Publié le 13 décembre 2025 à 23h22. L’artiste et cinéaste Annette Elliot explore les musées comme des espaces chargés d’histoire et de pouvoir, interrogeant la représentation et l’effacement de certaines cultures dans son court métrage « Le Musée », tourné à l’Art Institute de Chicago.
- Le court métrage « Le Musée » (2024) d’Annette Elliot a été présenté en avant-première au Festival du film d’Atlanta.
- Le film remet en question l’idée reçue des musées comme des « espaces blancs » et examine les dynamiques raciales, culturelles et politiques qui s’y jouent.
- Annette Elliot, également professeure à l’École de l’Art Institute de Chicago, donne la parole à différents employés du musée – artistes, conservateurs, agents de sécurité – pour révéler leurs perspectives uniques.
Annette Elliot, basée à Chicago, travaille à l’intersection du cinéma, de l’histoire de l’art et de l’architecture. Son travail s’inspire consciemment de la peinture, de la sculpture et de l’environnement bâti, explorant la manière dont les traditions esthétiques façonnent et parfois masquent le sens culturel. Son dernier film, « Le Musée », est le fruit d’une longue observation de l’Art Institute de Chicago, un lieu qu’elle fréquente régulièrement en tant qu’enseignante.
L’idée de ce projet est née de sa proximité avec le personnel du musée. Elle explique :
« J’enseigne à l’École de l’Art Institute et nous avons toujours eu un partenariat avec le musée pour que je puisse emmener mes étudiants dans les galeries. Parce que j’y étais si souvent, j’ai commencé, probablement comme vous, à faire connaissance avec les agents de sécurité, les concierges – les gens là-bas tous les jours. J’ai commencé à imaginer une « journée dans la vie » du musée et des différentes personnes qu’il rassemble. Les agents de sécurité, les conservateurs, les artistes, tous ces mondes se heurtent dans le même espace. »
Le film suit ainsi plusieurs personnages dont les vies croisent celles des visiteurs et des œuvres exposées. Parmi les acteurs principaux figurent Charín Álvarez, interprète de l’historienne de l’art, et James Vincent Meredith, dans le rôle de l’artiste. Elliot a choisi ces acteurs pour leur expressivité et leur présence à la scène artistique locale de Chicago.
« Je vois beaucoup de théâtre de Chicago. J’ai vu Charín dans Pedro Paramo au Goodman. Je recherche une certaine qualité chez les acteurs, et elle a un visage très expressif, une sorte de tristesse sous-jacente. Ses yeux m’ont vraiment frappé. »
Elle ajoute à propos de James Vincent Meredith :
« Il était dans l’émission Chef avec Kelsey Grammer – l’avez-vous déjà vu ? »
L’esthétique du film est également un élément clé. Elliot s’est inspirée des peintures classiques et a choisi de tourner en 16 mm pour obtenir une image riche en texture et en profondeur. Elle précise :
« L’esthétique était très importante. Je me suis inspiré des peintures classiques et des compositions picturales. Je me rendais souvent dans les galeries pour prendre des photos de référence et créais de nombreux storyboards. Je voulais que certains plans ressemblent presque à un Delacroix ou à d’autres œuvres classiques. C’est pourquoi nous avons tourné sur un film 16 mm : il a de la profondeur, de la texture et du grain. »
Le tournage au sein du musée a présenté des défis logistiques, notamment en raison des restrictions imposées pour la conservation des œuvres. L’équipe a dû travailler en étroite collaboration avec les conservateurs pour adapter l’éclairage et préserver l’intégrité des collections.
Annette Elliot espère que son film incitera le public à réfléchir à la manière dont les musées construisent notre perception de l’art et de l’histoire. Elle souligne l’importance de donner une voix à ceux qui sont souvent invisibles dans ces institutions. Elle explique :
« Les gens du monde de l’art – peintres, conservateurs – sont profondément connectés à la façon dont le film dépeint les espaces muséaux et à l’idée de savoir qui est inclus. Le personnage de l’artiste n’est pas basé sur une seule personne mais est un amalgame d’artistes qui se sont battus pour être vus par les institutions. »
Regardez le film ci-dessus !
Le prochain long métrage d’Annette Elliot, « Au bord de l’eau », fera partie du CIX Lab 2025-2026 et sera présenté au Festival international du film de Chicago, The Pitch. Plus d’informations sur le projet.
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