Publié le 22 décembre 2024 à 21h59. Malgré une hausse de ses taux d’intérêt, la Banque du Japon n’a pas réussi à freiner la chute du yen face au dollar, ravivant les spéculations sur une possible intervention des autorités, dont l’efficacité reste toutefois incertaine.
- La Banque du Japon a augmenté ses taux d’intérêt à leur plus haut niveau depuis trente ans, mais le yen continue de se déprécier face au dollar, atteignant 157 yens pour un dollar.
- Les investisseurs parient sur une nouvelle hausse des taux d’intérêt et attendent de voir si le gouvernement japonais interviendra sur le marché des changes.
- L’efficacité d’une éventuelle intervention est remise en question, certains experts soulignant que la dépréciation du yen est également liée à des investissements réels.
La décision de la Banque du Japon de relever ses taux d’intérêt, prise le week-end dernier, n’a pas eu l’effet escompté sur le marché des changes. Le yen a continué de perdre du terrain face au dollar, atteignant un nouveau plus bas. Cette situation alimente les interrogations sur la capacité du Japon à inverser la tendance sans recourir à une intervention directe sur le marché.
Plusieurs responsables gouvernementaux ont évoqué la possibilité d’une intervention, notamment la ministre des Finances, Satsuki Katayama, et le vice-ministre des Finances, Atsushi Mimura, qui ont fait référence à des « mouvements brusques » du taux de change. Ils ont souligné la corrélation entre l’écart de taux d’intérêt entre le Japon et les États-Unis et l’évolution du dollar/yen. La théorie voudrait qu’une augmentation des taux d’intérêt japonais, combinée à une baisse des taux américains, réduise cet écart, renforce le yen et affaiblisse le dollar. Cependant, cette dynamique ne s’est pas encore matérialisée.
Selon Hiroshi Suzuki, stratège en chef des changes chez Sumitomo Mitsui Banking Corporation, une intervention de change est désormais envisagée. Il a déclaré : « Il est facile de voir que l’intervention de change sera la prochaine étape », compte tenu de la hausse des taux d’intérêt de la Banque du Japon et des perspectives limitées de renforcement du yen.
Le moment opportun pour une intervention reste toutefois incertain. Rinto Maruyama, stratège en taux d’intérêt et en devises chez SMBC Nikko Securities, a souligné que les interventions passées coïncidaient avec des périodes de forte volatilité du dollar/yen, avec des fluctuations de 8 yens ou plus sur une base de 20 jours ouvrables. Actuellement, la volatilité est inférieure à ces niveaux.
En effet, entre le 19 décembre, date de la réunion de la Banque du Japon, et le 21 décembre, le yen n’a augmenté que de 25 sen. Le 20 novembre, la veille du plus haut niveau atteint lors de la dépréciation du yen suite à l’élection présidentielle du Parti libéral-démocrate, le taux de change avait atteint 157,90 yens, et la fourchette de fluctuation sur les 20 jours ouvrables suivants était légèrement supérieure à 5 yens.
Malgré la dépréciation du yen, les spéculateurs semblent toujours miser sur un renforcement de la monnaie japonaise. Selon les données d’IMM Currency Futures, au 9 décembre, ils détenaient 17 448 positions nettes longues sur le yen, ce qui indique une tendance à l’achat, bien que moins marquée qu’auparavant (36 418 contrats le 2 décembre).
Daisaku Ueno, stratège en chef des changes chez Mitsubishi UFJ Morgan Stanley Securities, estime que la dépréciation actuelle du yen est davantage liée à des investissements réels, tels que les investissements directs étrangers et le NISA (Nippon Individual Savings Account), qu’à la spéculation. Il a déclaré que, compte tenu des taux d’intérêt toujours trop bas par rapport au niveau des prix, « il est structurellement difficile d’empêcher la dépréciation du yen ».
Atsuko Aoyama, Montage : Noriyuki Hirata, Hitoshi Ishida
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