Publié le 15 décembre 2025 18h50. Malgré une amélioration notable du pouvoir d’achat des ménages aux Pays-Bas ces dernières années, une dépendance croissante aux allocations sociales crée une instabilité financière accrue, notamment en raison de la complexité du système de prestations.
Les revenus des foyers néerlandais les plus modestes ont connu une progression significative au cours des deux dernières années et demie. Cette amélioration, constatée par l’institut budgétaire Nibud à la demande du NRC, contraste avec un rapport alarmant publié en juin 2023 qui soulignait les difficultés financières de nombreux habitants.
Cependant, cette progression s’est faite au prix d’une plus grande incertitude. Selon les calculs de Nibud, une part croissante des revenus des personnes vivant au seuil de pauvreté provient désormais d’allocations. L’imprévisibilité et la complexité du système de prestations sociales contribuent à fragiliser leur situation financière.
Cette situation concerne non seulement les bénéficiaires de l’aide sociale (actuellement 1 370 euros par mois pour une personne seule), mais également les travailleurs à faible revenu, notamment ceux employés à temps partiel.
Des centaines d’euros manquants
L’étude de Nibud fait suite à deux recommandations formulées en 2023 par un comité d’experts sur le minimum social, auquel l’institut participait. Ce comité avait conclu que la plupart des ménages vivant avec l’aide sociale ne disposaient pas de revenus suffisants pour couvrir leurs besoins essentiels et participer pleinement à la société, accusant un déficit de plusieurs centaines d’euros par mois.
Le même comité avait également souligné que les régimes de revenus aux Pays-Bas étaient « trop imprévisibles et trop inaccessibles », en partie à cause des procédures de recouvrement des allocations. Il avait plaidé pour une simplification et une sécurisation du système, comme le recommandait le comité.
Le NRC s’interroge sur le suivi de ces recommandations. Si le premier rapport semble avoir été pris en compte, les risques soulevés par le second se sont accrus, en particulier en raison de la dépendance accrue de nombreux ménages aux allocations.
Recouvrements élevés
Cette dépendance accrue est « très vulnérable », explique Cora van Horssen, directrice par intérim de Nibud. Une mauvaise estimation des revenus futurs ou une erreur administrative peuvent entraîner des remboursements de plusieurs centaines, voire de milliers d’euros. Plus les allocations sont importantes, plus les sommes à rembourser peuvent être élevées.
De plus, ajoute Mme Van Horssen, certaines personnes ont tellement peur des remboursements qu’elles préfèrent accepter un revenu plus faible, qu’elles n’auront pas à rembourser. Les politiques d’augmentation des allocations ne parviennent donc pas à atteindre ces personnes.
L’exemple d’un parent isolé bénéficiant de l’aide sociale et ayant trois enfants illustre bien ces tendances. Il y a deux ans, ce parent manquait de 407 euros par mois pour couvrir ses besoins et participer à la vie sociale. Aujourd’hui, il lui manque encore 102 euros. Si le pouvoir d’achat a donc augmenté, la moitié de ses revenus (48 %) provient désormais d’allocations incertaines, contre 46 % il y a deux ans et 40 % il y a quatre ans.
Pour un couple bénéficiant de l’aide sociale avec trois enfants, la dépendance aux allocations est passée de 29 % il y a six ans à 38 % aujourd’hui.

Mme Van Horssen estime qu’il est compréhensible que les politiciens aient augmenté rapidement les allocations, suite aux constats du comité d’experts. « Les allocations constituent le moyen le plus simple de soutenir rapidement et de manière ciblée certains groupes. »
Elle souligne toutefois que cette approche est surprenante, compte tenu de l’ambition affichée par les gouvernements Rutte IV et Schoof de simplifier et de sécuriser les systèmes de revenus. Les réformes dans ce sens n’ont à peine commencé.
Les pénuries en partie éliminées
Nibud a réalisé ses calculs pour huit types de familles bénéficiant de l’aide sociale, sans tenir compte des réglementations locales en matière de pauvreté, qui varient considérablement d’une municipalité à l’autre.
Les pénuries ont été éliminées pour les personnes seules et les parents isolés (jusqu’à trois enfants). Il y a deux ans, ils manquaient encore de 50 à 400 euros par mois, alors qu’aujourd’hui, le déficit se situe entre 10 et 250 euros.
Les couples avec deux, trois ou aucun enfant manquent encore de 14 à 109 euros par mois. Cet écart a toutefois été réduit de plusieurs centaines d’euros en deux ans. Les couples avec un enfant sont désormais légèrement excédentaires : 4 euros.

Il est important de noter que ces calculs représentent une réalité théorique, souligne Mme Van Horssen. « Il faut demander toutes les aides auxquelles on a droit et ne pas rencontrer de difficultés imprévues, comme devoir vivre dans un logement trop cher ou mal isolé. »
Les calculs supposent également que vous n’avez pas de dettes à rembourser, que vous ne fumez pas et que vous dépensez votre argent de manière rationnelle. « Il n’y a pas de place pour les achats impulsifs », précise Mme Van Horssen. « On ne peut pas aller faire les courses affamé. Si vous achetez des produits qui ne figuraient pas sur votre liste, la situation financière ne correspond plus. »
Cependant, un « budget flexible » a été prévu pour faire face aux imprévus, comme une facture dentaire élevée, conformément aux recommandations du Comité du minimum social.
Nibud a également réalisé un calcul sans ce budget flexible, qui s’élève à 98 euros pour une personne seule. Dans ce cas, les huit types de ménages disposeraient chaque mois d’un excédent d’argent (de 105 à 355 euros), alors qu’il y a deux ans, sept sur huit étaient en déficit.
Mais selon Mme Van Horssen, le budget flexible est essentiel. « Si vous vivez longtemps avec un faible revenu, il est probable que vous rencontriez des difficultés imprévues. Le budget flexible ne laisse qu’une très faible marge de manœuvre pour y faire face. »
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