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À combien s’élève la dette vénézuélienne en défaut ?

by Nicolas Lefèvre

Publié le 20 décembre 2025 à 13h36. Les créanciers de la compagnie pétrolière publique vénézuélienne PDVSA intensifient leurs efforts pour saisir des actifs, notamment ceux de sa filiale américaine Citgo, dans le cadre d’une dette colossale qui pèse sur le pays.

  • La dette extérieure du Venezuela est estimée entre 150 et 170 milliards de dollars (USD).
  • Citgo Petroleum, raffineur américain détenu par PDVSA, est au centre des litiges entre les créanciers et le gouvernement vénézuélien.
  • Une restructuration de la dette vénézuélienne reste improbable à court terme, en raison des sanctions internationales et de l’absence d’accord avec le Fonds monétaire international (FMI).

Le Venezuela est confronté à l’une des crises de la dette souveraine les plus graves et les plus prolongées au monde. Avec des engagements financiers dépassant largement les capacités de son économie actuelle, le pays est en défaut de paiement sur ses obligations internationales depuis fin 2017, tant celles émises par le gouvernement que par Petróleos de Venezuela SA (PDVSA). Les intérêts accumulés, le capital impayé et les procédures judiciaires pour expropriation ont considérablement augmenté le montant total de la dette.

Selon les estimations citées par Reuters, le Venezuela doit environ 60 milliards de dollars (USD) d’obligations en défaut. En incluant les dettes de PDVSA, les prêts bilatéraux et les sentences arbitrales internationales, la dette extérieure totale se situe entre 150 et 170 milliards de dollars (USD), en fonction du calcul des intérêts et des décisions de justice.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que le produit intérieur brut (PIB) nominal du Venezuela atteindra environ 82,8 milliards de dollars (USD) en 2025, ce qui place le ratio dette/PIB entre 180 % et 200 %, un niveau considéré comme insoutenable selon les normes internationales.

Citgo, un actif convoité

Citgo Petroleum, le raffineur américain détenu par PDVSA, est l’un des actifs les plus prisés par les créanciers. Une obligation PDVSA initialement échéant en 2020 était garantie par des actions Citgo, ce qui a fait de l’entreprise l’épicentre des efforts juridiques pour recouvrer une partie de la dette.

Les tribunaux américains ont reconnu des sentences arbitrales de plusieurs millions de dollars en faveur de sociétés telles que ConocoPhillips et Crystallex, résultant d’expropriations réalisées par l’État vénézuélien. Ces décisions ont permis aux créanciers de saisir des actifs vénézuéliens à l’étranger.

Un tribunal du Delaware a enregistré des créances pour un total d’environ 19 milliards de dollars (USD) dans le cadre de la procédure de vente aux enchères de PDV Holding, la société mère de Citgo. Ce chiffre dépasse largement la valeur estimée de l’ensemble des actifs de l’entreprise, selon Reuters.

Qui sont les créanciers ?

L’ensemble des créanciers vénézuéliens est diversifié. Il comprend des détenteurs d’obligations internationales – des fonds d’investissement spécialisés dans les marchés émergents et les dettes en difficulté, parfois qualifiés de « fonds vautours » – des entreprises ayant obtenu des sentences arbitrales favorables, et des créanciers bilatéraux.

La Chine et la Russie se distinguent parmi ces derniers, ayant accordé des prêts importants aux gouvernements d’Hugo Chávez et de Nicolás Maduro. Le montant exact de ces obligations reste toutefois incertain, l’État vénézuélien ne publiant plus de statistiques complètes sur sa dette depuis des années.

Les sanctions internationales, notamment celles imposées par les États-Unis depuis 2017, compliquent encore l’identification précise des détenteurs de la dette, en interdisant la négociation d’obligations vénézuéliennes sans autorisation du Trésor américain.

Une restructuration de la dette encore lointaine

Bien que les prix des obligations vénézuéliennes aient augmenté ces derniers mois, en raison de spéculations sur un éventuel changement politique, Reuters souligne qu’une restructuration formelle de la dette reste improbable à court terme.

Selon les analystes, un tel processus nécessiterait un accord avec le FMI, définissant des objectifs budgétaires et des hypothèses de viabilité de la dette. Or, le Venezuela n’a pas eu de consultations formelles avec l’organisation depuis près de deux décennies et en est exclu du financement.

Les sanctions américaines constituent un autre obstacle majeur. Durant le premier mandat de Donald Trump, ces mesures ont été renforcées avec la reconnaissance de Juan Guaidó comme président par intérim. Le gouvernement de Joe Biden a partiellement assoupli certaines restrictions, mais sans autoriser de négociations importantes sur la dette. Avec le retour de Donald Trump au pouvoir, la pression s’est intensifiée avec des actions militaires dans les Caraïbes, des saisies de cargaisons de pétrole et des menaces de blocus.

Les investisseurs évaluent différents scénarios de reprise. Les analystes de Citi estiment qu’une restructuration viable nécessiterait une réduction du capital d’au moins 50 %, avec des récupérations proches de 40 cents par dollar dans des scénarios optimistes, tandis que d’autres fonds projettent des fourchettes comprises entre 25 et 35 cents.

Ces projections se heurtent à une réalité économique difficile. L’économie vénézuélienne s’est gravement contractée après 2013, en raison de l’effondrement de la production pétrolière, de l’hyperinflation et de l’augmentation de la pauvreté. Bien que la production se soit partiellement stabilisée, les faibles prix du pétrole brut, les rabais appliqués au pétrole vénézuélien et le récent blocus américain des pétroliers sanctionnés limitent les revenus disponibles pour rembourser la dette.

À cela s’ajoute l’impact social de la migration massive : des millions de Vénézuéliens ont quitté le pays, entraînant une fuite des compétences et compliquant tout scénario de reconstruction économique.

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