L’Union européenne pourrait assouplir son interdiction des ventes de voitures à essence et diesel à partir de 2035, face à la crise qui frappe l’industrie automobile européenne et aux pressions économiques croissantes. Cette volte-face potentielle marque un recul significatif dans la politique climatique de l’UE.
Selon des informations du Financial Times, la Commission européenne devrait proposer, le 16 mars, un amendement législatif permettant une production limitée de véhicules à moteur à combustion interne (VMC) – jusqu’à 10 % de la production, calculée sur la base des émissions de 2021 – à condition que certaines conditions soient remplies. Cette mesure offrirait aux constructeurs automobiles la possibilité de continuer à fabriquer des véhicules essence et diesel en quantité restreinte.
Un projet visant à autoriser les petits moteurs, notamment pour prolonger l’autonomie des véhicules électriques, qui devaient également être interdits en 2035, serait également à l’étude. Initialement, la Commission européenne avait fixé l’objectif d’une réduction de 100 % des émissions de carbone des voitures neuves d’ici 2035, l’interdiction des VMC étant un pilier de cette stratégie.
Cette inflexion intervient alors que l’industrie automobile allemande, en particulier, traverse une période difficile. Elle a enregistré son plus mauvais trimestre depuis la crise financière de 2009. Volkswagen, l’un des géants du secteur, a même annoncé la fermeture de son usine allemande le 16 mars pour la première fois en 88 ans d’existence, en raison de la baisse des ventes en Chine, de la faible demande en Europe et du poids des droits de douane américains.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment plaidé pour une déréglementation, estimant que « la réalité est qu’il y aura des centaines de véhicules à moteur à combustion interne dans le monde en 2035 et 2050 ». L’opposition de l’industrie et de certains gouvernements, notamment allemand et italien, a pesé dans la décision de l’UE.
Cependant, tous les États membres ne sont pas d’accord avec ce changement de cap. La France et l’Espagne ont exprimé leur opposition, soulignant que « l’interdiction (des véhicules à moteur à combustion interne) ne devrait pas être remise en question et que l’avenir de l’industrie automobile européenne réside dans les véhicules électriques ». Le Royaume-Uni, qui a déjà pris l’engagement de n’autoriser la vente que de véhicules électriques à partir de 2035, a également affirmé qu’il maintiendrait son plan initial.
Les organisations environnementales ont également critiqué cette décision, craignant qu’elle ne creuse l’écart entre l’Europe et la Chine, qui est en tête de la transition vers les véhicules électriques. Simone Talyapietra, chercheuse senior à Bruegel, un groupe de réflexion belge, a déclaré : « L’avenir de l’industrie automobile est l’électrification, donc non seulement cela n’aidera pas l’industrie, mais cela ne fera que nuire à la réputation de l’Europe en tant que leader mondial de la réponse climatique. »
À ce stade, la proposition de la Commission européenne doit encore être examinée et approuvée par les États membres.
Chiffres clés
- 10 % : Pourcentage maximum de production de véhicules à moteur à combustion interne autorisé, basé sur les émissions de 2021.
- 2035 : Date initialement prévue pour l’interdiction totale des ventes de véhicules à moteur à combustion interne dans l’UE.
Contexte
L’Union européenne s’était engagée dans une politique ambitieuse de réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec l’objectif de devenir neutre en carbone d’ici 2050. L’interdiction des VMC à partir de 2035 était une mesure clé de cette stratégie. Cependant, la conjoncture économique actuelle et les difficultés rencontrées par l’industrie automobile ont conduit à une remise en question de cette politique.
Ce qui change
Si l’amendement proposé par la Commission européenne est adopté, les constructeurs automobiles pourront continuer à produire et à vendre une quantité limitée de véhicules essence et diesel après 2035. Cela pourrait ralentir la transition vers les véhicules électriques et avoir des conséquences sur les objectifs climatiques de l’UE.
Prochaines étapes
La proposition de la Commission européenne sera soumise à l’examen du Parlement européen et du Conseil de l’UE. Les négociations pourraient être longues et difficiles, compte tenu des divergences d’opinions entre les États membres. Il faudra surveiller de près l’issue de ces négociations pour connaître l’avenir de la politique automobile européenne.
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