plus de la diffusion de l’émission, ils peuvent vendre les droits de licence à l’international. Strictly Come Dancing, par exemple, est concédé sous licence dans plus de 60 pays sous le nom de Dancing with the Stars. La version américaine a récemment conclu sa 34e saison avec plus de neuf millions de téléspectateurs, attirant notamment un public jeune, très convoité par les annonceurs.

En Irlande, les droits de The Traitors sont détenus par Kite Entertainment, une société de production locale qui a également produit la version irlandaise de Gogglebox sur Virgin TV. RTÉ, bien que ne possédant pas le format, peut bénéficier du succès de la version irlandaise grâce aux ventes internationales de la série, notamment à la BBC, qui a acquis les épisodes pour sa plateforme de streaming et sa chaîne BBC Three.

La production de ces émissions est coûteuse, nécessitant des investissements importants dans les décors, les accessoires et l’équipe technique. Les diffuseurs tentent de minimiser les risques en adoptant des formats éprouvés sur d’autres marchés ou en recherchant des partenariats de coproduction, comme la BBC et NBC pour The Traitors, qui ont partagé les coûts en utilisant le même château écossais.

L’Irlande bénéficie également de cette dynamique grâce à de nouvelles incitations fiscales pour les productions télévisuelles non scénarisées, approuvées par l’Union européenne et pouvant réduire la facture fiscale d’une production jusqu’à 15 millions d’euros. L’acteur Rob Lowe a récemment révélé que le jeu télévisé qu’il anime, The Floor, est tourné en Irlande, car il est devenu plus économique de déplacer toute l’équipe et les candidats que de produire l’émission à Los Angeles.

Les Pays-Bas sont particulièrement prolifiques dans la création de formats à succès, notamment The Traitors (Der Verraders), Big Brother, The Voice et Deal or No Deal. Le Royaume-Uni et les États-Unis ont également contribué avec des titres tels que Bake Off, I’m A Celebrity, The Weakest Link, Who Wants to Be a Millionaire, Gogglebox, Next Top Model et Ru Paul’s Drag Race.

L’Irlande a également connu quelques succès à l’exportation, avec Lyrics Board, diffusé dans 25 pays à partir de 1992, et plus récemment Ireland’s Fittest Family, repris en Allemagne, en Suède, au Chili, en Croatie et en Slovénie. Cependant, même une émission populaire localement ne garantit pas un succès international, comme l’a constaté Tommy Tiernan avec son émission de talk-show, qui n’a suscité aucun intérêt à l’étranger.

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