Publié le 16 novembre 2023 14h45. Les anciens Premiers ministres Boïko Borissov et Delyan Peevski vont perdre leur protection rapprochée assurée par la Garde Nationale pour la Sécurité (ONS), une décision votée à l’unanimité par les députés, malgré les protestations et les menaces du leader du DPS.
- La composition civile de l’ONS, actuellement à 10 %, sera renforcée.
- Delyan Peevski a quitté le bureau 222A, surnommé le « bureau mystique », qui deviendra un vestige historique de l’Assemblée.
Une décision historique a été prise ce mercredi par les députés bulgares : le retrait de la protection de l’ONS pour Boïko Borissov, ancien Premier ministre et leader du GERB, et Delyan Peevski, figure influente du parti « DPS – Nouveau Départ ». Le vote, adopté à l’unanimité, fait suite à une proposition du PP-DB (Poursuivre le Changement – Bulgarie Démocratique), et a même reçu le soutien des représentants des deux partis concernés.
Dès la matinée, Delyan Peevski s’était déclaré prêt à renoncer à cette protection, qualifiant les demandes de retrait de « populisme ». Il a rappelé que la nécessité d’une telle garde rapprochée est évaluée tous les six mois par une commission interministérielle, et qu’il avait déjà sollicité un examen de sa propre situation. Il avait exprimé son souhait que la commission se prononce publiquement devant l’Assemblée nationale :
« Laissons-les décider si cela n’est pas nécessaire. J’accepterai la décision de la commission, comme je l’ai déjà fait par le passé. Mais je ne permettrai pas aux populistes de laisser les représentants du peuple et d’autres responsables gouvernementaux sans sécurité. C’est irresponsable. »
Peu après, M. Peevski a quitté le bureau 222A, un lieu chargé d’histoire au sein de l’Assemblée, et a annoncé que cet espace serait conservé comme un musée, tandis que son parti utiliserait d’autres locaux mis à sa disposition.
Le PP-DB avait déjà tenté à plusieurs reprises de modifier la loi sur l’ONS afin de limiter la protection aux seules personnes occupant la présidence de l’Assemblée nationale, mais ces tentatives se sont heurtées à l’opposition. Le retrait de la protection de Borissov et Peevski était d’ailleurs l’une des principales revendications des manifestants rassemblés ce jeudi.
Bien que le GERB ait voté en faveur du changement, le parti a souligné que la protection de son chef est légale et ne dépend pas de sa volonté, mais d’une évaluation objective des risques. Manoil Manev, représentant du GERB, a déclaré :
« Ni nous, ni lui n’avons peur que quelqu’un veuille s’en prendre à sa sécurité. »
Il a toutefois précisé que des modifications seraient proposées lors de la deuxième lecture du projet de loi, insistant sur le fait que l’ONS ne serait pas supprimée, car elle constitue un symbole important de l’État.
Emil Kozhuharov, secrétaire administratif de l’ONS, a rappelé que la loi régissant ce service a été modifiée à de nombreuses reprises au cours des derniers mois. Le chef de l’ONS, le général Emil Tonev, a quant à lui assuré qu’il appliquerait la nouvelle loi telle qu’elle a été adoptée par l’Assemblée nationale.
Ivaïlo Mirchev, coprésident du parti « Oui, la Bulgarie », a critiqué le niveau de protection accordé à Delyan Peevski, estimant qu’il était disproportionné par rapport à celui des autres parlementaires :
« Un simple député est mieux protégé que le président et un ancien Premier ministre à trois reprises ! »
Son collègue, Bojidar Bojanov, a rejeté les accusations selon lesquelles la loi serait ciblée sur une seule personne, affirmant qu’il pourrait y en avoir d’autres concernées.
Un des points à éclaircir concerne la déclassification des critères de nomination des agents de l’ONS. Le GERB a proposé la création d’un groupe de travail pour examiner la possibilité de supprimer le caractère confidentiel de ces critères, une proposition que le PP-DB a perçue comme une tentative de retarder l’adoption de la loi.
Boyko Rashkov, député du PP, a interrogé le chef de l’ONS sur l’organisation d’une évaluation d’urgence de la nécessité de maintenir la protection de Delyan Peevski, et sur l’existence d’une lettre de ce dernier à ce sujet. Le général Tonev a confirmé l’existence de la lettre, mais a précisé que la commission n’avait pas encore été réunie et que sa réponse serait communiquée en privé.
Un débat a également porté sur la proportion de civils et de militaires au sein de l’ONS. Le général Tonev a indiqué qu’un processus était en cours pour augmenter le nombre de civils, qui représentent actuellement environ 10 % des effectifs.
Par ailleurs, le parti ITN a présenté un projet de loi visant à rétablir la possibilité pour l’ONS d’administrer l’administration présidentielle. Cette proposition fait suite à un incident survenu en octobre, où les secrétaires de Rumen Radev avaient été privés de leurs véhicules sur demande du DPS, en raison d’un cortège important accompagnant le président à Varna. En réponse, M. Radev avait utilisé sa voiture personnelle, une Skoda appartenant à son épouse Desislava. Le Parlement avait ensuite rétabli la mise à disposition de véhicules et de chauffeurs de l’ONS pour le président. L’ITN estime que ce changement complique sérieusement l’activité diplomatique de l’institution présidentielle.
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