Publié le 17 décembre 2025 à 12h09. L’administration Trump réaffirme une influence américaine prépondérante en Amérique latine, invoquant une doctrine rappelant celle de Monroe, mais adaptée aux enjeux contemporains d’immigration, de lutte contre le trafic de drogue et de rivalité avec la Chine.
- La nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine met l’accent sur le renforcement de la présence militaire et de l’influence économique des États-Unis dans la région.
- L’administration Trump justifie cette approche par la nécessité de contrôler l’immigration illégale, de lutter contre les cartels de drogue et de contrer l’influence de puissances étrangères, notamment la Chine.
- Cette politique s’accompagne de mesures de récompense pour les alliés et de sanctions potentielles pour les pays ne s’alignant pas sur les objectifs américains.
La récente décision de bloquer les pétroliers vénézuéliens sanctionnés et l’aide financière inattendue apportée à l’Argentine en octobre dernier illustrent l’importance stratégique que l’Amérique latine revêt aux yeux de Donald Trump. La nouvelle stratégie de sécurité nationale, publiée par la Maison Blanche le 4 décembre, reflète une vision du monde où les États-Unis doivent restaurer leur puissance et leur influence à l’échelle mondiale, en commençant par leur propre hémisphère.
Dans une lettre accompagnant le document de 29 pages, le président Trump affirme avoir agi « avec une urgence et une rapidité historiques pour restaurer la force américaine dans le pays et à l’étranger ». La nouvelle stratégie se concentre sur la lutte contre l’immigration illégale, le trafic de drogue et le renforcement des relations avec les partenaires idéologiques et commerciaux des États-Unis.
Pour atteindre ces objectifs, l’administration Trump propose un retour à une politique étrangère inspirée de la doctrine Monroe, énoncée en 1823 par le président James Monroe. Cette doctrine visait à protéger la région de l’ingérence des puissances européennes. Le document indique que « les États-Unis réaffirmeront et mettront en œuvre la doctrine Monroe pour restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental », qualifiant cette approche de « corollaire Trump de la doctrine Monroe ».
Cette approche a rapidement été surnommée « doctrine Donroe », une confusion entre les noms de Donald Trump et de James Monroe. Ce terme est apparu en janvier dans le New York Post et a été repris par de nombreux analystes et médias internationaux.
La question se pose donc : sommes-nous face à une nouvelle doctrine Monroe ? Quels sont les intérêts de Trump en Amérique latine et comment compte-t-il étendre son influence sur le continent ?
Pour que les États-Unis consolident leur puissance mondiale, Trump estime qu’il est impératif de réaffirmer leur influence dans la région. Le document de sécurité nationale souligne que « les États-Unis doivent jouer un rôle prééminent dans l’hémisphère occidental en tant que condition de notre sécurité et de notre prospérité, condition qui nous permet de nous affirmer avec confiance partout et à tout moment dans la région ».
Selon Will Freeman, chercheur en études latino-américaines au Council on Foreign Relations, Trump cherche à donner « une nouvelle tournure à une vieille idée ».
« Il s’agit en quelque sorte d’une justification idéologique de l’intervention américaine ou d’une main forte dans la région, qui se concentre explicitement sur l’immigration. »
Will Freeman, chercheur en études latino-américaines au Council on Foreign Relations
Il ajoute que le document mentionne également les cartels de drogue et les incursions étrangères hostiles, ce qui rappelle la doctrine Monroe dans sa version originale.
La stratégie américaine s’appuie sur une combinaison de mesures coercitives et d’incitations. La présence du porte-avions USS Gerald Ford dans les Caraïbes, depuis novembre, est perçue comme une pression sur le gouvernement vénézuélien. Le document de sécurité nationale autorise également « le recours à la force meurtrière pour remplacer la stratégie ratée des dernières décennies, axée uniquement sur le maintien de l’ordre » et invoque la devise « la paix par la force » [Peace Through Strength], popularisée par le président Ronald Reagan.
En parallèle, l’administration Trump offre des récompenses à ses alliés, comme l’aide financière de 20 milliards de dollars accordée à l’Argentine en octobre et les accords commerciaux signés avec l’Argentine, l’Équateur, le Salvador et le Guatemala le mois suivant. Ces mesures visent à encourager les pays de la région à s’aligner sur les objectifs américains.
Selon Bernabé Malacalza, auteur de l’ouvrage « Les Croisades du 21e siècle », qui analyse les relations entre les États-Unis et la Chine, la nouvelle architecture de sécurité nationale repose sur la perception de l’Amérique latine comme une « partie de notre frontière de sécurité intérieure ».
« L’Amérique latine est devenue une priorité pour les États-Unis. Elle a acquis une place qu’elle n’avait pas eue auparavant et cela s’explique par le fait que la sécurité hémisphérique a pris de l’importance », explique le professeur de l’Université Torcuato Di Tella.
Le document évoque également la nécessité de limiter les incursions étrangères hostiles, une référence implicite à la Chine, sans toutefois la nommer explicitement. En matière commerciale, Trump cherche à renégocier les accords existants et à privilégier une approche axée sur le America First (les États-Unis d’abord), en utilisant les tarifs douaniers et les accords commerciaux réciproques comme outils de négociation.
Pour les analystes, la « doctrine Donroe » considère la région principalement comme une source de menaces plutôt que d’opportunités.
« Ils sont bien plus soucieux d’empêcher les dangereuses menaces venant d’Amérique latine d’atteindre les États-Unis, comme ils diront, que de profiter des opportunités qu’offre la région. »
Will Freeman, chercheur en études latino-américaines au Council on Foreign Relations
Source des images, Getty Images
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