Publié le 16 décembre 2025 à 01h19. Une étude récente du Pew Research Center révèle que l’utilisation quotidienne de plateformes comme YouTube et TikTok est omniprésente chez les adolescents américains, soulevant des questions sur l’impact de ces réseaux sociaux sur leur bien-être.
- Près des trois quarts des adolescents utilisent YouTube quotidiennement, et environ un sur cinq y est connecté « presque constamment ».
- TikTok, Instagram et Snapchat restent très populaires, tandis que l’utilisation de Facebook diminue chez cette tranche d’âge.
- L’étude met également en lumière une utilisation croissante des chatbots d’intelligence artificielle par les adolescents.
L’omniprésence des réseaux sociaux dans la vie des adolescents américains est confirmée par une enquête menée par le Pew Research Center auprès de 1 458 jeunes âgés de 13 à 17 ans. Les résultats, publiés la semaine dernière, montrent que YouTube domine largement le paysage numérique, avec 75 % des participants déclarant l’utiliser quotidiennement. Cependant, TikTok, Instagram et Snapchat conservent une forte attractivité auprès de cette génération, tandis que Facebook semble perdre du terrain.
L’étude révèle également une utilisation intensive de ces plateformes : environ un adolescent sur cinq se dit connecté à YouTube ou TikTok « presque constamment ». Michelle Faverio, chercheuse associée chez Pew et principale auteure du rapport, souligne que ce niveau d’engagement persiste malgré les inquiétudes croissantes concernant les risques potentiels pour la santé mentale.
Des disparités notables existent selon l’origine ethnique et le genre. Les adolescents noirs et hispaniques sont plus susceptibles d’utiliser intensivement YouTube, TikTok et Instagram. Les filles ont tendance à passer plus de temps sur Snapchat et Instagram, tandis que les garçons privilégient Reddit et YouTube.
Au-delà des réseaux sociaux traditionnels, l’étude met en évidence l’essor des chatbots d’intelligence artificielle. 64 % des adolescents déclarent avoir déjà utilisé un chatbot, et 28 % le font quotidiennement. 16 % des jeunes indiquent même une utilisation quasi constante. ChatGPT, développé par OpenAI, est le chatbot le plus populaire, suivi de Gemini et de Meta AI.
Ces résultats ne sont pas une surprise pour les spécialistes du développement de l’enfant. Eileen Kennedy-Moore, psychologue basée à Princeton, dans le New Jersey, qui n’a pas participé à l’étude, explique :
« La vie en ligne fait désormais partie intégrante de l’existence des enfants. Ce n’est pas le simple fait de regarder une vidéo YouTube qui pose problème, mais plutôt l’immersion quasi constante dans ces univers numériques : qu’est-ce qui se passe quand ils sont constamment connectés ? »
Si les parents s’inquiètent légitimement du temps passé devant les écrans, il est difficile d’établir un lien de causalité direct entre cette exposition et des problèmes de santé mentale. De nombreuses études mettent en garde contre une approche simpliste. Une recherche récente a par exemple montré que le temps d’écran à l’âge de 10 ans n’est pas nécessairement associé à un risque accru de comportements suicidaires, mais qu’une utilisation compulsive ou addictive l’est bel et bien.
Kennedy-Moore s’inquiète particulièrement du risque d’isolement social et du manque de développement des compétences interpersonnelles chez les adolescents qui passent un temps excessif en ligne.
« L’une de mes principales préoccupations concerne les enfants qui utilisent constamment les réseaux sociaux ou l’IA : ils risquent de manquer des opportunités de connexion et d’amitié dans la vie réelle. Les chatbots peuvent offrir une dynamique sans friction qui ne les aide pas à développer des compétences sociales essentielles. »
D’autres études confirment ces inquiétudes. Une recherche publiée ce mois-ci dans la revue Pediatrics a révélé que les enfants qui possédaient un smartphone à l’âge de 12 ans étaient plus susceptibles de souffrir de dépression, d’obésité et de troubles du sommeil que ceux qui n’en avaient pas.
Face à ces constats, des initiatives se multiplient pour limiter l’accès des adolescents aux appareils et aux plateformes numériques. Plusieurs États américains ont interdit l’utilisation des téléphones portables pendant les heures de classe, une mesure soutenue par les deux principaux partis politiques. L’Australie est même allée plus loin en interdisant récemment aux moins de 16 ans d’utiliser les réseaux sociaux.
Cependant, Kennedy-Moore insiste sur le rôle primordial des parents et des tuteurs dans la protection des enfants en ligne.
« Si votre enfant est assez jeune pour se coucher à une heure raisonnable, ses appareils devraient également avoir une heure de coucher. En tant que clinicienne, je peux vous assurer que rien de positif ne se passe sur ces appareils au milieu de la nuit. »
Cet article a été initialement publié dans Le New York Times.
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