Publié le 20 décembre 2025 à 15h28. Nommé pour plusieurs récompenses prestigieuses, dont les Golden Globes, le film brésilien « L’Agent Secret » plonge au cœur de la dictature militaire des années 1970 à travers le destin d’un homme ordinaire pris dans un engrenage politique.
- Le long métrage de Kleber Mendonça Filho a été salué par la critique et connaît un succès croissant, notamment grâce aux performances de Wagner Moura et de la nouvelle étoile Tânia Maria.
- Le film aborde des thèmes universels tels que l’identité, la mémoire et la résistance face à l’autoritarisme, dans un contexte brésilien marqué par un passé douloureux.
- Sa sortie coïncide avec une période de transition politique au Brésil, marquée par l’emprisonnement de l’ancien président Jair Bolsonaro et la volonté de faire la lumière sur les crimes commis pendant la dictature.
« L’Agent Secret » raconte l’histoire d’Armando, un scientifique veuf qui attire l’attention du régime militaire brésilien non pas pour ses convictions politiques, mais pour un simple désaccord avec un entrepreneur influent lié au pouvoir. Wagner Moura, l’acteur principal, souligne l’universalité du message du film :
« Il est en danger simplement parce qu’il est ce qu’il est, parce qu’il défend les valeurs qu’il défend. C’est ainsi que l’autoritarisme fonctionne partout. »
Wagner Moura, acteur
Réalisé par Kleber Mendonça Filho, le film a déjà reçu plusieurs distinctions, dont le prix de la mise en scène au Festival de Cannes et le prix d’interprétation masculine pour Wagner Moura. Il est également en lice pour les Golden Globes dans les catégories du meilleur drame, du meilleur film en langue étrangère et du meilleur acteur dans un drame. Ce succès s’inscrit dans un regain d’intérêt international pour le cinéma brésilien, après le triomphe de « Je suis toujours là », oscarisé cette année comme meilleur film international.
Au Brésil, l’attente autour de « L’Agent Secret » est particulièrement forte. Moura se dit « incroyablement heureux » de l’enthousiasme du public et de l’engagement envers les artistes brésiliens.
« Aucun pays ne se développe sans culture, sans identité. Vous regardez un film brésilien, vous voyez une partie du Brésil et de son histoire. C’est important. »
Wagner Moura, acteur
Le film se déroule en 1977, au plus fort de la dictature, et s’ouvre sur un montage en noir et blanc évoquant l’atmosphère de l’époque. Mendonça Filho ancre son récit dans le carnaval de Recife, sa ville natale, un lieu symbolique où la confrontation avec le passé se joue. Le réalisateur insiste sur l’importance de l’identité brésilienne :
« Nous avons tous consommé des choses incroyables provenant de nombreux endroits, d’Akira Kurosawa au Japon à Elvis Presley dans le sud des États-Unis. Je suis brésilien et mon film est brésilien. S’il est bon, il sera universel. »
Kleber Mendonça Filho, réalisateur
L’histoire suit Armando, vivant sous une fausse identité, qui cherche des indices sur le passé de sa mère tout en envisageant de fuir le pays avec son fils. Le réalisateur mêle habilement suspense politique et légendes urbaines, abordant des thèmes tels que la corruption et la complicité institutionnelle. Une scène marquante se déroule dans une salle de cinéma, où le public, secoué par des films d’horreur, ignore la véritable terreur qui règne dans le pays.
Ces dernières années, le cinéma brésilien s’est de plus en plus intéressé à la période de la dictature militaire (1964-1985). Outre « L’Agent Secret » et « Je suis toujours là », des films comme « Marighella », réalisé par Moura lui-même, ont revisité cette époque. Cette tendance s’est accentuée dans un contexte de montée de l’extrême droite brésilienne, incarnée par l’ancien président Jair Bolsonaro, qui a souvent minimisé les crimes commis pendant la dictature.
Mendonça Filho se considère comme l’un des cinéastes qui ont pour mission de confronter la mémoire nationale.
« L’armée est un traumatisme qui n’a jamais été véritablement examiné. Vous ne pouvez pas simplement dire : « Passez à autre chose, oubliez ça ». Une croûte se forme dessus. La même chose arrive à une nation entière. »
Kleber Mendonça Filho, réalisateur
La sortie du film au Brésil, le 6 novembre dernier, a coïncidé avec l’arrestation de Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour avoir tenté d’annuler les élections de 2022. Pour la première fois, des officiers militaires de haut rang ont également été incarcérés pour leur rôle dans cette tentative de coup d’État. Mendonça Filho se dit désormais « beaucoup plus optimiste » quant à l’avenir de la démocratie brésilienne.
Mais l’un des aspects les plus remarquables du film est sans doute la performance de Tânia Maria, 78 ans, qui incarne Dona Sebastiana. Cette ancienne artisane, découverte sur le tournage de « Bacurau » en 2019, a été choisie par Mendonça Filho pour ce rôle spécialement écrit pour elle. Son authenticité et son charisme captivent le public. Moura lui-même avoue avoir été intimidé par sa présence. Maria, qui vit dans un village rural sans salle de cinéma, espère désormais une reconnaissance aux Oscars et rêve de confectionner sa propre robe rouge scintillante pour l’occasion.
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