Vienne, comme de nombreuses métropoles, est confrontée à un défi majeur : s’adapter rapidement au réchauffement climatique et repenser son modèle économique pour assurer un avenir durable. Une transition vers une économie circulaire régénératrice apparaît comme une solution essentielle, mais le temps presse, avertissent les experts.
Selon les dernières projections, la planète pourrait être en moyenne trois degrés Celsius plus chaude en 2050 qu’à l’époque de la révolution industrielle. Cette augmentation significative du réchauffement climatique engendrera un stress climatique permanent pour les zones urbaines, rendant impératif un changement de paradigme.
Karin Huber-Heim, directrice générale du Circular Economy Forum Autriche et professeure d’économie circulaire à la BFI de Vienne, propose une approche inspirée des systèmes vivants : une économie circulaire régénératrice. « Afin d’assurer le bien-être de chacun, les matériaux, les capitaux, les connaissances, les données et l’énergie doivent circuler ou fonctionner efficacement les uns avec les autres », explique-t-elle, comparant la ville à un organisme complexe.
Cette transformation implique de passer des modèles économiques linéaires – « prendre, faire, jeter » – à des approches circulaires, fondées sur la réutilisation, la réparation et la régénération. « Ce changement de paradigme est nécessaire, passant d’économies linéaires prendre-faire-déchets à des modèles circulaires de pensée, de sentiment et d’action et à des principes régénérateurs », insiste Huber-Heim.
Vienne, en particulier, est en train de vivre une phase de transition. « Après avoir récemment mangé beaucoup de ressources comme une chenille à l’appétit insatiable, la ville est maintenant en phase de nymphose », illustre Huber-Heim. Cette métamorphose, comparée à la transformation d’une chenille en papillon, nécessite l’intégration de tous les acteurs – pouvoirs publics, entreprises, scientifiques et citoyens – et la création de réseaux favorisant la circularité.
Le concept de « Vienne circulaire – une chose complète », récemment présenté, constitue une feuille de route avec 33 mesures concrètes pour préserver les ressources. L’objectif est de dépasser le simple recyclage, souvent considéré comme du « downcycling » en raison de sa forte consommation d’énergie et de la perte de valeur des matériaux. Huber-Heim privilégie une hiérarchie d’actions, commençant par « refuser » (rejeter les produits inutiles), « repenser » (remettre en question ses habitudes de consommation), « réduire » (diminuer sa production de déchets), « réparer » (prolonger la durée de vie des objets), puis « remettre à neuf » et « redessiner » (optimiser l’aménagement urbain).
« 90 pour cent de l’empreinte écologique proviennent uniquement du montage, du montage et du démontage », souligne l’experte, plaidant pour une approche axée sur l’utilisation plutôt que sur la consommation et la limitation des besoins.
Cependant, l’Autriche accuse un retard par rapport à d’autres pays européens en matière d’économie circulaire, avec un taux d’utilisation de matériaux circulaires de seulement 12 %, contre 24 % en Belgique et 27 % aux Pays-Bas. Cette situation est due à une forte dépendance aux matières premières minérales et fossiles, ainsi qu’à une densité de construction élevée qui limite le retour des matériaux dans le cycle.
Huber-Heim critique également le manque de vision à long terme de la politique et des entreprises, qui privilégient souvent les résultats à court terme. « Ce sont toutes des solutions à court terme, mais pas des solutions pour l’avenir, qui concernent plutôt la lutte contre les symptômes que contre les canaux radiculaires », déplore-t-elle.
Malgré ces obstacles, des solutions existent déjà. Il s’agit de créer des conditions favorables à l’achat de produits durables, à la réparation, au retour des produits en fin de vie, à la collecte et à la réutilisation. Cela passe également par une adaptation des marchés publics et une réduction du gaspillage alimentaire. « Nous n’avons pas seulement besoin d’une économie circulaire, mais d’une société circulaire », martèle Huber-Heim, appelant à une approche holistique et à une collaboration étroite entre les institutions publiques et les entreprises.
Le temps est compté. « Mais si les quelques points de bascule restants sont dépassés, l’adaptation nécessaire de l’humanité ne sera plus possible », met en garde Karin Huber-Heim, soulignant l’urgence d’agir.
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