L’informatique quantique franchit une nouvelle étape vers la réalité : IBM prévoit l’arrivée d’un premier ordinateur quantique tolérant aux pannes d’ici 2029, un jalon qui pourrait propulser le secteur dans une phase de croissance significative. Le défi majeur reste de surmonter la décohérence, une fragilité inhérente aux qubits physiques qui entrave la correction d’erreurs quantiques.
La correction d’erreurs quantiques (QEC) est devenue aussi cruciale que le développement des systèmes eux-mêmes. Il s’agit d’un ensemble de procédures et d’algorithmes qui non seulement détectent et atténuent les erreurs, mais permettent également de transformer des qubits physiques peu fiables en qubits logiques de haute fidélité, ouvrant la voie à un avantage quantique sur l’informatique classique.
Plusieurs entreprises se distinguent par leurs progrès constants dans ce domaine. Parmi elles, Honeywell International Inc., bien que souvent perçue comme un acteur de l’aérospatiale et de la défense, bénéficie d’une position solide grâce à son rôle dans le complexe militaro-industriel et à sa participation majoritaire dans Quantinuum. Au troisième trimestre 2025, la division Aerospace Technologies (AT) de Honeywell a généré un chiffre d’affaires de 4,5 milliards de dollars (environ 4,9 milliards d’euros), représentant 42 % du chiffre d’affaires total de l’entreprise.
Quantinuum, valorisée à 10 milliards de dollars (environ 9,2 milliards d’euros) après une levée de fonds de 600 millions de dollars (environ 552 millions d’euros) en septembre, a récemment présenté Helios, qu’elle décrit comme « l’ordinateur quantique le plus précis au monde ». Selon une publication sur arXiv, Helios a atteint une fidélité de porte à un seul qubit de 99,9975 % en connectant 98 qubits physiques grâce à son approche de piégeage des ions. Quantinuum dispose actuellement de 94 qubits logiques.
Pour mettre les choses en perspective, il faudrait un ordinateur quantique doté de plus de 2 300 qubits logiques pour casser l’algorithme de chiffrement à clé privée de Bitcoin. Quantinuum prévoit d’utiliser les GPU Grace Hopper de Nvidia pour accélérer le décodage (basé sur la QEC) en temps réel et améliorer encore la fidélité d’Helios.
D-Wave Quantique, quant à elle, adopte une approche différente en se concentrant sur le recuit quantique, une méthode d’optimisation qui utilise des effets quantiques pour trouver la solution optimale à des problèmes complexes. Cette approche, qui s’avère complémentaire à l’informatique classique, est particulièrement adaptée à la résolution de problèmes d’optimisation combinatoire tels que la logistique et l’optimisation de portefeuille. Une étude récente suggère que l’efficacité du recuit quantique de D-Wave repose davantage sur des aspects thermiques et stochastiques que sur la cohérence quantique.
Le système Advantage2 de D-Wave, doté de 4 400 qubits, a été intégré au centre européen de supercalculateurs, le Jülich Supercomputing Center (JSC), et est également utilisé par Davidson Technologies, une entreprise d’ingénierie liée au Département de la Défense américain. La trésorerie de D-Wave a considérablement augmenté, atteignant 836,2 millions de dollars (environ 770 millions d’euros) au troisième trimestre 2025, contre seulement 29,3 millions de dollars (environ 27 millions d’euros) à la même période l’année précédente.
IonQ Inc., spécialisée dans les qubits d’ions piégés, a également fait des progrès significatifs. L’entreprise a développé une gamme de systèmes commerciaux, d’Aria (25 qubits algorithmiques en 2021) à Tempo (64 AQ, avec un objectif de 100 qubits et une fidélité de 99,9 % en 2025). IonQ prévoit d’atteindre plus de 10 000 qubits à long terme et vise une démonstration d’un système à 256 qubits en 2026.
Les systèmes d’IonQ sont déjà utilisés par des entreprises et des institutions de renom telles que Hyundai, AstraZeneca, Oak Ridge National Laboratory, Ansys et Airbus. La DARPA a également sélectionné IonQ pour son Quantum Benchmarking Initiative (QBI), qui en est actuellement à l’étape B avant la phase finale de test et de validation.
Avec 3,5 milliards de dollars (environ 3,2 milliards d’euros) de liquidités nettes au troisième trimestre, IonQ se positionne comme l’une des entreprises les plus solidement financées dans le domaine de l’informatique quantique.