La France bloque à ce stade l’approbation de l’accord commercial négocié de longue date entre l’Union européenne et le Mercosur, estimant que les conditions ne sont pas réunies pour protéger les agriculteurs européens. Paris demande le report du vote prévu cette semaine et exige des garanties supplémentaires avant de donner son feu vert.
Dans un communiqué diffusé dimanche, le gouvernement français a affirmé que les États membres de l’UE ne pouvaient pas se prononcer sur l’accord dans sa forme actuelle. Cette position intervient à la veille d’un déplacement de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au Brésil, où elle devait finaliser cet accord historique, négocié pendant plus de 20 ans avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.
Le ministre français de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a confirmé cette ligne dure dans une interview au Handelsblatt, un quotidien financier allemand. Il a déclaré que le traité, tel qu’il se présente, « n’est tout simplement pas acceptable ». Selon lui, la France conditionne son accord à trois points essentiels : l’établissement de clauses de sauvegarde « solides et efficaces », l’application des mêmes normes de production aux agriculteurs européens et ceux du Mercosur, et la mise en place de « contrôles à l’importation » appropriés.
« Tant que nous n’aurons pas obtenu des assurances sur ces trois points, la France n’acceptera pas l’accord », a insisté M. Lescure.
Les agriculteurs français, rejoints par leurs homologues d’autres pays européens, craignent une concurrence déloyale due à des normes moins strictes au sein du Mercosur, ce qui pourrait fragiliser davantage des secteurs agricoles déjà en difficulté. Ils estiment que l’accord pourrait déstabiliser les marchés européens.
Un sommet du Mercosur est prévu le 20 décembre. À ce stade, Paris juge qu’il est impossible de procéder à un vote des États membres sur l’autorisation de signature de l’accord dans ce contexte.
Les nations européennes doivent voter sur l’accord commercial entre le mardi 16 et le vendredi 19 décembre, selon des sources européennes. Le Parlement européen examinera également mardi des mesures de sauvegarde destinées à rassurer les agriculteurs.
L’Union européenne est le deuxième partenaire commercial du Mercosur en matière de biens, avec 57 milliards d’euros (67 milliards de dollars) d’exportations en 2024. Elle est également le plus grand investisseur étranger dans le bloc sud-américain, avec un stock de 390 milliards d’euros (458 milliards de dollars) en 2023. Si l’accord est approuvé, il créerait un marché commun de 722 millions de personnes.