Publié le 17 décembre 2025 à 23h00. L’administration américaine a considérablement élargi sa liste de restrictions de voyage, touchant de plein fouet plusieurs pays africains et suscitant des réactions mesurées, mais préoccupées, sur le continent.
- Quatre pays africains – le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Soudan du Sud – ont été ajoutés à la liste des nations dont les citoyens sont soumis à des interdictions d’entrée aux États-Unis.
- L’Union africaine a appelé à une approche plus équilibrée et fondée sur des preuves en matière de restrictions de voyage, soulignant l’importance des liens historiques entre l’Afrique et les États-Unis.
- Les nouvelles restrictions, plus larges que celles de la première présidence Trump, sont justifiées par Washington par des préoccupations liées à la sécurité, à la documentation et aux dépassements de visa.
L’annonce, faite mardi, a élargi les restrictions de voyage initiales mises en place sous l’administration Trump et abrogées en 2021. Cette nouvelle vague de restrictions cible désormais un total de 20 pays, dont plusieurs nations africaines déjà soumises à des limitations. Outre les quatre pays mentionnés, douze autres nations africaines – l’Angola, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Gambie, le Malawi, la Mauritanie, le Nigeria, le Sénégal, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe – sont désormais soumises à des restrictions partielles.
La Syrie et les personnes détenant des documents de voyage émis par l’Autorité palestinienne, qui administre la Cisjordanie, figurent également sur la liste. La Sierra Leone, qui était déjà soumise à des restrictions partielles, a été ajoutée à la liste complète des interdictions.
L’Union africaine a exprimé ses inquiétudes quant à l’impact potentiel de ces mesures sur les relations entre les États-Unis et l’Afrique, notamment sur les échanges éducatifs, le commerce et la diplomatie. Dans un communiqué, le porte-parole de l’UA, Nuur Mohamu, a déclaré que les États-Unis devraient protéger leurs frontières « d’une manière équilibrée, fondée sur des preuves et reflétant les liens et le partenariat de longue date » entre les deux continents.
Plusieurs pays africains ont réagi avec prudence. La Sierra Leone a indiqué espérer engager un dialogue avec Washington pour revoir la décision. Dans un communiqué, le pays a affirmé qu’il « resterait déterminé à renforcer la coopération internationale et à répondre aux préoccupations en matière d’immigration soulevées par le gouvernement américain », ajoutant que les autorités étaient « activement engagées dans un dialogue continu et constructif avec les autorités américaines ». Au Mali, un responsable du ministère des Affaires étrangères, Samuel Saye, a déclaré qu’il était « trop tôt pour commenter ».
Des analystes et des militants ont critiqué ces mesures, les qualifiant d’injustes et d’incohérentes. Beverly Ochieng, analyste au Control Risks Group à Dakar, a prédit que l’interdiction de Trump rendrait les relations entre les États-Unis et divers pays africains « incohérentes, imprévisibles et difficiles ». Elle a également souligné que cette mesure pourrait inciter certains gouvernements à rechercher des partenariats alternatifs.
L’inquiétude se fait également sentir au sein de la population.
« Je pense que cette position est injuste car elle met tous les Nigérians dans le même panier »
Ramlah Ibrahim Nok, avocate d’affaires à Abuja, Nigeria
Ramlah Ibrahim Nok a souligné que de nombreux Nigérians se rendent aux États-Unis pour l’éducation, les affaires et le tourisme, et a appelé les autorités nigérianes à s’attaquer aux problèmes de dépassement de visa.
L’annonce intervient également à un moment délicat, à l’approche de la Coupe du monde de football 2026, qui se déroulera aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Des supporters africains craignent désormais de ne pas pouvoir assister aux matchs. Pape Seye, chauffeur de taxi à Dakar, s’est interrogé sur la possibilité pour les supporters de se rendre aux États-Unis, malgré les nouvelles restrictions.
Au Soudan du Sud, le militant des droits humains Rajab Mohandis a estimé que la mesure était « une expression ouverte de la frustration croissante de l’administration Trump à l’égard du gouvernement » du pays, et une manière d’exercer des pressions diplomatiques en raison des lenteurs dans la mise en œuvre d’un accord de paix signé en 2018.
___
Des correspondants de l’Associated Press à travers l’Afrique ont contribué à cet article.
À ne pas manquer
- Iran et Oman Négocient un Accord pour Rouvrir le Détroit d’Ormuz
- L’Iran dément des pourparlers avec les États-Unis face aux avertissements de Trump
- Donald Trump affirme que les Etats-Unis sont intervenus pour soutenir le yen, par « amitié » pour le Japon (lederniereheure.com)
- FIFA : Gianni Infantino Sollicite Donald Trump Face à Une Fronde Générale (nouvelles-du-monde.com)
