Publié le 19 décembre 2025 à 20h57. L’Allemagne fait face à un risque de déficit budgétaire record depuis sa réunification, malgré une légère amélioration des perspectives de croissance économique, tandis que l’inflation reste plus élevée que prévu en raison de la forte augmentation des salaires.
- L’Allemagne pourrait enregistrer un déficit public de 4,8 % du PIB en 2028, un niveau jamais atteint depuis 1995.
- La Bundesbank appelle le gouvernement à prendre des mesures pour respecter les règles budgétaires nationales.
- La croissance économique devrait s’accélérer à partir du deuxième trimestre 2026, grâce aux dépenses publiques et à la reprise des exportations.
L’économie allemande, qui stagne depuis trois ans et affiche une contraction du produit intérieur brut (PIB) depuis deux ans, montre des signes timides de reprise. La banque centrale allemande (Deutsche Bundesbank) prévoit désormais une croissance de 0,2 % pour l’année en cours, une révision à la hausse par rapport à ses prévisions initiales de stagnation. Cette amélioration est toutefois principalement attribuable à une augmentation des dépenses publiques.
Malgré une industrie solide, l’Allemagne peine à maintenir sa compétitivité sur les principaux marchés d’exportation en raison de la hausse des prix. Historiquement, les ménages allemands ont privilégié l’épargne à la consommation, et le gouvernement a longtemps maintenu une politique budgétaire restrictive. Un changement de cap s’est amorcé cette année avec l’introduction de nouvelles règles en matière de dépenses par le chancelier Friedrich Merz, accompagné de promesses d’investissements accrus dans l’armement et les infrastructures. Selon Reuters, ces mesures devraient stimuler la reprise économique et renforcer la confiance des consommateurs.
Joachim Nagel, président de la Bundesbank, a déclaré :
« Même si le démarrage sera modéré, le rythme de la croissance va progressivement s’accélérer. »
Joachim Nagel, président de la Bundesbank
Il a également précisé que la croissance économique devrait s’accélérer de manière significative à partir du deuxième trimestre 2026, principalement grâce aux dépenses publiques et à la reprise des exportations.
Cependant, la banque centrale met en garde contre une augmentation trop rapide des salaires, qui pourrait maintenir l’inflation à un niveau élevé pendant plusieurs années. Cette préoccupation a conduit à une révision à la hausse des projections d’inflation. Les salaires réels devraient augmenter de 4,7 % cette année et de 4,0 % l’année prochaine, avant de ralentir à 3,0 % dans les années suivantes, en raison d’un faible taux de chômage, d’une pénurie de main-d’œuvre croissante et d’une augmentation des heures de travail.
Cette forte croissance des salaires contribue à maintenir l’inflation au-dessus des prévisions initiales. Les prix à la consommation devraient augmenter de 2,2 % l’année prochaine, contre 1,5 % précédemment estimé. Hors produits alimentaires et carburants, dont les prix ont récemment freiné la croissance globale, l’inflation atteindrait même 2,4 % au lieu des 1,9 % initialement prévus.
La révision à la hausse des prévisions d’inflation en Allemagne est l’une des raisons pour lesquelles la Banque centrale européenne (BCE) a relevé cette semaine sa projection d’inflation pour la zone euro l’année prochaine à 1,9 %, contre 1,7 % précédemment. La BCE a toutefois indiqué qu’elle ne prévoyait pas de modifier sa politique monétaire dans un avenir proche.
Berlin prévoit d’investir des centaines de milliards d’euros dans les infrastructures et l’armement dans les années à venir, marquant une rupture avec la tradition de discipline budgétaire. Le gouvernement cherche ainsi à relancer une économie qui a progressivement perdu de sa compétitivité.
La Bundesbank estime que ces investissements, combinés aux allégements fiscaux et aux transferts, porteront le déficit public à 4,8 % du PIB en 2028, un niveau inégalé depuis 1995. La banque centrale, qui conseille le gouvernement sur les questions de politique économique, avertit que cela constituerait une violation des règles budgétaires inscrites dans la Constitution et appelle le gouvernement à prendre des mesures correctives.
« On ne sait pas encore clairement comment le gouvernement central entend répondre au besoin urgent de garantir le respect des règles budgétaires nationales jusqu’en 2028. »
Bundesbank
Bien que les déficits soient en augmentation, le ratio dette/PIB de l’Allemagne devrait rester relativement faible, atteignant 68 % d’ici 2028, contre 63 % prévu cette année. À titre de comparaison, l’Italie et la France affichent déjà des ratios supérieurs à 100 %. Néanmoins, les règles budgétaires de l’Union européenne, dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance, fixent un seuil maximal de 60 % pour le ratio dette/PIB.
L’Allemagne a instauré il y a plusieurs années le “frein à l’endettement”, qui limite les emprunts publics à 0,35 % du PIB. L’actuel gouvernement de coalition, composé du bloc conservateur CDU/CSU et des sociaux-démocrates (SPD), a obtenu une dérogation pour les dépenses de défense et un fonds spécial pour les infrastructures doté de 500 milliards d’euros (12 200 milliards de couronnes).
La Bundesbank estime toutefois qu’une part importante du déficit en 2028 proviendra des dépenses sociales et d’autres investissements.
« Il y aura un déficit de recettes en raison de divers allègements fiscaux et de dépenses supplémentaires en matière de transferts. »
Bundesbank
En contrepartie, l’effet cumulé des dépenses d’infrastructure et de défense devrait ajouter environ 1,3 point de pourcentage au PIB entre 2025 et 2028. La banque centrale estime que chaque euro investi dans ces secteurs contribuera à hauteur d’environ 70 centimes à la performance économique.
Pour plus d’informations sur l’inflation en Europe, vous pouvez consulter cet article.
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