Home AffairesLa nouvelle macro est là : pourquoi l’or remplace les actions et la dette

La nouvelle macro est là : pourquoi l’or remplace les actions et la dette

by Amélie Bernard

Une rupture fondamentale s’est produite dans l’économie mondiale depuis 2022, mettant fin à des décennies de politiques monétaires et budgétaires accommodantes. Cette inflexion, signalée par le marché obligataire, pourrait entraîner une réévaluation profonde de la valeur des actifs et favoriser ceux qui détiennent des biens réels plutôt que des instruments financiers.

L’année 2022 marque un tournant. C’est à ce moment-là que la tendance à la baisse des rendements des bons du Trésor à long terme a été brisée, signe d’un désaccord croissant du marché face à une politique de création monétaire jugée excessive. Cette fin de cycle, où les États pouvaient s’endetter et refinancer à volonté, est désormais irréversible.

Les conséquences de cette rupture seront multiples. On peut s’attendre à une limitation des stratégies consistant à « imprimer de la monnaie » et à dépenser sans contrainte, ainsi qu’à une perte de confiance envers les institutions financières traditionnelles. Comme le résume Alice, dans Alice au pays des merveilles : « Et à l’inverse, qu’est-ce que ça ne serait pas. Et ce que ça ne serait pas, ça le serait, tu vois ? »

Jusqu’à présent, la macroéconomie était structurellement favorable à ceux qui opéraient sur le papier : banques, investisseurs, détenteurs de créances. La nouvelle donne privilégie désormais les propriétaires de biens tangibles et ceux qui ne sont pas endettés. L’or, en particulier, apparaît comme un refuge potentiel face à un monde submergé par la dette.

Si les cryptomonnaies comme le Bitcoin représentent une évolution technologique intéressante, elles ne constituent pas un actif en soi, mais plutôt un outil de transaction. L’or, quant à lui, est une valeur refuge, une protection contre les excès de la dette accumulés au cours des dernières décennies, notamment avec les politiques de Quantitative Easing (QE) mises en œuvre par la Réserve fédérale américaine (Fed) à partir de 2008.

Pour illustrer ce changement de paradigme, l’indice S&P 500, mesuré en unités d’or, offre une perspective intéressante. Si l’histoire des années 1970 se répète, le marché boursier pourrait connaître une stagnation en termes nominaux, mais une forte baisse en termes réels, ajustée à la valeur de l’or.

Depuis 1980, la croissance des marchés boursiers a été étroitement liée à l’augmentation de l’endettement. Cette corrélation n’est pas fortuite. La capacité à créer et à exploiter de nouvelles dettes a alimenté l’appréciation des actifs. Cette phase macroéconomique est désormais révolue.

Avec la rupture du « continuum » des rendements du Trésor à 30 ans, les marges de manœuvre des autorités monétaires et fiscales sont réduites. Le ratio S&P 500/Or adopte une orientation baissière, signalant une vulnérabilité accrue de l’édifice financier actuel. La dette nationale américaine, qui dépasse désormais les 36 000 milliards de dollars (environ 33 600 milliards d’euros), constitue un facteur de risque majeur.

Dans un contexte de spéculation croissante, avec l’essor des paris sportifs et des cryptomonnaies, l’or apparaît comme un point d’ancrage de stabilité. Alors que le système financier s’approche d’un point d’instabilité maximale, l’or pourrait connaître une forte revalorisation. Un prix de 10 000 dollars l’once (environ 9 200 euros) n’est pas exclu dans les années à venir, à mesure que le contexte macroéconomique évolue.

La valeur de l’or restera stable, mais son prix en monnaie fiduciaire augmentera à mesure que la dette se dénoue, un processus qui pourrait être lent et douloureux. La Fed tente de maintenir le statu quo par des interventions sur le marché des bons du Trésor, mais le modèle économique basé sur l’endettement est en train de s’effondrer.

Nous pourrions assister à une situation d’inflation similaire à celle des années 1970, où les actifs papier progressent avec des rendements modestes, tandis que les actifs réels, notamment les matières premières, surperforment. La solution ne réside pas dans le numérique, mais dans la simplicité : une économie sans dette. Cette transition prendra du temps et sera difficile, mais elle est inévitable. La nouvelle macroéconomie est en marche et devrait perdurer sur le long terme.

Il est temps de repenser nos stratégies et de se préparer à un monde où la valeur est mesurée en termes de biens réels, et non de promesses de remboursement.

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