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La guerre en Ukraine déclenche la marche européenne vers la conscription

Mis à jour le 13 décembre 2024 à 18h30. Face à la menace grandissante en Europe de l'Est, plusieurs pays européens renforcent leurs capacités militaires et réintroduisent, sous diverses formes, un service obligatoire ou volontaire pour les jeunes…

La guerre en Ukraine déclenche la marche européenne vers la conscription

Mis à jour le 13 décembre 2024 à 18h30. Face à la menace grandissante en Europe de l’Est, plusieurs pays européens renforcent leurs capacités militaires et réintroduisent, sous diverses formes, un service obligatoire ou volontaire pour les jeunes adultes.

  • L’Allemagne a adopté une nouvelle loi instaurant un service volontaire, avec la possibilité d’un recrutement obligatoire si nécessaire.
  • La France lancera en 2025 un nouveau service national volontaire, avec une indemnité mensuelle de 800 €.
  • Les pays les plus proches de la Russie, comme la Lituanie et la Suède, ont été les premiers à réagir en renforçant leurs armées après l’annexion de la Crimée en 2014.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a agi comme un catalyseur, poussant les gouvernements européens à réévaluer la force de leurs armées conventionnelles et leur capacité à défendre leur territoire. Pendant des années, la tendance avait été à la réduction des effectifs militaires et au maintien d’armées professionnelles plus petites, une conséquence de la fin de la guerre froide et d’une période de relations moins tendues avec Moscou. Cette approche est aujourd’hui remise en question.

Depuis 2022, les budgets de la défense ont augmenté dans de nombreux pays, une tendance qui s’est accélérée avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. L’administration américaine a clairement indiqué que les pays européens devaient prendre en charge une plus grande part de leur propre sécurité, mettant fin à l’idée, ancrée depuis des décennies, que le continent pouvait compter sur une garantie de sécurité américaine permanente.

L’Allemagne est à l’avant-garde de ce mouvement. Un vote du Parlement fédéral le 5 décembre a introduit un système de service volontaire, bien que le terme puisse être trompeur. À partir de l’année prochaine, tous les hommes allemands de 18 ans devront remplir un questionnaire en ligne indiquant leur volonté de servir et passer un examen médical. Les volontaires recevront une indemnité d’environ 2 600 € par mois, avec une prime pour ceux qui prolongent leur service. Une fois leur service initial terminé, ils rejoindront les forces de réserve. La loi prévoit également la possibilité d’un recrutement obligatoire plus large si la situation sécuritaire l’exige ou si les objectifs de la Bundeswehr ne sont pas atteints. Cette perspective a suscité des protestations de milliers d’étudiants à travers le pays.

Le projet allemand vise à augmenter les effectifs de la Bundeswehr, passant de 184 000 militaires et 60 000 réservistes actuellement à 260 000 personnels à temps plein et 200 000 réservistes d’ici 2035.

La France suit également cette voie. Le président Emmanuel Macron a annoncé le 27 novembre la mise en place d’un nouveau service national volontaire pour les jeunes de 18 et 19 ans, après l’abandon de la conscription en 2001.

« À l’heure où tous nos alliés européens avancent face à une menace qui pèse sur nous tous, la France ne peut pas rester les bras croisés. »

Emmanuel Macron, président français

Ce nouveau modèle prévoit un service de 10 mois dans une unité militaire, avec l’objectif d’atteindre 10 000 volontaires par an d’ici 2030. Les participants recevront une indemnité de 800 € par mois, soit moins que leurs homologues allemands.

D’autres pays ont déjà pris des mesures similaires. La Belgique a annoncé la réintroduction d’un service militaire volontaire pour tous les jeunes de 18 ans plus tôt cette année, tout comme les Pays-Bas en 2023. La Lituanie et la Suède, quant à elles, avaient déjà réintroduit la conscription après l’annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014.

La Suède a mis en place un modèle de conscription sélective, où tous les jeunes de 18 ans remplissent un questionnaire en ligne, puis passent des tests d’endurance et des entretiens. Seuls les candidats les plus aptes sont enrôlés, ce qui représente moins de 10 % de la population concernée. L’année dernière, 7 000 jeunes Suédois, hommes et femmes, ont été enrôlés pour un service de neuf à quinze mois.

La Finlande, qui a rejoint l’OTAN avec la Suède en 2023, n’a jamais abandonné la conscription. Tous les hommes finlandais de plus de 18 ans peuvent être appelés à servir entre six et douze mois. Les objecteurs de conscience peuvent opter pour un service civil non militaire, qui dure deux fois plus longtemps. Les anciens conscrits deviennent ensuite réservistes jusqu’à l’âge de 50 ans, et la Finlande peut mobiliser jusqu’à 280 000 réservistes formés en cas d’urgence.

Le Danemark a étendu sa conscription aux femmes de 18 ans, qui servent jusqu’à 11 mois aux côtés des hommes. La Norvège, pour sa part, propose un service pouvant aller jusqu’à 19 mois, hommes et femmes confondus. La Lettonie a réintroduit la conscription pour les jeunes hommes en 2023 et envisage de l’étendre aux femmes en 2028. L’Estonie maintient la conscription depuis son indépendance en 1991, et de nombreux conscrits considèrent leur service militaire comme un devoir civique. Une analyse de RTE souligne que le service militaire est considéré comme une contribution nécessaire à la sécurité du pays.

La Pologne a mis fin à la conscription en 2008, mais le gouvernement actuel envisage de mettre en place une formation militaire pour tous les hommes adultes et de constituer une armée de 500 000 personnes, y compris des réservistes. Un cours de formation militaire pour tous les citoyens polonais a débuté le mois dernier, avec des options allant d’un à 30 jours de formation axée sur les bases militaires, les compétences de survie et les premiers secours. Le gouvernement prévoit de former 100 000 personnes d’ici 2027. Des sondages d’opinion révèlent un soutien variable à cette initiative, allant de 40 % à 59 %.

Le Royaume-Uni n’envisage pas de réintroduire la conscription, et une proposition de l’ancien Premier ministre Rishi Sunak a été abandonnée après le retour au pouvoir du Parti travailliste. L’Irlande et Malte, militairement neutres, ne prévoient pas non plus de modifier leur politique en matière de conscription. L’Italie et l’Espagne, membres de l’OTAN, disposent d’armées professionnelles importantes, mais le ministre italien de la Défense a suggéré d’introduire un système de service volontaire similaire aux nouveaux modèles français et allemand.

En résumé, la tendance actuelle révèle une corrélation claire : plus un pays est proche de la Russie, plus il est susceptible d’avoir réintroduit une forme de conscription ou de renforcer ses forces de réserve depuis l’invasion de l’Ukraine.

Des soldats polonais montrent à des civils comment utiliser un fusil lors d’une journée d’entraînement militaire.
Un soldat polonais montre à des civils comment utiliser un fusil lors d’une journée d’entraînement militaire en octobre

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.